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Discours d’investiture du président Muhammadu Buhari, president du Nigeria (Intégral)


Pour faciliter le dialogue entre peuples africains qui passe par l’échange d’informations, Ouestaf News a une nouvelle fois mobilisé son équipe, pour vous offrir ci-dessous une traduction (non-officielle) en français du discours d’investiture du président Muhammadu Buhari. Ce discours a été prononcé par le nouveau chef d’Etat nigérian immédiatement après sa prestation de serment en tant que Président de la République fédérale du Nigeria, le 29 mai 2015.

Par Muhammadu Buhari
Président de la République Fédérale du Nigeria
Commandant en Chef des Forces Armées.


Je remercie profondément Dieu qui nous a permis d’être présent et d’assister à cet évènement, en ce jour. C’est un jour de triomphe pour le Nigeria, une occasion de célébrer sa liberté et d’apprécier sa démocratie. Les Nigérians ont montré leur engagement pour la démocratie et sont déterminés à enraciner cette culture. Notre voyage n’a pas été de tout repos, mais grâce à la détermination de nos populations et le soutien sans faille de nos amis étrangers, nous avons aujourd’hui en place un gouvernement démocratiquement élu.

Je voudrais remercier le Président Goodluck Jonathan qui a démontré ses qualités d’homme d’Etat en posant un acte sans précédent, qui a rendu à notre peuple sa fierté d’être Nigérian, où qu’il puisse se trouver. Avec le soutien et la collaboration qu’il a apportés au processus de transition, il nous a permis de prouver au monde que malgré la tension ambiante dans le pays, nous pouvons rester un peuple uni, capable d’offrir le bien à notre nation. Nous avons ensemble collaboré pour surprendre tout ce monde, venu uniquement pour voir le pire se produire au Nigeria. J’espère que cette concession volontaire de la défaite par le Président sortant deviendra une norme dans la pratique politique de ce pays.

Je voudrais remercier nos millions de militants qui ont cru en nous, même quand la cause semblait désespérée. Je salue leur détermination à attendre pendant de longues heures sous la pluie et le chaud soleil pour s’inscrire, voter et rester toute une nuit, au besoin, pour sécuriser leur vote et s’assurer qu’il compte et a été comptabilisé. Je remercie ceux qui ont animé, sans relâche, la campagne sur les médias sociaux. Je confonds dans les mêmes remerciements nos autres compatriotes, hommes et femmes, qui n’ont pas voté pour nous mais qui ont contribué à rendre notre système démocratique véritablement compétitif, fort et bien assis.

Je vous remercie tous.

Ayant juste prêté serment sur le Livre Saint, il y a quelques minutes, j’ai l’intention de respecter mon serment et de travailler en tant que Président de tous les Nigérians.

J’appartiens à tous et je n’appartiens à personne.

Quelques personnes ont, en privé, exprimé des craintes pensant qu’en revenant aux affaires, je vais déclencher des poursuites contre elles. Ces craintes sont sans fondement. Il n’y aura pas de règlement de vieux comptes. Le passé est derrière nous.

Nos voisins sub-sahariens et nos frères africains doivent être rassurés que le Nigeria sous mon administration est prêt à jouer tout rôle de leadership que l’Afrique attend de lui. Je voudrais ici remercier les gouvernements et les populations du Cameroun, du Tchad et du Niger pour avoir engagé leurs forces armées dans le combat contre Boko Haram au Nigeria.

Je souhaite aussi plus largement rassurer la communauté internationale quant à notre disponibilité à collaborer et à aider dans le combat contre les menaces liées au terrorisme transfrontalier, à la piraterie en mer, aux réfugiés et boat-people, à la criminalité financière, à la cybercriminalité, au changement climatique, à la propagation des maladies infectieuses et à d’autres défis du 21è siècle.

Chez nous, les défis auxquels nous faisons face sont énormes. L’insécurité, la corruption endémique, le lancinant et apparemment insolvable déficit d’énergie et d’électricité, constituent nos préoccupations immédiates. Nous allons nous y attaquer de front. Les Nigérians ne regretteront pas d’avoir placé leur confiance en nous pour assumer les responsabilités nationales. Nous ne devons pas céder au désespoir et au défaitisme. Nous pouvons résoudre nos problèmes.

Dans un passé récent, des responsables nigérians semblent avoir mal compris le sens de notre mission. Nos pères fondateurs, M. Herbert Macauley, Dr Nnamdi Azikiwe, Chef Obafemi Awolowo, Alhaji Ahmadu Bello, le Sardauna de Sokoto, Alhaji Abubakar Tafawa Balewa, Malam Aminu Kano, Chef J.S. Tarka, M. Eyo Ita, Chef Denis Osadeby, Chef Ladoke Akintola et leurs collaborateurs ont travaillé de façon à établir des normes de gouvernance. Ils ont pu diverger dans leurs méthodes et pratiques, mais ils étaient tous unis dans l’objectif d’établir une nation viable et progressiste. Certains de leurs successeurs se sont comportés comme des enfants gâtés, qui cassent tout et sèment le désordre dans la maison.

