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52 ème fête d'indépendance:Discours à la Nation de Dioncounda Traoré (texte intégral)


(*) Par Dioncounda Traoré


Mes chers compatriotes,

Chers hôtes et amis du Mali,
Dans quelques heures nous allons célébrer le 52ème anniversaire du Mali indépendant. Pour toutes les générations de Maliens, le 22 septembre recèle une grosse charge émotionnelle et éveille en chacune et en chacun de nous un fort sentiment de fierté patriotique qui résiste à la fois à l’usure du temps et à celle des épreuves qui jalonnent malheureusement le cheminement des Nations.
Oui, même les grandes Nations, et nous sommes une grande Nation, malgré les difficultés du moment, même les grandes Nations, dis-je, suivent leur destin, et ce destin est rarement linéaire.
Ce 22 septembre en est l’illustration. En effet, c’est la première fois en cinquante deux ans que nous célébrons l’anniversaire de notre indépendance dans des conditions singulièrement pénibles voire humiliantes d’un pays dont plus de la moitié est occupée.
L’histoire livrera un jour la chronique réelle de la tragédie qui nous a frappés à Tombouctou, Diré, Niafunké, Goundam, Kidal, Tessalit, Aguel Hoc, Abeibara, Gao, Bourem, Ansongo, Ménaka, Douentza.
Treize cercles aux mains de forces hostiles, constituant les deux tiers du territoire pour l’indépendance duquel les pères fondateurs du Mali ont consenti tant et tant de sacrifices !
Il est un devoir impérieux pour nous d’exprimer notre gratitude et notre reconnaissance à toutes celles et à tous ceux qui se sont battus souvent avec l’énergie du désespoir pour que notre pays s’engage sur le chemin de la dignité et de l’honneur.
Certes, la commémoration de l’aboutissement de la lutte héroïque de nos aînés est un bel hommage que nous devons leur rendre chaque année, mais elle est surtout un moment privilégié pour enseigner aux jeunes générations les valeurs fondatrices de notre Nation, à savoir le patriotisme, le sens de l’honneur et de la dignité, une foi inébranlable dans notre destin de Nation libre et unie, l’amour du travail, les valeurs de partage, de solidarité et de justice.
Toutes choses qui sont trop souvent mises à mal par le désir effréné de certains d’entre nous d’arriver à leurs fins en privilégiant des raccourcis qui sont, à l’analyse, trompeurs, injustes et dévalorisants.
Toutes choses qui sont mises à mal par les diverses agressions dans la partie septentrionale de notre pays. Agressions d’abord à l’initiative du Mouvement National de Libération de l’Azaouad (MNLA). Puis dans le prolongement des évènements survenus les 21 et 22 mars derniers, l’expression de l’irrédentisme a fait la jonction avec le terrorisme transfrontalier et international marqué du sceau des djihaidstes d’Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), d'Ançar dine, du Mouvement pour l’Unicité et la Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), de Boko-Haram et de groupuscules salafistes, et tout cela sur fond de narcotrafic florissant.
Aujourd’hui, cette commémoration est aussi un moment privilégié pour dire la tragédie que nous vivons en tant que Nation, pour dire jusqu’où l’ensemble national est éprouvé.
Dire toute la souffrance de nos frères et sœurs du Nord, ceux et celles restés sur place et endurant quotidiennement la loi des agresseurs, comme celles et ceux forcés à l’exil avec ses précarités et ses contraintes dramatiques.
Sonraïs, Peuls, Arabes, Touareg, Dogons, Bamanans ou autres compatriotes de Gao, Kidal, Tombouctou, Douentza, nos pensées vont à vous.
Nous sommes sensibles et concernés par vos souffrances et votre détresse.
Nous savons que chaque jour de plus dans cette tragédie est un jour de trop.
Et jamais, il n’a été question ni ne saurait être question pour nous de vous laisser à ce sort douloureux.
Mes chers compatriotes,
L’heure, nous l’avons compris, et nous y avons travaillé, est à la mobilisation, à la remobilisation de toutes nos énergies et de toutes nos ressources pour entamer dès maintenant la libération de nos régions occupées, par la négociation ou par la force.
C’est tout le Mali qui se tient prêt pour cette mission historique avec en première ligne nos forces armées qui ont perdu une première bataille, il est vrai, mais qui ne peuvent perdre la guerre pour l’honneur, la dignité et la grandeur du Mali.
Nous avons besoin de nos forces armées. Et notre Armée a besoin de nous. Elle a besoin d’être rééquipée, réarmée moralement, remise en ordre de bataille et surtout d’être réconciliée avec elle-même. Nous devons trouver la force et la sagesse de régler la question des bérets rouges et des bérets verts. Nous allons nous y employer dans les jours à venir.
