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Déclaration conjointe d'organisations syndicales et organisations de la société civile béninoise sur l'affaire Dangnivo (texte intégral)


Le Bénin va mal. La situation est catastrophique à tous points de vue. Le pays est au bord du gouffre.

Sur le plan politique, la démocratie chèrement acquise subit de graves revers. Les libertés sont constamment menacées ou muselées. Les manifestations de protestation de militants d’organisations sociales, syndicales ou politiques pour exprimer leur désapprobation de la gestion du pouvoir d’Etat sont interdites du Sud au Nord. Les manifestants sont parfois sauvagement maltraités.

Les derniers exemples sont celui des Elèves-instituteurs des Ecoles normales et celui auquel nous avons assisté hier mardi 12 Octobre 2010, organisé par les Organisations de Défense des Droits Humains. En revanche, de colossaux moyens logistiques et financiers sont mis en œuvre pour orchestrer de folkloriques marches de soutien au régime, des sorties médiatiques de mauvais goût, des meetings à la gloire et à la réélection de celui-là même, qui nous a promis le « changement ».

La liberté de presse est bafouée. Même la presse étrangère est victime de la politique de tyrannie et d’exclusion du régime. Tant la volonté de caporalisation totale des médias par le pouvoir est manifeste. Le droit de grève est sous le coup de la confiscation. Mais cela se heurte à la résistance opiniâtre des travailleurs. Le fonctionnement des institutions de l’Etat laisse à désirer. La justice ne sait même plus, où elle en est. Le pays est mal gouverné.

Sur le plan économique, la gestion hasardeuse du régime du changement a conduit tous les secteurs d’activités à la ruine. Les voyants économiques sont au rouge vif. Les marchandises ont du mal à se réaliser et la mévente se généralise. La désorientation n’a jamais autant frappé les activités portuaires. Les sociétés d’Etat et autres propriétés publiques meubles ou immeubles sont systématiquement bradées au profit d’étrangers, de dignitaires, de proches ou amis du régime. Les opérateurs économiques ne savent plus quel Dieu implorer pour le remboursement des dettes publiques intérieures. Dans le même temps, ils sont traqués d’un côté par le fisc, de l’autre par les créanciers et les unités économiques se ferment par dizaines. La tendance générale au niveau des investisseurs étrangers est à la méfiance vis-à-vis de notre économie. Pourtant, le pays mérite un meilleur sort et en a les ressources.

Sur le plan social, du fait de la situation brossée plus haut, la misère s’aggrave. La mendicité prend des proportions inquiétantes. Le trafic des enfants s’accentue. Le banditisme est rampant. L’insécurité s’accroît et menace dangereusement la stabilité politique. Les soi-disant réalisations socio-économiques du régime ne sont en réalité que des occasions pour Boni YAYI et ses complices de s’en mettre plein les poches pendant que le pays s’enfonce dans un endettement sans précédent. De larges couches sociales tombent dans la déchéance totale. Pire, le dialogue social avec le monde du travail a été abandonné au profit d’une succession de ruses manœuvrières contre-productives. L’heure est grave.

Le doute et l’incertitude du lendemain hantent les populations. Personne n’en croit ses yeux pour le niveau de corruption atteint par ce régime. Nul n’a mémoire d’un tel hit parade de scandales politico-financiers à répétition dans notre pays : affaire recettes d’escorte de véhicules d’occasion, avion présidentiel, CEN-SAD, SONAPRA, machines agricoles, ICC-Services et consorts, etc. La distribution prodigale sans précédent d’argent dans nos villes et campagnes par Boni YAYI à des fins corruptrices et électoralistes entretient la morale perverse du gain facile, opposée au juste précepte selon lequel le travail est la source durable de richesse.

Jamais la gestion de ressources humaines n’a été aussi calamiteuse. Le régime est rompu dans l’art d’opposer cadres et frères de mêmes localités du nord au sud, pour semer la discorde et la division en leur sein pour ses intérêts propres. Cela sape la paix sociale et la cohésion nationale, bases fondamentales du développement économique et social. Le recours incessant à l’achat de conscience et le débauchage effréné font partie des traits caractéristiques du régime de Boni YAYI. On aura tout vu : tout change, c’est vrai, mais hélas, de mal en pis. La solution que le régime du changement a trouvé à cette situation, c’est la propagande et la manipulation tous azimuts, le renforcement de la répression, les menaces d’arrestations, les plus grossiers montages pour tromper le Peuple, la savante instillation de la peur, le refus de s’occuper des problèmes réels du pays.

L’un des problèmes réel du pays aujourd’hui, c’est la confection d’une Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI), fiable et non la poursuite à pas forcée d’une honteuse mascarade, que seuls ceux qui en profitent au plan pécuniaire comprennent. Personne ne comprend en effet, qu’en défit des inondations et de la détresse de l’immense majorité des populations de l’Ouémé et du Plateau, malgré le fait que les populations de ces départements doivent vaquer en cette période-ci, à leurs activités agricoles de la petite saison, malgré la défection des équipements mis en place, contre l’avis de la plupart des autorités locales (Maires, Conseillers, etc.), Yayi Boni et ses sbires forcent le processus, au risque de spolier les citoyens de leurs légitimes droits à se faire enregistrer.

