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Education : adapter les contenus pour freiner la fuite des cerveaux

Ouestafnews- Le mathématicien Sénégalais Mamadou Sangharé a préconisé l’adaptation des contenus de l’enseignement en Afrique pour lutter efficacement contre la fuite des cerveaux, étant donné qu’on ne peut pas forcément empêcher les meilleurs étudiants d’émigrer vers d’autres continents.


« On ne peut pas tenir les gens en laisse, c’est impossible, aujourd’hui tous les pays constituent des vases communicants,
c’est pourquoi dans la formation il faut qu’on tienne compte des préoccupations réelles de notre pays et de la sous région », a affirmé le professeur Sangharé. Il s’exprimait lors d’une conférence de presse en marge de l’inauguration de l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS- Sénégal, selon le sigle en anglais), un centre panafricain d’excellence dédié à l’enseignement des mathématiques.

La première promotion de ce nouveau centre, sis à Mbour (80 kilomètres au sud de Dakar), regroupe 36 étudiants (choisis sur 350) venus de quatorze pays d’Afrique, dont une majorité provenant d’Afrique de l’ouest.
Selon M. Sangharé, qui occupe la fonction de directeur à AIMS-Sénégal, plutôt que de « fuite », les cerveaux sont chassés par l’inadaptation des enseignements par rapport au besoin réel des pays africains.

« Vous prenez un étudiant africain vous lui enseignez comment capter des messages venant de Mars (…) alors que son pays n’est pas dans la conquête de l’espace », a-t-il affirmé pour illustrer son propos. Il a par contre donné le cas de doctorants sénégalais qui ont été recrutés aussitôt par des universités sénégalaises parce qu’étant formés dans le domaine de l’érosion côtière, phénomène qui touche leur pays.

Dans le cadre de AIMS-Sénégal, le professeur Sangharé dit beaucoup miser « sur la compétence des enseignants afin que les étudiants sachent ce qu’ils doivent à leur pays et au continent ».

De son côté, le physicien Vincent Rivasseau, président de AIMS-Sénégal, s’est voulu optimiste quant à l’avenir des promotions futures, donnant l’exemple de AIMS-Afrique du Sud, la première école du genre fondée en 2003 et dont 80% des anciens diplômés travaillent sur le continent.

« La fuite des cerveaux est un réel problème puisque l’Organisation des nations unies pour l’éducation et la Culture (Unesco) estime qu’un tiers des scientifiques africains sont établis hors de leur pays », reconnait Rohinton Medhora, Vice-président Programmes au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien qui avec une enveloppe de 20 millions de dollars (environ 9,6 milliards FCFA au taux du jour) demeure le principal contributeur financier du réseau AIMS qui prévoit de s’implanter dans quinze autres pays du continent d’ici 2020.

L’Afrique qui « se singularise par la faiblesse de sa production scientifique, peine à conserver ses ressources humaines les plus compétentes (malgré) d’énormes efforts consentis pour assurer leur formation », a déploré le ministre sénégalais de l’Enseignement supérieur, Amadfou Tidiane Ba avant de souhaiter « un renversement progressif de la situation ».

« Il est important que les jeunes africains aient confiance en leur intelligence et s’approprient cette initiative (AIMS-Sénégal) et comme je suis toujours optimiste, je crois que ceux qui sortiront de cette école vont apporter des réponses à leur propre préoccupation scientifique et aux défis qui se posent à leur pays », a confié à Ouestafnews le physicien et prix Nobel (1985) allemand Klaus Von Klitzing lors d’une réception organisée en marge de l’inauguration.

Pour Aminata Keita, titulaire d’une maîtrise en mathématiques de l’Université de Bamako et une des pensionnaires du nouvel établissement, « il faut rester ici et se battre pour notre pays et pour l’Afrique en général ». L’étudiante qui rêve de poursuivre des recherches en épidémiologie espère plus tard apporter des réponses à la lutte contre des maladies comme le paludisme ou le choléra qui chaque année font des ravages sur le continent.

Fruit d’une initiative du scientifique sud-africain, le professeur Neil Turok, le réseau AIMS prévoit de s’implanter dans quinze pays du contient d’ici dix ans pour un coût total de 150 millions de dollars (un peu plus de 72 milliards FCFA) attendus des secteurs public et privé.

Selon les membres du réseau, le prochain institut devra voir le jour au Ghana en 2012, les autorités ghanéennes ayant fourni une participation de 1,5 millions d’euros (près de 984 millions FCFA), à l’instar du Sénégal qui a contribué pour 1 million d’euros (près de 656 millions FCFA), dans la section sénégalaise.

Samedi 10 Septembre 2011
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