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Impunité au Sénégal : Farah contre Farba, un « David contre Goliath » à la sénégalaise qui risque de virer au drame

Ouestafnews – En se disant déterminé « à mourir » pour obtenir « l’exécution d’une décision de justice » en sa faveur, Souleymane Diouf dit « Farah », 39 ans, « musicien » peu connu du grand public pour son art, est néanmoins en voie de devenir le symbole du combat inégal que mènent les « petites gens » contre les pontes du régime en place à Dakar.


Souleymane Diouf dit Farah, sous l'arbre où il a élu domicile pour mener sa  grève de la faim
Souleymane Diouf dit Farah, sous l'arbre où il a élu domicile pour mener sa grève de la faim
Farah est en grève de la faim depuis le 2 août 2010 pour, dit-il, obtenir « l’exécution d’une décision de justice », qui condamne l’ex-ministre Farba Senghor à une amende de 30 millions de FCFA au profit du musicien.

« Je suis prêt à mourir, pour récupérer ce qu’il me doit », déclare le chanteur dans un entretien à Ouestafnews accordé le 23 août 2010, sous un arbre de la Place de l’indépendance, au centre-ville de Dakar, où il a élu domicile depuis qu’il a entamé son action.

Pour voir la vidéo de l’entretien cliquer ici


Peu connu des mélomanes avant de poser son acte désespéré qui pourrait, si rien n’est fait, le mener vers la tombe, Souleymane Diouf, affirme ne s’alimenter qu’avec de « l’eau sucrée », sur conseil d’associations acquises à sa cause qui ne voudraient par le voir perdre la vie de manière si dramatique.

« Tous les gens qui sont venus ici m’ont conseillé d’interrompre cette grève, mais je ne veux pas et ils savent que je suis décidé à aller jusqu’au bout », affirme-t-il, un sourire surprenant à la bouche.

Depuis qu’il a lancé son mouvement d’humeur, associations de défense des droits de l’Homme, syndicats ou simples curieux passent ainsi régulièrement s’enquérir de son état de santé.

Trouvée sur les lieux, la directrice du Bureau sénégalais des droits d’auteurs (BSDA) Mme Rokhaya Siby Diabé, clarifie les limites de l’action de son institution dans cette affaire.

«Le BSDA se serait battu si on était dans une situation où on lui contestait la propriété intellectuelle. On ne la conteste pas, c’est établi », explique la directrice du BSDA à Ouestafnews, tout en souhaitant que « ce problème soit résolu dans des conditions heureuses ».

Pour « l’artiste », marié et père de quatre enfants, c’est toute une vie qui a basculé depuis qu’il a entamé le bras de fer contre l’ex-puissant ministre du président Abdoulaye Wade.

« Je ne pouvais plus payer mon loyer, et j’ai même dû fermer l’atelier de menuiserie métallique que j’avais », explique Farah précisant que jusque là, c’est cet atelier qui le faisait vivre. Sa famille a dû déménager hors de la capitale.

Le musicien affirme avoir sollicité en vain l’arbitrage du président sénégalais Abdoulaye Wade, à qui il a « adressé une correspondance ».

Joint au téléphone par Ouestafnews, Serigne Mbacké Ndiaye, le porte-parole du président, tout en disant « regretter» la situation, déclare ne pas être en mesure de se « prononcer » sur l’existence de la correspondance en question.

« Une situation aussi dramatique que celle-là est une affaire que nous regrettons. Nous ne voulons pas du plus petit conflit dans ce pays », a expliqué le porte-parole du chef de l’Etat sénégalais qui n’a pas voulu en dire davantage « au téléphone ».

Le contentieux entre Farah et Farba Senghor remonte à la campagne pour l’élection présidentielle de février 2007, scrutin remporté par le président Wade au « premier tour », mais aux résultats contestés par ses adversaires.

L’artiste soutient qu’à l’époque, il était à la recherche de quelqu’un pour l’aider à produire son album et c’est ainsi qu’il s’est tourné vers Farba Senghor, alors chargé de la propagande du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir), à qui il a présenté sa maquette qui contenait une chanson dédiée au président Wade.

C’est ce dernier morceau que le chargé de la propagande a sélectionné pour ensuite le faire dupliquer à « l’insu » de Souleymane, selon les accusations du chanteur.

« Il a fait 5.000 copies de la chanson à mon insu qu’il distribuait allègrement aux responsables et aux militants de son parti pendant les meetings », affirme Souleymane Diouf avec beaucoup d‘amertume.

« La justice (l’a) condamné depuis 2007. Non seulement il (Farba) refuse de s’exécuter mais aussi il fait entrave à cette décision de justice », déplore le gréviste de la faim.

Des propos rejetés par M. Senghor qui, vu la tournure qu’a prise l’affaire, est finalement sorti de son mutisme pour s’adresser à la presse, le mercredi 25 août 2010.

« Je ne dois aucun sou à ce gréviste de la faim opportuniste. D'ailleurs, le single n'a jamais été diffusé pendant la campagne électorale de 2007, parce que personne n'en voulait », a fermement répliqué le responsable du PDS.

Par ailleurs, « la décision de justice qui me condamne à payer les 30 millions de francs ne m'a jamais été signifiée », se défend l’ex-ministre, ajoutant avoir fait appel de cette décision.

Mais, selon l’avocat du chanteur cité par les médias sénégalais, Me Youssoupha Camara, une notification a bien été envoyée à l’ex-ministre, mais que « son directeur de cabinet a refusé de prendre et a ordonné la même chose à sa secrétaire ».

Les arguments de l’ex-ministre semblent aussi n’avoir que très peu convaincu les défenseurs des droits de l’Homme, surtout que ce n’est pas la première fois que le nom de Farba Senghor est cité dans des « affaires ».

En 2008, il a été nommément cité par des nervis comme étant leur commanditaire après le saccage en août de la même année des locaux de deux quotidiens sénégalais, « l’As » et « 24 Heures Chrono », une affaire dans laquelle il n’a jamais été entendu par la justice.

« Il faut mettre un terme a cette arrogance de ceux qui sont au sommet de l’Etat dans les affaires qui les oppose aux petites gens », s’est insurgé Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho, basée à Dakar).

Estimant que « le mépris » dont ces citoyens ordinaires « sont victimes peut les pousser à commettre des actes extrêmes », Alioune Tine s’étonne également que Farba Senghor ne parle de « recours » qu’aujourd’hui, alors que la justice a tranché depuis trois ans.

« Nos dirigeants sont prompts à parler d’indépendance de la justice, c’est loin d’être le cas. Le problème de ce gréviste de la faim montre toute la faiblesse des législateurs devant certains citoyens », renchérit Abdoulaye Sow, un fonctionnaire à la retraite interrogé par Ouestafnews dans son quartier de la banlieue dakaroise.

Officiellement, le gouvernement sénégalais n’a toujours pas réagi à cette affaire, alors que Farah entre dans sa quatrième semaine de diète volontaire, au risque de sa vie.

L’affaire Farah n’est pas un cas isolé. Avant lui d’autres individus ont connu des situations similaires pour s’être opposé au pouvoir en place, parfois avec des fins tragiques.

En septembre 2008, par exemple, le citoyen Kéba Diop, s’était immolé par le feu devant les grilles du palais présidentiel, exigeant le paiement par le PDS du loyer que ce parti lui devait après avoir utilisé sa maison comme « siège » dans une des villes du Sud du pays.

Dimanche 29 Août 2010
Ouestaf News
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