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Lutte contre Ebola :« nous étions très lents», Dr Carlos Brito (OOAS) - Exclusif

La Guinée et la Sierra Leone peinent à vaincre l’épidémie d’Ebola plus d’un an et demi après l’apparition de la maladie dans la sous-région ouest africaine. Pourtant une structure sous-régionale, dont on entend à peine parler, existe : l’Organisation ouest africaine de la Santé (OOAS), un organe spécialisé de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao).

Parmi les missions assignées à l’OOAS, la « lutte contre les épidémies ». Au sein de l’organisation c’est le Dr Carlos Brito qui est le chef de ce département. Dans le cadre de notre série sur la gouvernance de la santé en Afrique de l’Ouest, réalisée par Oustaf News avec le soutien d’Osiwa, nous avons rencontré le Dr Brito pour qui il y a eu « des défaillances, mais aussi des succès».


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Ouestafnews - Ebola c’est avant tout une faillite des systèmes de santé au sein de notre sous région, acceptez vous cette analyse aujourd’hui largement partagée ?

Dr Carlos Brito - C’est clair d’une part mais il ne faut pas généraliser, disons que c’est une faillite pour certains pays de la région. On a eu des cas au Nigeria, au Mali, et un cas au Sénégal, dans ces pays les systèmes de santé ont répondu de façon positive empêchant l’épidémie de s’établir. Pour les pays les plus affectés à savoir le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée, il faut se rappeler le contexte dans lequel l’épidémie les a trouvés. Ce sont des pays qui sortent de situations de crise, de guerre, donc leur systèmes de santé et tous les autres systèmes ont eu des difficultés à répondre aux exigences. Mais surtout, ce qu’il faut signaler nous avons eu dans la région des pays qui ont répondu efficacement à Ebola, il ne faut pas que l’on oublie cela. C’est très important. Empêcher le développement de l’épidémie dans une ville comme Lagos dotée d’une population de plus de 20 millions d’habitants constitue un travail remarquable.

Ouestafnews - Mais il y a eu quand même des défaillances !

Carlos Brito - Mais il y a eu aussi des réussites, et ce qui est important c’est de tirer les leçons de cette épidémie qui est toujours en cours.

Ouestafnews - Quelles sont ces leçons à tirer de l’épidémie ?

Carlos Brito - La leçon principale c’est que lorsqu’on parle de lutte contre une épidémie, on parle surtout de questions de ressources humaines et de ressources en général mais ce qui est essentiel, c’est le leadership au niveau local. S’il n’y a pas un leadership autochtone fort c’est très difficile d’arriver à une issue même si nous avons toutes les ressources nécessaires à notre disposition.

Ouestafnews - l’heure est toujours à la riposte contre le virus, quelle est la contribution de l’OOAS à ce niveau ?

Carlos Brito - Depuis le début, la Cedeao a immédiatement réagi. L’épidémie a été déclarée le 22 mars 2014 en Guinée, l’OOAS était présent le 24 mars et pas seulement au niveau de la capitale, Conakry mais aussi à Guéckédou (400 kilomètres) pour apporter un soutien à la Guinée dans la coordination générale des interventions. Par la suite, il y a eu la mise en place d’un comité ministériel composé par le ministre de la santé du Ghana, accompagnés de ses homologues guinéen, libérien et sierra léonais, mais aussi les ministres de la Santé du Sénégal et du Nigeria, deux pays qui avaient à l’époque des cas d’Ebola. C’était là le groupe de décision, soutenu par un groupe de suivi et de veille composés d’experts issus des mêmes pays, en plus des partenaires.

Ouestafnews – Vous avez aussi envoyé des volontaires dans les pays les plus affectés, quel était leur rôle sur le terrain ?

Carlos Brito - Un total de 115 agents de santé en provenance des pays de la Cedeao ont été déployés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Ce lot comprenait des médecins, des technicien d’hygiène entre autres qui sont partis intégrer les services de santé des ces pays pour les aider à prendre en charge les malades. Leur mission a duré trois mois dans les moments les plus forts de l’épidémie. A cela, il faut ajouter la fourniture d’équipements par la Cedeao, des ambulances, des motos pour aider non seulement à la prise en charge des malades mais aussi dans le suivi et le respect des consignes de quarantaine.

Ouestafnews - Vous avez évoquez là vos premières interventions, maintenant que fait l’OOAS ?

Carlos Brito - Maintenant nous sommes dans une deuxième étape, on essaie de préparer le futur, comme je l’ai dit tantôt, il faut tirer les leçons de ce qui est arrivé. Face à Ebola, nous étions très lents dans le diagnostic. Il nous faut de façon globale renforcer la surveillance et la capacité de réponse aux épidémies dans la région. Et la proposition de la Cedeao sur ce point et la mise en place d’un Centre régional de prévention et de lutte contre les maladies (CRPLM) qui a été entériné et approuvé par la conférence des chefs d’état de la Cedeao, le 19 mai 2015 à Accra au Ghana. Il s’agit là d’un cadre global qui va mieux préparer la région dans la lutte contre les épidémies.

Ouestafnews - l’idée du CRPLM a été évoqué déjà en 2009, ne pensez vous pas qu’on aurait pu éviter une épidémie de cette ampleur si la Cedeao s’était attelé à sa mise en œuvre depuis cette date ?

Carlos Brito - Il ne faut pas faire de la spéculation, vous savez en Europe on a vu un Centre for Disease Control, (Ndrl : l’équivalent du CRPLM), dont la mise en place a pris sept ans. Je ne suis pas en train de faire la comparaison mais ce que je veux dire c’est que ce n’est pas facile à gérer. Ce qu’il faut retenir, c’est que maintenant il y a une décision de la conférence des chefs d’état sur la définition de ce centre et il faut aller de l’avant.

Ouestafnews - Comment va fonctionner le CRPLM ?

Carlos Brito - Vous savez toute l’activité de lutte contre les maladies se base sur l’information. Dans un premier temps il faut mettre en réseau nos institutions les plus performantes en termes de capacité de diagnostic. Ensuite lorsque le diagnostic est fait, il faut avoir une capacité de réponse, qui peut se faire à travers la formation des épidémiologistes de terrain. En gros il s’agit de mettre en réseau l’information pour faire le diagnostic et organiser ensemble la riposte contre les épidémies.

Ouestafnews - Au niveau de l’OOAS vous avez un programme de développement des ressources humaines sanitaires. Où en êtes-vous dans ce volet ?

Carlos Brito - Les programmes liés à développement et à l’amélioration des ressources humaines se trouvent au niveau national. A l’OOAS, par contre le programme qu’on a mis en place avec les pays, c’est une harmonisation des critères pour permettre la libre circulation du personnel de santé. Ce qui permettra par exemple à un médecin sénégalais de pouvoir exercer au Ghana ainsi de suite.

Ouestafnews – la région reste tout de même mal lotie en matière de ressources humaines sanitaires?

Carlos Brito – Bon, il ne faut pas croire qu’on va résoudre tous les problèmes de nos pays dans une période courte. Les problèmes sont trop profonds et très complexes. A l’heure actuelle ce qu’on est en train de chercher c’est une réponse efficace aux épidémies. Le Sénégal a bien répondu à Ebola, de même que le Nigeria et le Mali et cela ne veut pas dire que ces pays n‘ont pas de problèmes de ressources humaines.
 

Jeudi 25 Juin 2015
Ouestaf News
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