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Guinée Bissau : doutes à la veille de la présidentielle

Ouestafnews – La Guinée Bissau s’apprête à aller vers une élection présidentielle le 13 avril 2014, dans un contexte marqué par le doute quant à la capacité du pays à se remettre de près de deux décennies d’une instabilité institutionnelle devenue chronique.


L’élection d’un nouveau président devrait marquer la fin d’une transition, entamée au lendemain du coup d’Etat d’avril 2012, une énième irruption de l’armée dans le processus démocratique intervenu au beau milieu d’un scrutin présidentiel, dont le premier tour était remporté par le candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), Carlos Gomez Junior.

Pour l’Institut d’études de sécurité (ISS), ces deux années de transition, dirigée par Manuel Shérifo Nhamadjo (ex-membre du PAIGC), suffisent à peine pour garantir une période post-présidentielle sans accroc.

« Les facteurs de risques qui prévalaient en 2012 étant sensiblement les mêmes, deux ans plus tard, la crainte d’un nouveau coup d’Etat, pendant ou après le processus électoral n’apparait pas dénué de tout fondement », indique l’ISS dans une analyse publié le 08 avril 2014.

Pour les chercheurs de l’ISS, la Guinée Bissau fait toujours face à des obstacles d’ordre politique, sécuritaire et institutionnel.

La réforme de l’armée, qui devait éloigner celle-ci du jeu politique, évoquée depuis des années est loin d’être une réalité, ce qui constitue une menace pour le pouvoir qui sortira des urnes, d’après le rapport de l’ISS.

Pour ce scrutin 13 candidats sont en lice, dont beaucoup d’indépendants et de technocrates. Cette nouvelle donne, ajoutée à l’absence des figures légendaires de la vie politique bissau-guinéenne, comme Carlos Gomez Junior contraint à l’exil portugais ou encore Kumba Yala (décédé le 04 avril 2014), pourrait constituer, selon certains des observateurs, des gages d’une recomposition de la classe politique et, probablement, d’une ouverture démocratique.

Cependant, « le système semi-présidentiel qui implique un partage du pouvoir entre le président élu et le Premier-ministre est souvent source des rivalités. Il pourrait continuer à poser problème au lendemain de l’élection d’avril 2014 » avertit l’ISS dans son rapport.

Dans la même tonalité que l’ISS, les analystes de l’International Crisis Group (ICG), s’inquiètent aussi de possibles troubles post-électoraux.

« Ces élections présidentielles et législatives ne résultent pas d’un consensus fort, elles auront lieu parce que le pays est au bord de la banqueroute et que la communauté internationale, moins divisée qu’au moment du coup d’Etat, a exercé une forte pression », indique l’ICG, dans une analyse au titre révélateur « Guinée Bissau : les élections et après ? »

Pour ICG avec les élections deux risques majeurs pèsent sur ce pays. Au plan interne, « la remise en cause des privilèges », avec la redistribution des postes au sein de l’administration et de la hiérarchie militaire, est susceptible de bousculer les équilibres locaux. Au plan externe, le pays risque de perdre l’attention internationale, selon l’ICG, la Guinée Bissau a déjà du mal à prendre pied dans l’agenda international par rapport au Soudan du Sud ou encore à la Centrafrique.

Depuis son indépendance obtenue après une guerre de libération contre le colon portugais en 1973, la Guinée est soumise à une instabilité institutionnelle chronique. Dans ce pays aucun président n’est jamais parvenu à aller au bout de son mandat à cause d’incessants coup d’Etat militaire.

A ce problème politique, s’ajoute le poids d’une économie exsangue, avec un taux de pauvreté qui atteint 80 % de la population. A toutes ces difficultés sont venues se greffer, ces dernières années, le trafic de cocaïne qui a fait du pays une zone de transit et de stockage des narcotrafiquants sud-américains.

Mercredi 9 Avril 2014
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