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« Le temps des Janissaires » : Biabilé ou la chronique d’un Etat… desservi ! (Note de lecture)

Comment trouver l’arme du crime dans le désordre qui suit sabotages et complot ? Dans cette fiction inspirée de la récente crise politique ivoirienne, l’auteur pointe un doigt accusateur aux «félons» d’un peuple qui, pour des ambitions politiques personnelles, mènent un plan de partage du gâteau en ce qui concerne le pouvoir. Et le train de l’histoire est raté ! Celle-ci est contée par la bouche d’un sage, symbole d’une république, naguère, connue sous de meilleurs beaux auspices.


Sorti en juin 2015, aux Nouvelles Editions Ivoiriennes-CEDA, «Le temps des Janissaires» est la longue complainte d’un fils du pays qui, apparemment, a suivi, avec un intérêt particulier, la bruyante marche politique de son peuple. C’est une sorte de chronique à travers laquelle Jean-Baptiste Kouamé, enseignant-chercheur à l’université de Cocody, revient sur les sombres moments qui ont jalonné l’histoire politique de «l’Eburnie», appellation qu’il donne à cet Etat.

Cette terre, tantôt décrite par l’auteur comme un havre de paix avec, à sa tête, le grand sage de l’histoire Nanan Kassèprèko Barima, est secouée par les indélicats fils de la nation. Dans leurs habits de politiciens assoiffés de pouvoir et de richesses, ils se trouvent des alliés de taille. Ces «envahisseurs» de longue date, selon l’auteur, à qui Sa Majesté a, jusque-là, tenu tête. Ensemble, ils ont pour but de faire partir le «Père de la nation» Éburnéenne.

«Un beau jour, alors que les habitants dormaient encore du sommeil du juste, des clameurs en provenance du centre-ville se firent entendre. Des enfants et des jeunes à peine circoncis répétaient à l’envi ces propos que la république de l’Eburnie n’avait jamais entendus : Nanan Kassèprèko Patapafouè voleur, Nanan Kassèprèko Patapafouè va-t’en, Nanan Kassèprèko Patapafouè dégage…».
L’histoire est racontée par un témoin, sur un ton mélancolique : Nanan Kobenan Oumtoumfouo.

Jeunesse subversive

La subversion doit porter le visage d’un jeune homme de son époque, «cadre» politique, formé à l’école des hommes «au teint d’huile de palme». Un jeune homme «au regard de fauve» dont on reconnaît, finalement, la posture d’opposant historique pour l’influence qu’il a sur le peuple, jusque-là, partenaire de son Chef d’Etat.

Mais la politique de la rue a eu raison du peuple, un peuple qu’on invite à «marcher»…

Ah, la marche, pilier de la démocratie ! Pendant que l’auteur s’en empare, avec ironie,
pour plaindre ses compatriotes manipulés, l’anti-héros du roman n’en a que plus fière allure. Il dompta la rue en même temps que son peuple par un matin de gloire lorsque le chef, alité, entendait les échos de son «empeachment», terme donnée à la «révolution» jusque dans les reportages de la «Radio Fouettarde Internationale», autre allié de l’ombre pour l’opposition qui, pour la suite des événements, va taxer Nanan de dictateur.

A ce stade, Nanan Kassèprèko Barima, l’indulgent, ne doit plus se laisser faire. Il est encore debout pour ramasser les morceaux. Ainsi, suite à ces agitations, Mpézilla fut arrêté et jugé. Il est envoyé dans un centre de rééducation civique. Loin de la capitale, il devra apprendre à se tenir à l’écart pour un temps.

Mais le Chef n’arrivera jamais dans sa tentative de «redresser» la république, au bout du mal qui l’emporta et avec lui, toute la légende d’un peuple de paix. Celui-ci est tombé, à jamais, entre les mains des janissaires, toutes couches confondues.
«Les jeunes soldats ne veulent pas sortir bredouilles de cette opération qui vaut son pesant d’or. Pour la première fois, ils tiennent les cordons de la bourse républicaine. Ils en profiteront pour combler leur retard financier sur les hommes politiques», se désole Kouamé qui, dans une ultime diatribe, condamne à jamais son peuple.

D'opposant à chef comblé

Puis, s’en suivent de longues négociations des soldats et des leaders des partis politiques qui doivent courir derrière l’opposant déclaré, considéré comme l’homme fort de «Yalékro». Lui tenait, tout un peuple en haleine. Et ce sont ses partisans, forts de cette situation, qui vont chercher le pouvoir pour leur mentor à la suite d’une mutinerie.

Mais le destin frappe encore fort !

L’opposant historique, devenu un chef comblé, vient juste d’être porté à la magistrature suprême. Son délire le poursuit jusque dans son sommeil où il est porté, aussitôt lui aussi, vers les portes de l’«empeachment». Pendant qu’une autre opposition, dirigée par un nouveau puissant, gagnait la rue, Mpézilla, pris dans le délire quelque part dans un lit d’hôpital, cédait le pouvoir…sans le vouloir. Dans son agonie, il criait : «jamais, je ne céderai la chaise royale aux spectres, quels qu’en soient les mobiles. S'il faut mourir pour la chaise royale, je mourrai. S’il faut aller en prison à cause de la chaise royale, j’irai en prison. M’avez-vous bien entendu ?», répétait le tout nouveau Président de l’Etat d’Eburnie. Scène qui n’est pas sans rappeler la réalité que vivent nombre de pays africains lorsqu’arrive l’heure de... céder le pouvoir.

Dans cette sphère, Jean Baptiste Kouamé décrit le crime parfait et s’érige en victime, lui le citoyen ordinaire, partisan à visage découvert du chef historique.

Valeur artistique

Historien averti, l’auteur met, toutefois, en scène un tableau des plus surprenant. Ses bourreaux n’ont finalement rien de grandiose, ils sont plutôt sommaires et sont loin de peser sur l’enjeu politique ou social.

Dans cet ouvrage, l’écriture finit par être biaisée par une envie poussée à l’extrême de l’auteur dans sa volonté de donner une reconnaissance à un grand homme, le héros de son histoire. Devant un tableau sombre, on est interpellé par le désir manifeste d’honorer un homme et d’en condamner un autre, attitude qui seule semble motiver la démarche littéraire. L’un est sage, distingué et responsable tandis que l’autre est décrit comme impulsif, avare, ambitieux et farfelu depuis…son enfance. L’enseignant chercheur a tantôt abusé des mots et maintes fois usé d’exagération pour peindre ses héros et anti-héros. Les personnages du peuple, véritables piliers de son histoire, sont presque absents.

Toutefois, la fresque conserve une certaine valeur artistique. Comme lorsque Kouamé, dans une sublime flopée d’images, donne de la vie à ses lignes et capte l’imagination de son lecteur.

Par ailleurs, c’est une de ses œuvres qui laisse une marque par sa portée humaine et philosophique. Pendant qu’on oublie souvent que la vie ne tient qu’à un fil, les peuples restent manipulés aussi longtemps qu’ils croiront que leur destin reste lié à celui des «grands hommes». Hommes éphémères et hommes du peuple, hommes de la «rue», ils font aussi des peuples et des légendes. Et à chacun son tour !


Lundi 14 Novembre 2016
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