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Fracture numérique ou cognitive ? (LIBRE OPINION)

La série de rencontres portant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication à Bamako et Dakar (voir article intitulé « novembre technologique ») nous sert de prétexte pour revenir sur la question de la fracture numérique.
Dans l’article qui suit l'auteur, spécialiste des innovations technologies, se pose la question de la pertinence de cette focalisation.
Pour lui, c'est plutôt la fracture cognitive semble expliquer toutes les inégalités qui se manifestent dans plusieurs domaines comme celui des technologiques de l’information et de la communication.


Par Mame Sarr, chargé d'études, Rennes France

La question de la fracture numérique est un thème récurrent dans les discours sur la technique. La présence de ce thème s’explique en partie par la part de l’économie numérique dans les échanges inter et intra nationaux. Toutefois, ces inégalités ne sont pas exclusivement remarquables dans les pays en développement car même au sein des pays développés il existe des territoires complètement laissés en rade des flux numériques.
En France par exemple, le territoire n’est pas entièrement couvert par l’ADSL et la TNT (télévision numérique terrestre) n’est pas accessible non plus à une grande partie du territoire. Même si la question ne se pose pas de la même manière en Afrique, il faut reconnaître, toute chose égale par ailleurs, qu’il y aura toujours des fractures territoriales qui relèvent plus des inégalités économiques et des possibilités du retour sur investissement.
Affirmer que la densité de la population et la concentration des activités humaines sont des facteurs déterminants dans l’installation d’équipements physiques de télécoms relève presque d’une lapalissade. Plus qu’une fracture numérique, nous sommes donc en présence d’une fracture économique et cognitive.
En effet, au-delà du numérique, il est question d’économie de connaissance ou de savoir qu’il faut distinguer de l’économie de l’information. Kenneth J. Arrow, prix Nobel d’économie en 1972, a été un des premiers à définir la notion d’économie de la connaissance. Il a mis l’accent sur l’existence d’un secteur d’activité spécialisé qui produit les savoirs à partir de la combinaison du travail qualifié et du capital. l’Output de ce secteur consiste en l’information échangée sur le marché.
Il existe d’autres différences fondamentales entre ces notions : l’économie de la connaissance concerne les capacités cognitives qui permettent de produire des connaissances. Or, l’économie du savoir vise les connaissances appliquées, productrices de capacités d’apprentissage.
Quant à l’économie de l’information, elle a pour objet les données formatées et structurées duplicables mécaniquement, soutient Pierre Musso, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Rennes 2, dans une communication faite à l’université d’été de la DATAR tenue à Lille, le 7 septembre 2005).
Posée en ces termes, la question actuelle de la fracture (ou facture) numérique devient une fracture cognitive entre d’une part les producteurs des connaissances et d’autre part les consommateurs qui n’ont accès qu’à l’information. Cette description, appliquée aux TIC (technologies d’information et de communication), a le mérite de montrer que le principal enjeu n’est pas seulement la disponibilité des machines et des logiciels mais la capacité de les produire. En effet, seules les connaissances permettent de produire d’autres connaissances contrairement à l’information qui est le produit fini.
A partir de ce constat, il paraît opportun de s’interroger sur la pertinence des discours sur la fracture numérique si l’on admet la dimension cognitive de l’économie. Poser cette question revient aussi à interroger la société de l’information. Serait-ce la société des non producteurs et consommateurs d’informations produites ailleurs? A bien des égards, le faible engouement suscité par le SMSI (Sommet Mondial de la Société de l’Information) et le FSE (Fond de Solidarité Numérique) dans les pays développés montre que les enjeux sont ailleurs.
Ne pas s’attaquer à la question cognitive (formation, éducation) entraînerait un cantonnement durable à des activités à faible valeur ajoutée. Même si ces activités créent par ailleurs de la richesse et réduisent la pauvreté, il est important de favoriser l’émergence de pôles de compétences intégrés de manière positive à l’économie mondiale et qui permettent aux pays africains d’être présents dans les secteurs à haute valeur ajoutée. Il s’agit de favoriser l’émergence d’une élite de scientifiques, de créatifs et d’entrepreneurs innovants et capables d’imprimer une présence dans les différents créneaux de la création.

Lundi 27 Novembre 2006
Mame Sarr, chargé d'études, Rennes France
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