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Liberté de presse : Mali, Bénin, Côte d'Ivoire mieux lotis que Sénégal, Gambie et Niger

Le Mali, le Bénin, la Côte d'Ivoire, sont cités parmi les pays Ouest africains où les journalistes jouissent d'une relative liberté pour exercer leur métier. C'est le constat fait par Mohamed Keita, du Bureau Afrique du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), une ONG internationale de défense de la liberté de presse ayant son siège à New York.
A l'opposé Sénégal, Gambie et Niger se caractérisent par des tentatives de musellement qui inquiètent, nous dit M. Keita dans cet entretien exclusif accordé à Ouestafnews.


Ouestafnews - Les médias dans quelques pays Ouest africains vivent actuellement des moments difficiles, avec ce qui se passe au Niger, au Sénégal, en Gambie, etc., comment appréciez-vous cette situation ?

Mohamed Keita - En Gambie, des années de violente répression ont complètement démantelé la presse indépendante assimilée à l’opposition et l’auto-censure est de rigueur aujourd’hui. Au Niger, on constate l’acharnement du gouvernement à maintenir Moussa Kaka en prison bien que la justice ait ordonné sa libération à plusieurs reprises. Là encore, les médias indépendants sont assimilés à l’opposition armée.
En d’autres temps, un journaliste pouvait espérer se réfugier au Sénégal, jadis connu comme un ‘havre de démocratie’. Mais aujourd’hui, on constate une impunité totale pour les agressions verbales et physiques qui se répètent contre la presse indépendante dite presse d’opposition. Mais le plus troublant c’est le discours de plus en plus méprisant et belliqueux des autorités envers la presse. Le Président (Abdoulaye) Wade dénigre continuellement la presse qui critique aujourd’hui son gouvernement. Cette même presse a pourtant joué un grand rôle dans son arrivée au pouvoir de manière démocratique. Alors, quand le chef tient ce ton hostile, et ne condamne pas ces actes, c’est comme s’il encourageait tacitement ses subordonnés et supporters à s’en prendre à la presse. Donc, on est facilement amené a conclure que ces gouvernements veulent une presse d’accompagnement, et non une presse qui met à jour leurs faiblesses.

Ouestafnews – Y a-t-il des situations comparables dans d'autres sous-régions, ou alors comme le disent certains, l'Afrique de l'Ouest remporterait-elle aujourd'hui la palme de l'intolérance en matière de liberté de presse?

Mohamed Keita - Précisons que toute l’Afrique de l’ouest ne reflète pas cette tendance. Le Mali, La Côte d’Ivoire, et le Bénin par exemple restent relativement des havres de paix pour la presse. Toutefois, un journaliste fuyant l’Afrique de l’Ouest ne peut pas trouver refuge en Somalie, en Erythrée ou en République Démocratique du Congo, ou l’exercice du journalisme indépendant est très dangereux, voire mortel. Les journalistes ne peuvent non plus travailler librement en Ethiopie et au Zimbabwe, et ils sont sûrs d’être harcelés au Cameroun, au Tchad et en Ouganda.

Ouestafnews- Votre organisation le CPJ envoie des lettres de protestation et des communiqués, au delà de cela quels autres moyens avez-vous à votre disposition pour obliger un Etat, à priori souverain, à changer de comportement vis-à-vis des médias dans son propre territoire ? Entrevoyez-vous des solutions de sortie de crise ?

Mohamed Keita - Notre lutte constante est de maintenir un dialogue constructif avec les états pour promouvoir les valeurs autour de ces questions de liberté de presse. Nous entreprenons des missions d’enquête ou des rencontres avec de hauts responsables pour évoquer avec eux ces questions.
Lors de nos missions, nous faisons valoir notre crédibilité et celle des grands journalistes qui composent notre conseil d’administration (telle que Mme Christiane Amanpour de CNN) qui nous accompagnent. Nous essayons de faire comprendre aux états que ce ne sont pas des principes occidentaux que nous essayons d’asseoir sur leur pays, mais des droits fondamentaux que ces pays eux-mêmes ont reconnu à travers des conventions internationales et régionales et qu’ils ont parfois intégré dans leur propre constitution pour leur développement. Nous sommes là tout simplement pour leur rappeler leurs devoirs et nous nous appuyons sur les textes des lois nationales de ces pays.
La meilleure sortie de crise est qu’il y ait un dialogue constructif entre la presse sur le terrain et le gouvernement et nous pensons que nous pouvons faciliter ce dialogue en écoutant et le gouvernement et la presse et en faisant la part des choses avec l’application ou non des lois nationales et le respect ou non des procédures et législations en place.

- Ouestafnews - Certains parmi les gouvernements accusent les journalistes de manquer de professionnalisme et d'être irresponsables, d'agir avec légèreté, de ne pas respecter les règles, etc. De votre point de vue cette position est-elle défendable et peut-elle justifier la répression contre les médias comme c'est le cas actuellement au Sénégal ?

Mohamed Keita - La presse n’échappe pas au fléau du sous-développement. Les journalistes sont des hommes et des femmes comme tout le monde. Ce n’est pas un secret que la presse africaine en général travaille sous des pressions financières et politiques. Il est vrai que les problèmes de formation et de capacités sont endémiques partout en Afrique. Mais cela devient un prétexte trop facile pour les gouvernements pour mépriser la presse.
D’abord, l’état n’a pas les compétences requises pour évaluer les niveaux de formation des journalistes ou même établir des critères dans la profession. L’état agit selon son propre intérêt, et d’ailleurs les gouvernements en général monopolisent les medias d’Etat pour projeter une certaine image. Quand l’exécutif se met à réguler la presse indépendante, c’est plutôt dans le sens de la censure. Les questions d’éthique et de formation doivent être réglées au niveau de structures mises en place au sein de la corporation elle même et ces structures doivent être renforcées. Sinon, je dirais qu’il ne suffit pas à l’Etat de se plaindre que la presse est mal formée, il faut soutenir le développement du secteur, peut être en facilitant les investissements privés dans ce domaine, mais pas en les décourageant.

Ouestafnews - En tant que défenseur de la liberté de la presse ayant une vue large de la situation, quels pays en Afrique de l'ouest vous donnent satisfaction aujourd'hui et pourquoi ?

Mohamed Keita - Comme je le disais plus tôt, un journaliste pourrait exercer son travail très librement en Côte d’Ivoire. Après le tumulte de l’instabilité politique et de la guerre, la violence contre les médias a dramatiquement baissé depuis 2007. La presse reste extrêmement vibrante et reflète diverses tendances politiques. Ils ont dépénalisé les délits de presse et n’ont plus emprisonné de journalistes pour diffamation. Les affaires de diffamation se règlent devant le juge même si les amendes à titre de dommages et intérêts qui sont prononcés sont souvent exorbitantes. Le Mali également reste un havre de paix. Même si la diffamation pénale et l’atteinte à l’honneur du chef de l’état peuvent toujours conduire des journalistes en prison, les incidents de violence ou les condamnations pénales sont extrêmement rares. Enfin, il y a la le Burkina Faso même si la presse y est encore sous le choc de l’assassinat de Norbert Zongo.

Mardi 26 Août 2008
Ouestaf News
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