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Burkina Faso : le système Compaoré reste « intact », selon Me Bénéwende Sankara

Ouestafnews - Situation économique difficile, affaire Sankara, mandat d’arrêt contre Blaise Compaoré, affaire des écoutes téléphoniques, revendications sociales, etc., deux ans après sa « révolution » de 2014, le Burkina reste encore confronté à d’immenses défis. Homme politique et député à l’Assemblée nationale burkinabè, Maitre Bénéwendé Sankara, revient dans cet entretien accordé à Ouestaf News en marge d’un forum à Dakar, sur tous ces dossiers, au moment où le président Roch Marc Christian Kaboré fête sa première année à la tête du pays.


Ouestafnews - Cela fait un an depuis l’accession au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, quel bilan tirez-vous de sa gestion ?

Bénéwendé Sankara - C’est une préoccupation actuelle pour tous les Burkinabè, le président Kaboré a fait un premier bilan, ce qu’il a appelé les cent jours de sa gestion du pouvoir, c’était déjà permettre à l’opinion de s’interroger de poser un certain nombre de questions surtout qu’après une telle insurrection (NDLR : Celle d’octobre- novembre 2014 qui a chassé Blaise du pouvoir) les attentes sont très nombreuses.
Ce qui a été caractéristique aussi ce n’est pas le caractère populaire de l’insurrection mais cette volonté que les Burkinabè toute tendance confondues, quelques soient les bords politiques de résister face à un coup d’état. Cela témoigne notre attachement à la démocratie. Naturellement après cela, le coup d’état a échoué et ça a permis aux Burkinabè d’aller aux élections et pour une première fois tout le monde a reconnu le caractère transparent et paisible de la présidentielle de 2015. Aujourd’hui, j’estime qu’au Burkina Faso, nous n’avons plus une question politique à régler mais plutôt une question économique et sociale à gérer. J’ai l’habitude de dire que Blaise Compaoré a été balayé mais le système lui est intact, il n’a pas été déstructuré. Le pouvoir sortant a duré 27 ans, et il est clair que les habitudes acquises ne vont pas changer en dix mois ou en une année. Vous comprenez un peu la complexité de la tâche qui attend le président Kaboré sur ce terrain de la rupture…

Ouestafnews - Que pensez vous, du Programme national de développement économique et social (PNDES) du président Kaboré ?

B.S. - Dans le PNDES il faut mobiliser à terme 15.000 milliards de FCFA, ce qui fera l’objet d’une table ronde des bailleurs prochainement. Ironie du sort nous réclamons notre indépendance et notre souveraineté, on n’est encore obligé d’aller nous assoir avec les PTF (Partenaires techniques et financiers) qui détiennent les cordons de la bourses, qui peuvent prêter mais à quel prix et à quelles conditions ?

Ouestafnews - Mais le gouvernement dispose-t-il d’un autre choix au-delà des bailleurs de fonds ?

B.S. - C’est vrai que tout est prioritaire actuellement au Burkina Faso et le pouvoir actuel est en face d’un peuple qui revendique beaucoup, mais quand on parle de développement endogène, moi je me pose aujourd’hui la question de savoir, quelle est la part contributive du peuple qui veut le changement mais est-ce qu’il est prêt à payer le prix de l’alternative

Ouestafnews - Vous êtes homme politique et député, mais l’opinion vous connait davantage comme avocat de la famille de Thomas Sanakara, qu’est ce qui explique les lenteurs constatées sur ce dossier ?

B.S - C’est simplement dû aux effets de la loi procédurale, je dois vous affirmer que ce n’est pas une intention ou volonté politique sous jacente qui bloque le dossier. Le juge d’instruction qui a été saisi est un magistrat intègre. L’autre chose étant qu’après l’exhumation, ce sont les parties civiles qui ont demandé une contre-expertise, confiée à une université espagnole qui n’a pas encore fini son travail mais malgré tout le juge continue à ce jour a auditionner des gens avec au moins une quinzaine de personne qui sont inculpées, dont huit ou neuf personnes incarcérées. Vous prenez Blaise Comparé, il est (sous le coup d’un) mandat d’arrêt, et fait présentement l’objet d’une procédure d’extradition. Il se réclame désormais de la nationalité ivoirienne mais la Côte d’Ivoire ne peut cautionner l’impunité même si c’est en faveur de son citoyen, et en outre nous avons des accords multilatéraux avec la Côte d’Ivoire… un accord d’extradition existe entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.

Ouestafnews - Vous êtes aussi en phase avec la justice burkinabé sur la demande faite à la France de lever le secret défense sur le dossier Thomas Sankara, en quoi cette requête est-elle importante ?

B.S - C’est très important parce que la France est citée dans l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et elle se tait. De quoi la France a-t-elle peur ? Pour moi c’est une belle occasion de s’expliquer qui s’offre à elle, de se laver de tous soupçons. S’il ya des citoyens français dont les noms ont été cités, la commission rogatoire pourra aborder toutes ces questions.

Ouestafnews - Les Burkinabés attendent d’être édifiés sur l’extradition de Blaise Compaoré et sur le coup de fil entre Djibril Bassolé et Guillaume Soro, mais il semble qu’on s’achemine vers un règlement diplomatique de ces deux dossiers …

B.S - La diplomatie ne peut pas faire échec à la justice et à la vérité. Au jour d’aujourd’hui, retenez que le juge qui suit le dossier des écoutes téléphoniques a demandé une expertise.
D’autre part on sait tous que Monsieur Guillaume Soro, qui est parti de Ouagadougou en 2002 avec sa rébellion, a fait des déclarations publiques pour dire que tant qu’il sera aux affaires, il va toujours protéger Blaise Compaoré.

Donc vous comprenez que le coup d’Etat (dirigé par Gilbert Diendéré, en septembre 2015 contre les autorités de transition) qui implique Blaise Compaoré et ses hommes dont Djibril Bassolé, était pour renvoyer l’ascenseur. Maintenant dire que les écoutes sont fondées ou pas, je ne rentre pas dans les détails puisqu’on attend le résultat de l’expertise qui a été confiée, me semble-t-il, à un expert allemand.
Ouestafnews - Vous êtes apparemment très optimiste. Le retour de Blaise Compaoré au Burkina Faso pour répondre à la justice, vous y croyez vraiment ?

B.S. - Moi, je ne me suis jamais découragé (…), cela fait 20 ans que je suis le dossier du président Sankara, depuis 1997 où nous avons saisis les tribunaux burkinabés, nous en avons vu des vertes et des pas mûres. Depuis ce temps-là je n’ai pas abandonné et maintenant qu’on commence à avoir des lueurs d’espoir, il n’y a pas de raisons de désarmer et de reculer. Moi je suis de ceux qui croient que là où s’abat le découragement, se lève la victoire des persévérants.

Vendredi 2 Décembre 2016
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