Mieux encore, les Nigérians que nous sommes devons avoir à l’esprit que nous sommes les héritiers de grandes civilisations : le califat de Shehu Othman Dan Fodio, l’Empire du Kanem Borno, l’Empire d’Oyo, l’Empire du Benin et le domaine extraordinaire du roi Jaja. Le sang de ces illustres ancêtres coule dans nos veines. A présent il nous faut construire à partir de ces héritages un Nigeria moderne et debout.

Aussi redoutable que soit la tâche, elle n’est en aucun cas insurmontable. Il y a désormais un consensus national qui fait de la démocratie, le chemin que nous avons choisi pour aller vers le développement. Afin d’atteindre nos objectifs, nous devons consciencieusement travailler notre système démocratique. Sous mon autorité, le pouvoir exécutif fédéral ne cherchera pas à s’immiscer dans ce qui revient aux pouvoirs judiciaire et législatif. Les autorités garantes du respect des lois auront pour mandat d’agir dans les limites fixées par la Constitution. Nous allons reconstruire et réformer le service public afin de le rendre plus efficace et plus serviable. Nous allons le charger d’agir avec intégrité pour assurer la stabilité du système.

Pour sa part, le pouvoir législatif doit rester fidèle à ses fonctions de proposition de lois, de mise en œuvre d’opérations de contrôle, le tout accompli avec diligence. Le système juridique à quant à lui besoin d’une réforme qui efface les stigmates d’un passé récent. Ce que ce pays attend de son système judicaire, c’est qu’il délibère avec célérité sur tous les cas qui lui sont soumis, notamment les cas de corruption, les cas de grande criminalité financière, ou encore d’abus de pouvoir. Ce n’est que lorsque ces trois branches agissent conformément à la Constitution que le gouvernement sera dans les dispositions de servir les populations de façon optimale et d’éviter la confusion très fréquente qui, de nos jours, ruine la gouvernance.
 

Par ailleurs, les relations entre Abuja et les Etats doivent être clarifiées si nous avons à cœur de mieux servir notre pays. Certes, du point de vue de la Constitution, des limites sont fixées à chacune des trois branches du pouvoir. Mais cela ne veut pas dire que le gouvernement fédéral devrait fermer les yeux et croiser les bras sur ce qui se passe dans les Etats et dans les administrations locales. Encore moins dans les opérations du Compte Commun du Gouvernement Local. Autant le gouvernement fédéral ne peut interférer dans les détails des opérations, autant il assurera une veille contre la grande corruption au niveau local. Aussi longtemps que la Constitution me le permet, je ferai en sorte de m’assurer qu’il y ait une gouvernance responsable et basée sur la reddition de compte à tous les niveaux de l’administration de ce pays. Car, permettre l’existence d’abus contres les Nigérians sous mon magistère, serait trahir la confiance qu’ils ont placée en moi.

Toutefois, et quel que soit le degré de bonne organisation au sein des gouvernements de notre Fédération, ils ne sauraient réussir sans le soutien, la compréhension et la coopération des syndicats, d’un secteur privé organisé, de la presse et de la société civile. J’en appelle aux travailleurs et aux employés de s’unir et de travailler dans l’optique d’un accroissement de la productivité afin que chacun puisse bénéficier de sa part d’une prospérité nationale accrue. La presse nigériane est une des plus dynamiques d’Afrique. L’appel que je lance aux médias aujourd’hui - et l’appel s’adresse aussi aux réseaux sociaux - c’est d’exercer son pouvoir extraordinaire avec responsabilité et patriotisme.

Mon appel à l’unité est dicté par la gravité de la situation dont nous avons héritée. Avec la fonte de nos réserves en devises, la chute des cours du pétrole, les fuites et la dette, l’économie est dans une phase difficile qui nécessitera une gestion attentive pour la remettre à niveau et relever les défis immédiats qui nous interpellent, et notamment le cas de Boko Haram, la situation dans le Delta du Niger, les coupures d’électricité, le chômage et particulièrement celui des jeunes. Dans le long terme nous devons aussi améliorer la qualité de notre système éducatif. Il nous faudra revoir l’ensemble de notre système de santé. Nous devons renouveler nos infrastructures physiques en décadence.

Le plus urgent reste l’insurrection de Boko Haram. Des progrès ont été enregistrés ces dernières semaines par nos forces de sécurité, mais la victoire ne peut être acquise en ayant le Centre de Contrôle et de Commandement basé à Abuja. Le Centre de Commandement sera transféré à Maidgiguri et y restera jusqu’à ce que Boko Haram soit complètement vaincu. Mais nous ne pourrons revendiquer la victoire contre Boko Haram sans avoir sauvé les filles de Chibok et toutes les autres personnes innocentes retenues en otage par les insurgés.