La politique de l’autruche ne saurait durer plus longtemps. Nous ne pouvons laisser quelques aventuriers conduire notre la Terre de nos aïeux et notre Peuple dans le gouffre. C’est pourquoi, les organisations signataires du présent appel, exigent

1- Que le Président BONI YAYI et son Gouvernement arrêtent immédiatement leur propension à provoquer inutilement le peuple travailleur, les forces sociales et politiques, créant, ce faisant, des tensions inutiles et préjudiciables à la paix et à l’Unité Nationale. Nous voulons que chacun sache que les tensions actuelles sont directement créées à des fins inavouées, par le Président BONI YAYI lui même et ses sbires, afin de terroriser notre peuple et lui imposer un type de gouvernance que nous avons récusé depuis l’historique Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990.

2- Que le Président BONI YAYI et son Gouvernement cessent dès maintenant de poser des entraves aux libertés publiques et à leur pleine et entière jouissance par tous les citoyens. Il s’agit ici que le Président BONI YAYI garantisse conformément à la Constitution et à son serment, la liberté de chacun et de tous, de se réunir, de manifester, d’adopter la religion de son choix. Il s’agit aussi de manière spécifique que le libre et équitable accès à la Télévision Nationale de service public, devienne un impératif.

3- Que le Président BONI YAYI abandonne définitivement son rêve de pouvoir caporaliser toutes les Institutions de la République, de bâillonner toutes les forces sociales et politiques, d’instrumentaliser des dispositions telles que la réalisation du RENA et de la LEPI dans le seul et unique but d’être réélu en 2011, y compris contre la volonté populaire.

4- Que le Président BONI YAYI et son Gouvernement mettent désormais un point d’honneur à rendre compte de la gestion des finances publiques conformément aux textes de la République.
Nous voulons savoir lequel des budgets est cours d’exécution pour l’exercice 2010 ;
Nous voulons savoir le montant et l’utilisation faites des recettes relatives à l’activité d’importation des véhicules d’occasion ;

Nous voulons enfin un audit exhaustif du trésor public.

Pour faire aboutir toutes ces exigences, qui relèvent d’une œuvre de salubrité publique, et de salut national, les forces politiques, les syndicats, les organisations de la société civile, ont décidé de se constituer ce jour mercredi 13 Octobre 2010 en un Front de Défense de la Démocratie (FDD). Il s’agit donc du plus large rassemblement de toutes les forces sociales et politiques que notre pays ait jamais connu en vue de restaurer un Bénin debout, libre, fier, riche de sa diversité et ancré dans la démocratie, l’Etat de droit et le pluralisme politique. Le développement de notre pays, la satisfaction des besoins de notre peuple travailleur et la restauration de l’espoir pour la jeunesse en dépendent.
Voilà pourquoi, le FDD lance un vibrant appel :

1. à notre peuple, afin qu’il soit constitué partout des Comités Locaux de Défense de la Démocratie (CLDD) qui, puisant dans notre longue et riche tradition de luttes héroïques, devront travailler quotidiennement, à barrer la route à l’arbitraire, à la confiscation et à l’exercice personnel du pouvoir, au pillage et aux bradages de nos ressources nationales.

2. à la jeunesse afin qu’elle prenne la mesure de la gravité de la situation actuelle et se batte, de toutes ses forces, pour conserver les libertés démocratiques qu’elle a héritées de ses ainés

3. à l’Armée, aux forces de sécurités publiques et à tous les agents de l’État qu’ils doivent tenir comme bréviaire les dispositions de l’Article 19 de notre Constitution qui stipule que :
<< Tout individu, tout agent de l’Etat qui se rendrait coupable d’acte de torture, de sévices ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, soit de sa propre initiative, soit sur instruction, sera puni conformément à la loi. Tout individu, tout agent de l’Etat est délié du devoir d’obéissance lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte grave et manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques.>>

Notre Peuple ne capitulera pas ! Non, à la confiscation des libertés ! Libérez Dangnivo ! Vive le Bénin debout, libre et fier ! Vive la Démocratie !

Fait à Cotonou, le 13 Octobre 201O Ont signé :
CSTB CSA Bénin CGTB Gaston K. AZOUA Dieudonné LOKOSSOU Pascal D. TODJINOU
COSI FESYNTRA-Finances ODHP Léandre SAGBO Laurent METONGNON Gustave ANATO
FORS LEPI NEP MIXALODO PCB Joël ATAYI GUEDEGBE Bouraïma MALEHOSSOU Fidèle QUENUM
L’Union fait la Nation Coalition ABT 2011 G13 Antoine IDJI KOLAWOLE Dr J. A. ODJO Saka FIKARA

Mardi 19 Octobre 2010
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