Ouestaf.com, Premier site sous-régional d'information en Afrique de l'ouest
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Mai 68 au Sénégal: retour sur une révolte estudiantine

Ouestafnews - La révolte estudiantine de mai 1968 au Sénégal, qui avait ébranlé le régime de Léopold Sédar Senghor, fête ses 45 ans cette année. Occasion pour quelques acteurs clés de l’époque, réunis au sein d’un groupe de commémoration, de revenir sur la particularité de cet évènement et les enseignements à en tirer pour la jeunesse africaine.


« Mai 68 est avant tout une (…) crise de la décolonisation », soutient le professeur Abdoulaye Bathily, un des leaders estudiantins de l’époque, et aujourd’hui ministre conseiller auprès du chef de l’Etat sénégalais Macky Sall.

Retraçant le « difficile » contexte socioéconomique de l’époque qui a conduit à la révolte, Bathily qui est également historien, souligne que le Sénégal souffrait du malaise paysan, du monopole de l’économie par le capitalisme français, de la colère des syndicats en plus de la répression politique qui s’abattait sur les militants hostiles au régime du président Léopold Sédar Senghor.

Cette version contraste avec l’opinion des autorités sénégalaises de l’époque, qui dans le contexte de guerre froide et de clivage idéologique considéraient cette révolte comme « téléguidée de l’extérieur » et une réplique du soulèvement des étudiants français à Paris.

Pour les grévistes de 1968, dont certains avaient atterri en prison et d'autres enrôlés de force dans l'armée sénégalaise, le succès est aujourd'hui évident et les enseignements multiples.

« Mai 68, est un des fondements majeurs de la dynamique de citoyenneté au Sénégal, c’est le point de départ du pluralisme syndical, politique », ajoute le professeur Bathily.

Déplorant au passage le faible niveau des enseignements qui affecte aujourd’hui le secteur universitaire, son camarade, le philosophe Moctar Diack, avance qu’il est important que les jeunes retiennent les quatre aspects qui ont fait le succès de leur mouvement, à savoir « l’unité, la responsabilité, l’indépendance et le leadership ».

Dans la même lancée, le Docteur  Dialo Diop, estime que la clé du succès fut l’unité, matérialisée par la solidarité des travailleurs, des élèves et des étudiants non sénégalais qui étudiaient à Dakar. « Cette unité a permis d’infliger au Président Senghor sa première défaite politique », a-t-il ajouté.

Ce que confirme l’ancien magistrat, Ousmane Camara qui en mai 1968 occupait le poste sensible de Directeur de la Sureté nationale.

« Les étudiants avaient amené le pouvoir à genou, le président Senghor après s’être débarrassé de Mamadou Dia (ancien camarade de Senghor) et écarté des adversaires politiques comme Cheikh Anta Diop (grand intellectuel opposé à Senghor), s’est retrouvé face à un adversaire inattendu », explique-t-il.

Mai 68, a montré que « la stabilité d’un régime dépend du degré d’adhésion de la jeunesse et que la répression n’est pas la meilleure arme pour venir à bout de ses adversaires », analyse de son côté Mamadou Diop Decroix, ancien ministre du président Abdoulaye Wade, après avoir longtemps milité dans les mouvements de gauche.

Pour le professeur Iba Der Thiam, Mai 68, fut une « jonction organique » entre différentes forces soumises aux mêmes frustrations, au-delà de la satisfaction des revendications estudiantines, des acquis politiques majeurs sont issus de ce soulèvement.

La forte politisation de la jeunesse africaine de l’époque a aussi été soulignée par des intervenants qui ont rappelé que parmi les préludes de Mai 68 figure la marche de février 1966, vers les ambassades américaine et britannique à Dakar pour protester contre le coup d’Etat subi par le président ghanéen et chantre du panafricanisme Kwame Nkrumah.

D’aucuns ont d’ailleurs rappelé lors de ces retrouvailles de « soixante-huitards » que Mai 68 n’était pas uniquement sénégalais, souhaitant la tenue d’un colloque scientifique international sur cet événement auquel des étudiants francophones africains de l’époque seront associés.

Lire également:
Emeute du 23 juin, Wade n'a pas retenu la leçon
Présidentielle au Sénégal: Une foire aux problèmes pour amplifier la contestation

Jeudi 30 Mai 2013
Ouestaf News
Lu 768 fois
Ouestaf News


Derniers tweets
Ouestafnews : Les brèves en Afrique de l'Ouest à 19H00 GMT le 24/04/2017 (Sénégal, Burkina Faso, Nigeria : coopération,... https://t.co/aJo3lXna4e
Mardi 25 Avril - 00:23
Ouestafnews : Les brèves en Afrique de l'Ouest à 13H00 GMT le 24/04/2017 (Côte d’Ivoire, Ghana, Niger, Togo, Bénin : cacao,... https://t.co/rb7D6Zo8s4
Lundi 24 Avril - 16:26
Ouestafnews : Les brèves en Afrique de l'Ouest à 19H00 GMT le 21/04/2017 (Liberia, Côte d'Ivoire, Sénégal, USA, crimes de... https://t.co/QkUdwTSNby
Samedi 22 Avril - 00:23

Derniers tweets
Hamadou Tidiane SY : Profil un peu long et c'est en anglais en plus, mais c'est bien écrit, et après tout c'est le prochain président... https://t.co/RrL8Rd60Ia
Dimanche 23 Avril - 23:40
Hamadou Tidiane SY : Maintenant que c'est fait, j'espère qu'on passera à autre chose de plus sérieux après la petite comédie de... https://t.co/Sh3QTurNs7
Dimanche 23 Avril - 21:12

Derniers tweets
Momar Niang : « Les sentiers perdus » : de l’aventure… et de l’épreuve humaine (Note de lecture) https://t.co/Ja6oXIyxyF #kebetu
Vendredi 21 Avril - 14:02
Momar Niang : Les brèves 13H00GMT - le 19 /04/2017 (Uemoa, Côte d'Ivoire,#Burkina #France, justice, pédophilie, paludisme) https://t.co/2n2dHdP2gO
Mercredi 19 Avril - 21:36