Notre armée a besoin de nous sentir à ses côtés et derrière elle. C’est pourquoi nous devons réaliser la nécessaire union sacrée autour de cette armée unie et déterminée à relever les grands défis qui sont les siens.
Ce sont aussi nos nombreux frères, amis et partenaires qui sont prêts à témoigner leur solidarité en ces moments lourds de défis pour notre Nation qui veut rester unie sous la bannière d’une République laïque, vivant en paix et voulant la paix pour ses voisins et pour le monde.
Et c’est parce que le péril est grand et multiforme, mes chers compatriotes, que nous avons décidé de saisir le Président en exercice de la CEDEAO d’une requête sollicitant l’appui de l’organisation sous-régionale pour recouvrer notre intégrité territoriale.
Cette requête a curieusement suscité une campagne de désinformation et des interprétations toutes plus fantaisistes les unes que les autres.
D’abord je dois dire solennellement que cette requête a été faite en parfait accord avec la hiérarchie militaire et le Ministère de la Défense, et en parfaite intelligence avec le Premier ministre, chef du Gouvernement.
D’autre part, le contenu de la requête est en tout point conforme aux propos que j’ai tenus lors de mon investiture et dans mon adresse à la Nation du 29 juillet 2012, où je disais, je cite : « je fais entièrement confiance aux services de sécurité maliens et à l’Armée malienne pour assurer la sécurité du Président de la République et celles des autres Institutions de la République. Les dispositions déjà prises ou envisagées pourront, bien entendu, être affinées et améliorées en fonction des moyens et équipements que nous pourrons réaliser » fin de citation.
Dans la requête, il n’y a pas autre chose : pour la sécurité des Institutions de la Transition, il y est demandé des équipements et des moyens formulés par l’Armée malienne, et il y est précisé que le déploiement de forces de Police constituées et d’unités combattantes de l’Armée est sans objet. Cela est très clair.
Par ailleurs, au point E/ de mon adresse du 29 juillet 2012, il est annoncé, et je cite : « une requête en direction de la CEDEAO, de l’Union Africaine et des Nations Unies, en fonction des conclusions de la mission qui a séjourné dernièrement à Bamako » fin de citation. Il s’agit, bien entendu, d’une mission des Etats-majors de la CEDEAO.
Donc, des requêtes ont été élaborées, encore une fois, en accord avec la hiérarchie militaire, et j’ai dépêché le Premier ministre Cheick Modibo DIARRA comme porteur de message à leurs destinataires au niveau de l’Union Africaine, de l’Union Européenne, des Nations Unies, de la France et des Etats-Unis.
Mes chers compatriotes,
Puisque nous la préparons, nous ferons la guerre s’il ne nous reste plus d’autre choix.
Mais nous réaffirmons, ici, que notre premier choix reste le dialogue et la négociation. Notre deuxième choix reste le dialogue et la négociation. Notre troisième choix demeure le dialogue et la négociation.
C’est pour cette raison, qu’à l’issue des Assises Nationales qui se tiendront dans les jours prochains pour une vision partagée de la Transition, de ses organes et de sa feuille de route, des contacts seront établis en vue d’engager des négociations sincères dans le respect strict de l’intégrité territoriale et de la laïcité de la République.
Et j’en appelle aux groupes armés qui opèrent au Nord de notre pays d’accepter de s’engager résolument dans la voie du dialogue et de la négociation, de façon sincère et constructive.
Mes chers compatriotes,
Le rétablissement de notre intégrité territoriale est une cause nationale. Nous avons l’obligation de relever ce défi pour léguer à la postérité un pays unifié, pacifié et réconcilié avec lui-même et avec ses voisins et le monde entier.
Il doit en être de même pour l’organisation des prochaines élections, cet autre grand moment de notre démocratie.
Depuis une vingtaine d’années, notre pays a organisé régulièrement des élections dont la qualité a été unanimement reconnue et saluée par l’ensemble de nos partenaires.
Aussi, devons-nous saisir l’opportunité des élections à venir pour nous convaincre nous-mêmes et convaincre la communauté des démocraties que la rupture démocratique intervenue, courant mars 2012, n’était qu’un regrettable incident de parcours.
Pour les démocrates que nous sommes, il ne saurait y avoir d’autres modes de conquête du pouvoir d’Etat en dehors des élections qui sont et demeurent le souffle de la démocratie ; celles à venir le seront davantage au regard du contexte de crise d’une part et des enjeux qui y sont rattachés d’autre part.
Mes chers compatriotes,
Hôtes et amis du Mali,