Ce gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour les libérer vivantes. Boko Haram est un cas typique d’une petite étincelle qui cause de grands incendies. Un prédicateur excentrique et déviant avec un petit groupuscule à ses côtés s’est vu offrir la gloire posthume et de nombreux adeptes par son assassinat extrajudiciaire aux mains de la police. Depuis, par une gestion officielle tatillonne, par la négligence, la complaisance ou la collusion, Boko Haram est devenue une force terrible qui a ôté la vie à des dizaines de milliers de personnes et pris le contrôle de plusieurs villes et villages, qui couvrent de larges pans de territoire sous la souveraineté du Nigeria.

Boko Haram est un groupe sans foi ni loi, aussi éloigné de l’Islam qu’on peut l’imaginer. A la fin des hostilités, lorsque le groupe sera vaincu, le gouvernement entend commanditer une étude sociologique pour déterminer les origines, les causes immédiates et lointaines du mouvement, ses soutiens, les connexions internationales pour s’assurer que de mesures sont prises pour éviter une répétition de ce mal. Pour le moment, les Forces Armées ont la pleine responsabilité de poursuivre le combat contre Boko Haram. Nous devrons réformer les règles d’engagement pour éviter les violations des droits humains dans les opérations. Nous devrons améliorer les mécanismes opérationnels et juridiques de sorte que des mesures disciplinaires puissent être prises en cas de violations avérées des droits humains par les Forces Armées.

Boko Haram, n’est pas le seul défi sécuritaire qui gangrène notre pays. La vague de kidnappings, de vols à mains armés, de conflits entre éleveurs et agriculteurs, de vols de bétail, contribuent tous au sentiment général d’insécurité sur notre sol. Nous allons ériger et maintenir une architecture sécuritaire, composée d’hommes disciplinés, serviables et bien rémunérés.

Le programme d’amnistie dans le Delta du Niger doit arriver à expiration en décembre, mais le gouvernement compte investir sérieusement dans les projets et programmes actuellement en cours. J’en appelle aux dirigeants et aux peuples dans ces régions pour qu’ils collaborent avec l’Etat et avec le Gouvernement Fédéral dans les programmes de reconstruction qui seront rationnalisés et rendus plus efficaces. Je suis plus que jamais à l’écoute des griefs de tous mes compatriotes nigérians. Je leur tends une main amicale pour ensemble apporter la paix et bâtir la prospérité pour notre peuple.

Aucune autre cause, en dehors du déficit d’électricité, ne saurait être identifiée pour expliquer les mauvais résultats de l’économie nigériane au fil des années. C’est une honte nationale qu’une économie de 180 millions d’habitants ne produise que 4000 MW, et n’en distribue que beaucoup moins. Le bricolage permanent des structures de fourniture et de distribution d’électricité, et 20 milliards de dollars dépensés depuis 1999, n’ont produit que l’obscurité, la frustration, la misère et la résignation chez les Nigérians. Nous ne permettrons pas que cela se poursuive. Des études sérieuses sont en cours, pendant cette transition pour identifier la manière la plus rapide, la plus sûre et au meilleur rapport coût/efficacité pour apporter la lumière et le soulagement aux Nigérians.

Le chômage, et plus particulièrement le chômage des jeunes, est en bonne place dans le manifeste de notre parti. Nous comptons attaquer le problème de manière frontale à travers la relance de l’agriculture, l’exploitation des minéraux solides, en même temps que les crédits aux petites et moyennes entreprises pour donner un nouveau souffle à ces entreprises. Nous examinerons, le plus vite possible, la meilleure façon de faire revivre les grosses industries et d’accélérer la relance de nos chemins de fer, de nos routes et de nos infrastructures en général.

Excellences, mes chers compatriotes nigérians, je ne me souviens pas d’une époque où le Nigeria a bénéficié d’une telle sympathie à l’extérieur plus qu’aujourd’hui. Les messages que j’ai reçus de l’Est et de l’Ouest, des nations puissantes et des petites nations, sont le signe d’une attente internationale envers nous. Chez nous, le nouveau gouvernement élu bénéficie d’un réservoir de bonne volonté et de grandes espérances. Le Nigeria a par conséquent une fenêtre d’opportunité pour réaliser notre potentiel longtemps en attente, et consistant à nous unir et a réaliser notre mission en tant que grande nation.

Notre situation n’est pas sans rappeler le souvenir de ce passage de Julius César de Shakespeare
Il y a une vague dans le destin des hommes qui // saisie au flot, conduit à la fortune, // ratée, tout le voyage de leurs vies,// sombre dans le vide et la misère.

Nous avons une opportunité. Saisissons-la.

Je vous remercie.

Traduit de l’anglais par Ouestaf News

Lundi 1 Juin 2015
Ouestaf News
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