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Burkina Faso : « nécessité d’alternance », selon Me Benewende Sankara opposant et premier candidat déclaré à la présidentielle de 2010

Réunis en congrès les 21 et 22 mars derniers à Ouagadougou, trois partis politiques - la Convention Panafricaine Sankariste (CPS), l'Union pour la Renaissance Mouvement Sankariste (Unir/MS) et une partie du Front des forces sociales (FFS) - qui se réclament tous du défunt président Thomas Sankara ont décidé de fusionner et de lancer sur les fonts baptismaux une nouvelle formation politique dénommé l'Union pour la Renaissance/Parti sankariste (Unir/PS).
En opérant ainsi, ces « sankaristes », espèrent enfin déboulonner le parti au pouvoir du président Blaise Compaoré solidement installé aux commandes du pays depuis 22 ans.
Porté à la tête de la nouvelle formation, Me Benewendé Sankara, ancien leader de l’Unir/MS et nouveau leader de Unir/PS, a dans la foulée annoncé sa candidature à la présidentielle de 2010. Dans cet entretien exclusif accordé à Ouestafnews, il estime que le temps de l’alternance au Burkina Faso a enfin sonné. Mais quelles sont ses chances réelles de succès et quel est l’avenir du mouvement sankariste dans le pays ? Réponses !


Ouestafnews - Vous venez de tenir un congrès dit de "réunification" des mouvements sankaristes du Burkina Faso, mais les observateurs signalent que tous ceux qui se réclament du défunt président n'ont pas finalement été au rendez-vous, peut on alors réellement parler de "réunification" ?

Benewende Sankara - Nous n'avons jamais parlé de ''réunification'' des mouvements sankaristes au Burkina Faso. Nous préférons parler plutôt d'unité des sankaristes telle que le Président Thomas Sankara l'a lui-même définie en ces termes: « gardons-nous de faire de l'unité une univocité asséchante, paralysante et stérilisante. Au contraire, préférons-lui l'expression plurielle, diversifiée et enrichissante de pensées nombreuses, d'actions diverses, pensées et actions riches de mille nuances, toutes tendues courageusement et sincèrement dans l'acceptation de la différence, le respect de la critique et de l'auto-critique vers le même, le seul objectif radieux, mais qui ne saurait être rien d'autre que le bonheur de notre peuple » L'UNIR/PS conçoit le mouvement sankariste en terme d'idéal à consolider avec ceux qui partagent cette vision.

Ouestafnews - L'absence d'acteurs clé de ce mouvement dans le nouveau parti "réunifié" veut-il dire que les égos et les ambitions personnelles l'emportent encore sur l'idéal sankariste ?

Benewende Sankara - De notre analyse et comme dit plus haut, seul le peuple burkinabé est l'acteur-clé du mouvement sankariste. Cela suppose que seul le peuple doit prendre en main son destin. Les acteurs politiques doivent à mon sens aider le peuple à réaliser son rêve et non celui des acteurs qui se trouvent être une multitude dont certains ont rejoint Blaise Compaoré. C'est pour vous dire tout simplement que nous voulons construire une organisation politique qui défend les intérêts du peuple, et les portes resteront grandement ouvertes à tous ceux qui ont cette conviction qu'il faut désormais oser inventer l'avenir pour les pays africains. Le peuple burkinabé semble être prêt pour ce combat et ceux qui y croient doivent désormais s'engager avec l'UNIR/PS.
Quant aux égos, ambitions personnelles et autres calculs mesquins et prosaïques, il faut dire que c'est cela hélas qui a tué le Président Thomas Sankara. En conséquence, nous en tirons toutes les leçons pour éviter le subjectivisme et pour ne retenir que le bonheur de notre peuple en lutte.

Ouestafnews - N'est ce pas un échec de votre part, qui vous présentez comme le porte-flambeau de ce mouvement dans votre pays?

Benewende Sankara - Mais non! Pourquoi tenez-vous à voir les choses négativement? Peut-on parler d'échec pour un parti politique qui vient de naître seulement le 22 mars 2009? Mais cela dit, votre question me rappelle le débat né au lendemain de l'avènement de la révolution démocratique et populaire en 1983. Certains avaient aussi condamné Thomas Sankara avant même de l'avoir vu à l'œuvre. Mais ce sont les mêmes qui après son assassinat, qui ont été les premiers à pleurer la disparition prématurée d'un digne fils de l'Afrique. En ce qui me concerne, je respecte le rythme auquel avance notre peuple dans la sérénité. Pour cela, nous disons à l'UNIR/PS que chaque pas que nous faisons, c'est avec le peuple. Aujourd'hui, nous avons gagné la grande bataille de l'unité du peuple autour de l'UNIR/PS, donc nous gagnerons à coup sûr celle de renouer avec la dignité et le progrès.


Ouestafnews - Quelle est la force réelle du mouvement sankariste dans le paysage politique burkinabé d'aujourd'hui ?

Benewende Sankara - Le mouvement sankariste est la première force d'opposition au Burkina Faso. Il est représenté à l'Assemblée nationale avec six députés sur les onze que compte l'opposition réelle. A l'élection présidentielle de 2005, c'est le candidat sankariste qui est arrivé en deuxième position malgré le contexte particulièrement difficile dans notre pays où la démocratie est verrouillée. A titre d'exemple, 90% des députés appartiennent à la mouvance présidentielle.
Mais au-delà de l'appréciation de la situation institutionnelle, la force du mouvement sankariste réside maintenant dans sa dynamique de réhabiliter l'œuvre inachevée de construction nationale du Président Thomas Sankara qui avait restitué à notre peuple la confiance en soi de même qu'une politique adaptée à nos besoins. Le Programme Alternatif Sankariste est une réponse à cette préoccupation.

Ouestafnews - Dans la foulée de votre congrès, vous avez aussi annoncé votre candidature à la présidentielle de 2010, pensez-vous peser suffisamment lourd pour inquiéter le candidat du parti au pouvoir ?

Benewende Sankara - Blaise Compaoré est au pouvoir depuis 22 ans suite à l'assassinat de son frère d'armes et ami Thomas Sankara. En 22 ans de règne sans partage, le Burkina Faso n'a connu que marasme social et régression sur tous les plans, même s'il y a une certaine stabilité institutionnelle. Le Président Compaoré est, comme toujours dans ce cas de figure, usé par le pouvoir de même qu'il est rattrapé voire dépassé par les abus de son régime. Le nom même Burkina Faso, patrie des hommes intègres qui était tout un programme sonne comme d'un autre temps; sans saveur et sans âme. Avec des actes tout aussi ignobles qu'inédits dans son histoire récente que sont les tragédies du 15 octobre 1987 suivi de dizaines d'exécutions et celui du 13 décembre 1998 à Sapouy avec l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, c'est d'une psychothérapie que beaucoup de burkinabé avaient besoin pour se remettre de leur prostration. Mais aujourd'hui, avec un contexte international des plus favorables avec beaucoup d'anciens dictateurs criminels dans l'œil du cyclone de la Cour pénale internationale, la peur a changé de camp. Notre poids, c'est d'abord la nécessité d'alternance qui fonde toute démocratie. C'est ensuite le peuple conscient et convaincu qu'il doit se battre pour le changement en 2010. C'est avec ce peuple-là que je m'engage et chaque burkinabé doit pouvoir dire: Oui, je m'engage! Oui, j'y crois, je m'engage!


Jeudi 26 Mars 2009
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