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Drame de Lampedusa: «On va encore vers d’autres morts »

Une semaine après le naufrage d’une embarcation qui a coûté la vie à des centaines de migrants africains, au large des côtes italiennes, Boubacar Sèye, le président de l’Ong Horizons sans frontières revient, dans cet entretien exclusif avec Ouestafnews, sur les causes de cette tragédie. M. Sèye souligne l’absence d’une gestion concertée de la migration, la responsabilité manifeste des pays africains et de l’Union européenne comme les causes profondes du drame.


Ouestafnews- D’aucuns disent que la tragédie de Lampedusa pouvait être évitée, où se situent les responsabilités, selon vous ?
 
Boubacar Seye - Les responsabilités sont situées de part et d’autre, aujourd’hui, on se sent tous responsables. Cette tragédie pouvait être évitée surtout que recadrant ce débat dans un contexte de mobilité croissante des populations, on se rend compte que tout le monde migre aujourd’hui, il y a chaque année plus de 800 millions de personnes qui franchissent une frontière, ne serait-ce que pour des raisons de tourisme.
 
Alors l’immigration étant un facteur social d’équilibre social et économique alors nous estimons que dans ce contexte de globalisation et de mondialisation, il faut mettre sur pied le droit à l’immigration qui devrait être le corollaire du droit à l’émigration. Ce qui se passe c’est qu’en matière de migration pour des raisons économiques et familiales, il n’y a aucune législation en droit international qui protège le migrant.
 
Ouestafnews - Quel regard portez-vous sur la réaction de  l’Union européenne, qui contrairement à l’Afrique, s’est vite réunie sur la question ?
 
B. S - Ce sont les ministres de l’Intérieur des pays de l’Union européenne qui se sont réunis. Donc on constate que ce sont des raisons sécuritaires. Ils se sont réunis précipitamment ne se rendant même pas compte que ce débat est un débat mondial, on ne peut pas le résoudre à l’échelle continentale ou régionale.
 
Ce qu’il faut, c’est un dialogue sur les migrations internationales avec l’implication de tous les acteurs y compris les migrants. Encore une fois, je le répète, nous voulons être co-décisionnaires. On ne peut régler la question des migrants sans nous inclure dans le débat.
 
C’est là l’erreur de l’Union européenne, il y a rien de nouveau au sortir de leur rencontre. On va vers d’autres échecs, vers d’autres morts encore en Méditerranée.  Ce que les Européens vont faire  tout simplement c’est un renforcement du Frontex qui est doté d’un budget 1,8 million d’euros, de 20 aéronefs et d’une force d’intervention de 600 hommes, où était Frontex quand le bateau chavirait ?
 
Nous voulons être édifiés sur cette question,  il y a eu du sabotage. Ce qui s’est passé est une honte pour l’humanité. Nous accusons l’Union européenne de crime contre l’humanité et de non assistance à personnes en danger.
 
Ouestafnews - Les pays africains ne sont-ils pas eux- aussi responsables en tant que zones de départ des migrants ?
 

B.S - Effectivement, il y a une grande responsabilité des pays africains, je dirais qu’ils sont responsables à 90% de ce drame. Nous sommes très surpris d’ailleurs que l’Italie ait accordé une journée de deuil national aux victimes et qu’aucun pays d’Afrique ne se soit prononcé sur la tragédie, aujourd’hui il devrait y avoir une réunion de crise au niveau de l’Union africaine.
 
Aujourd’hui, l’émigration est une soupape de sureté pour les Etats africains, pour réduire le chômage des jeunes, et les tensions qui en résultent. Mais qu’on nous violente ou qu’on nous assassine à l’étranger, c’est n’est pas le problème des gouvernements africains.
 
Aujourd’hui ( NDRL : Vendredi 11 octobre 2013) ils sont en réunion pour se plaindre de la Cour pénale internationale (CPI). Il ne faudrait pas que cette juridiction ferme, il faudrait qu’ils soient jugés pour crimes contre l’humanité car  des Africains meurent aujourd’hui à cause de la mauvaise gouvernance et de l’incurie des pouvoirs publics africains.


Lire aussi:
Emigration: faire un retour au Droit

 

Mardi 15 Octobre 2013
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