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ENDETTEMENT DE L'AFRIQUE : de quoi se mêle Sarkozy ? (Libre Opinion)

Depuis son tristement célèbre discours de Dakar, dans lequel le président français Nicolas Sarkozy, a voulu manifestement blesser et humilier les Africains, toutes ses déclarations sur l'Afrique sont désormais disséquées mot après mot. C'est ce qu'ont fait nos confrères des Editions le Pays du Burkina Faso après la dernière sortie du président français aux Nations Unies à New York,. Avec l'aimable autorisation de nos confrères burkinabé, Ouestaf reproduit ci-dessous l'intégralité de ce commentaire publié dans leur journal. Le texte se veut une alerte et un écho de ce que pense une bonne partie de l'intelligentsia africaine.


Texte intégral, publié par le Pays
"Le président français a encore parlé. Pour l'Afrique, pense-t-il, chaussant sans doute les bottes de son prédécesseur Chirac "l'africain".
Du haut de sa chair, au siège de l'ONU, Nicolas Sarkozy a interpellé la communauté internationale, de la manière franche, directe et sans détour qu'on lui connaît. C'est plus que proverbial, l'homme ne fait généralement pas dans la langue de bois. Mais le plaidoyer qu'il délivre pour l'Afrique ne convainc personne. Pire, il suscite des interrogations qui conduisent au doute et même à la suspicion. On a légitimement peur en écoutant pareil discours provenant de la bouche de Nicolas Sarkozy. Car la réthorique sonne faux. Outre qu'elle infantilise, elle laisse transparaître comme une bonne dose de paternalisme suranné qui peine à se cacher. Et c'est cela qui choque, blesse et meurtrit. Tout président qu'il est, Nicolas Sarkozy n'a pas mandat pour commander aux Africains la conduite qu'il leur faut tenir. Il n'a pas le droit de se moquer de façon si ostentatoire de l'ensemble du continent africain. Pas plus qu'il n'a le droit de s'attaquer si vertement à la Chine (même sans la nommer) alors qu'elle aussi vient offrir ses services.
Derrière l'argumentaire utilisé se laisse deviner sans peine la conviction du président français: voici des Africains pour lesquels nous avons tout fait, sommes prêts à faire davantage, et qui nous font cependant l'injure (l'infidélité ?) d'accepter de nouveaux amis qui feront bien moins que nous. Autant arrêter le massacre avant qu'il ne commence.
Il faut avoir le courage de le dire tout net, le président français à lui tout seul, ne peut pas savoir mieux que l'ensemble des Africains, ce qui est bon pour leur continent. La préoccupation de Sarkozy, la vraie, celle qui ne dit pas son nom, mais que tout le monde voit, tant elle peine à se dissimuler, est celle de bon nombre d'Occidentaux qui s'effarouchent, à la seule pensée que le continent africain puisse basculer et tomber dans l'escarcelle des Chinois. Pour des raisons à la fois idéologiques et économiques. Inquiétude somme toute légitime, car il est indéniable que ce pays prend de plus en plus pied en terre africaine. Leurs articles, disponibles et à petits prix, sont désormais prisés aux rues marchandes de nombre de villes et contrées africaines, et représentent une véritable aubaine pour des populations frappées de plein fouet à la fois par les effets dévastateurs de la dévaluation de 1994 et par la récession qui s'en est suivie. Des populations qui trouvent là, produits et articles que peut leur permettre le peu d'argent qui se trouve encore dans leur porte-monnaie. Où est l'ingratitude, où est l'infidélité ? C'est là une simple affaire de réalisme.
Depuis le fameux sommet de la Baule, il n'est un secret pour personne que l'aide au dévéloppement des pays africains est passée au crible de critères draconiens, choisis et décidés de façon unilatérale par les donateurs occidentaux. Normal, dirait-on. La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. Et ces dons, lorsqu'ils sont faits, doivent obéir à des conditionnalités telles que, parfois, on se demande finalement à qui profite vraiment l'aide octroyée: à celui qui la reçoit, ou à celui qui l'envoie ?
Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, la Chine, elle au moins, ne fait pas tant de chichis. Et tant pis pour ceux qui disent qu'elle n'est pas désintéressée. Qui, en la matière l'est tout à fait ? Avec elle, au moins, c'est plus simple, plus clair, plus vrai. C'est cela aussi qui la rend populaire. Et c'est sans doute parce qu'elle a multiplié les financements à hauteur de milliards de dollars ces dernières années, en Afrique, dans des projets de constructions d'infrastructures et dans bien d'autres domaines, que les Européens constatent, s'inquiètent et s'agitent. Ils trouvent en Sarkozy un illustre porte-parole. Mais peut-il en être autrement ? On se rappelle que les pays du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon et Russie et Italie), lors du sommet de Glenagles au Royaume-Uni, en juillet 2005, s'étaient engagés à porter l'aide de l'Afrique à 50 milliards de dollars. Outre que cette aide a été ramenée, peu de temps après à 21,8 milliards de dollars, les experts de l'ONU constatent qu'à ce jour, l'aide publique au dévéloppement de l'Afrique n'a augmenté que du 1/4 de ce montant. Et pendant ce temps, la Chine multiplie ses offensives, avec succès, il faut l'avouer. Peut-on raisonnablement lui en chercher noise ? Lorsque Sarkozy s'en prend aux "nouveaux bailleurs, qui sont par ailleurs les bienvenus" et qui multiplient l'aide sous forme de projet, il a tout faux. Et il n'est pas loin de penser de l'Afrique qu'elle demeure la chasse gardée d'une Europe qui est prête à tout pour conserver jalousement son bien. Une idée de l'Afrique qui n'est plus de mise, il faut en convenir. L'intention n'est pas de dire ici que le continent n'a pas bénéficié d'aide des Européens. Mais l'honnêteté commande aussi de reconnaître que certaines aides de leur part, fonctionnent à la manière des perfusions qui tiennent le patient tout juste en vie. On évite de le guérir, ainsi on a l'assurance qu'il aura toujours besoin de vous. Même en politique, cela relève du malsain.
Autres formes d'aides, celles qu'on a vues, dont ont bénéficié les Européens de l'Est, après la désintégration de l'Union soviétique, ou, plus récemment, celles dont ont bénéficié les Géorgiens pour reconstruire leur pays après la guerre du caucase : des milliards déversés en quelques semaines. Autres lieux, autres façons de faire. Oui, mais, cela relève de la politique de deux poids, deux mesures. L'Europe donne à l'Afrique, c'est un bien. Elle donne ce qu'elle veut, à qui elle veut, quand elle le veut. Cela aussi est normal, la politique et la diplomatie ne fonctionnent pas comme la morale.
Le continent africain ne peut pas, sérieusement, émettre des revendications en la matière. Mais il peut, mieux, il doit, exiger le droit du choix de ses amis, alliés et partenaires économiques pour son dévéloppement. Il exerce là son droit le plus absolu, sa liberté de conscience. Il a le droit de chercher à diversifier ses relations politiques, diplomatiques et économiques. En toute souveraineté. Nul n'est en mesure de le lui interdire, pas même Nicolas Sarkozy. Et c'est tant mieux si cela suscite une émulation qui pousse les Européens à proposer plus et mieux. Ce n'est sans doute pas une simple coïncidence, si l'appel du président français intervient à un moment où le cataclysme subi par les marchés fiscaux et financiers suscite inquiétude et incertitude sur l'avenir économique mondial. L'Europe a-t-elle peur de perdre l'Afrique ?
Des "erreurs du passé", il y en a certes eu, mais pas forcément du côté de ceux qu'on croit. L'Europe ne donne pas gratis pro Deo. Une contre-partie est toujours attendue, visible ou non. Des chefs d'Etat du continent africain bénéficient même à ce jour de la confiance de leur ancienne métropole. A quelles fins ?
Autant il faut la Russie pour l'équilibre mondial dans le domaine militaire, autant la Chine est nécessaire pour l'équilibre économique mondial. Un monde unipolaire n'arrange que ceux qui le créent. Et en définitive, plein droit revient aux Africains de choisir leur chemin, leurs amis. L'adage populaire relève du truisme, mais l'occasion sied pour le rappeler: il vaut mieux un puits peu profond, avec de l'eau, qu'un puits profond, sans eau. Si la Chine devenait pour l'Afrique un puits peu profond et avec beaucoup d'eau, il serait irraisonnable que ce continent s'en prive.


"Le Pays"


Mercredi 24 Septembre 2008
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