Traditionnellement, cet exercice est le moment idéal pour dresser l’état de la Nation. En plus, il ébauche des perspectives plus crédibles en fonction des réalités socio-politiques et économiques du moment, tant sur le plan national qu’international.
Mais vous comprendrez que dans le contexte actuel, il n’y ait d’autres perspectives que la reconquête de nos territoires occupés et l’organisation des élections.
Toutefois, ces enjeux vitaux ne sauraient justifier que l’Etat se soustraie à ses devoirs et engagements contractuels vis-à-vis des acteurs nationaux, régionaux et internationaux. L’Etat tiendra ses engagements en vue de répondre aux aspirations légitimes des travailleurs, et c’est le lieu de saluer le sens du patriotisme des syndicats qui ont su, en toute responsabilité, contenir les impatiences pressantes de leurs militants.
Je voudrais également leur exprimer notre profonde gratitude pour leur engagement constructif dans le processus de sortie de crise.
C’est une année d’épreuves qui nous est imposée mais, dans sa clémence, Dieu est entrain de nous gratifier d’un bon hivernage et cela est déterminant dans un pays où l’écrasante majorité de la population vit d’agriculture, d’élevage et de pêche.
De même, une année académique s’est achevée et les différents examens et évaluations ont pu se dérouler là où cela était possible.
Puisse la nouvelle année scolaire qui s’annonce être plus performante pour les pouvoirs publics, les scolaires, les enseignants et les parents d’élèves.
Au plan économique, les sacrifices consentis ont permis de faire face aux charges de fonctionnement de l’Etat, notamment le paiement des salaires.
Nous savons cependant que le secteur privé et l’économie globale sont en souffrance du fait de la suspension de l’aide consécutive à la rupture de la légalité que notre pays a connue.
Mais, avec la mise en place du gouvernement d’union nationale et le retour de la légalité constitutionnelle, nous poursuivons nos efforts en direction de la communauté internationale afin qu’elle reprenne avec notre pays la coopération économique et financière suspendue.
Mes chers compatriotes,
J’ai foi en vous, j’ai foi en notre pays.
· Le Mali vaut que nous acceptions de nous pardonner, de nous donner la main pour mettre fin à la tragédie que nous vivons ;
· Cela est possible si nous ne levons pas la main pour détruire mais pour construire, si nous n’ouvrons pas la bouche pour diviser mais pour unir, si nous n’utilisons pas notre plume pour semer le doute et le désespoir mais pour conforter et pour mobiliser, si nous pensons chacune et chacun, et travaillons chacune et chacun au retour d’un Mali plus fort, plus démocratique, plus responsable ;
· J’ai conscience encore une fois d’être le Président d’un pays en guerre ;
· J’ai conscience qu’il faut aller vers les compromis dynamiques et la recherche des équilibres ;
· J’ai conscience surtout que mon devoir est grand envers ce peuple digne et fier, ces paysans, ces opérateurs économiques, ces humanitaires qui se battent, nuit et jour, sans jamais céder au découragement ;
· J’ai conscience que le retour à la démocratie et à la stabilité est urgent et que seul peut y mener la légitimité d’un pouvoir élu.
Mon souhait, et ce à quoi j’engage le gouvernement, c’est que le message à la Nation du 22 septembre 2013 soit le fait d’un Président élu, un Président élu dans les conditions de transparence et de crédibilité requises.
J’ai conscience enfin et, hélas, que le calvaire du Nord de notre pays continuera tant que nous nous battrons au Sud pour nos ambitions personnelles, pour des vengeances ou des haines personnelles qui sont totalement inopportunes dans un pays dont l’existence même est en jeu.
Notre pays peut et doit revenir dans la communauté des Nations qui comptent.
Mettons fin à nos égarements. Mettons ensemble nos efforts, nos intelligences et nos volontés.
Faisons-le pour nous-mêmes ;
Faisons-le pour nos enfants ;
Faisons-le pour nos épouses et nos maris ;
Faisons-le pour nos pères et nos mères ;
Faisons-le pour le Mali.
Bonne fête de l’indépendance, dans la communion, dans la médiation, dans la remobilisation pour un Mali libéré, uni et démocratique.
A nos frères et sœurs déplacés à l’intérieur du territoire national, à ceux qui n’ont eu d’autre choix que de prendre le chemin de l’exil, je dis courage ; nous venons vers vous et nul ne pourra se mettre en travers de notre route.
Vive le Mali Un et Indivisible, démocratique et laïc !
Vive l’Afrique unie et solidaire !
Que le Tout Puissant nous inspire !
Qu’il protège et bénisse le Mali !//FIN
 

(*) Président par intérim du Mali

Lundi 24 Septembre 2012
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