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Mali : l’impasse

Ouestafnews – Le Mali plongé depuis le 22 mars 2012 dans une crise multiforme, née d’un coup d’Etat militaire vit des heures sombres et rien ne laisse indiquer, quatre mois après, qu’une solution de sortie de crise a été trouvée, laissant le pays et les populations face à une impasse totale.


La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait dès le début de la crise envisagé l’envoi de troupes, pour sécuriser « les institutions » chargées d’assurer la transition et soutenir l’armée malienne dans la reconquête du nord, désormais totalement contrôlé par des groupes armés islamistes.

Mais aujourd’hui, cette perspective semble s’éloigner, faute de consensus au sein de la communauté internationale et faute de moyens pour l’organisation sous régionale lui permettant d’agir seule.

Ainsi, quatre mois après les premières annonces, l’intervention militaire au Mali sous l’égide de la Cedeao est toujours à l’état de projet, alors que le septentrion malien reste contrôlé par des islamistes radicaux qui ont déjà commencé à y faire appliquer la charia et qu’a Bamako le pouvoir reste quasi vacant, ouvrant la voix à toutes sortes d’abus contre les citoyens.

L’option d’une intervention militaire étrangère est soutenue par certains pays ouest africains, qui sont allés demander le soutien de la France. Mais cette option rencontre les hésitations de l’Algérie, pays voisin du Mali d’où est originaire le groupe salafiste Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi), anciennement connu sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Selon la presse française, la France qui se dit prête à apporter un « appui logistique », a réaffirmé sa position le lundi 16 juillet 2012 par la voix de son chef de la diplomatie, Laurent Fabius lors d’une visite officielle à Alger.

En plus des hésitations de l’Algérie, le Sénégal autre voisin du Mali par la voix de son président Macky Sall, tout en prônant l’option militaire, a exclu l’envoi de soldats sénégalais dans une future intervention militaire. Les 3.000 éléments de la force d’attente de la Cedeao qui devraient être déployés dans le nord du mali, le cas échéant resteront donc dominés par l’armée nigériane.

Mais à Bamako même, cette option militaire étrangère n’est pas bien accueillie par tous, non plus. Certaines forces, dont les militaires à l’origine du putsch du 22 mars et leurs partisans, s’opposent catégoriquement à l’envoi de soldats étrangers. Une attitude qui contribue à compliquer la situation et qui fait dire à certains analystes que l’envoi de troupes « comporte des risques » pour la stabilité régionale.

« L’intervention militaire envisagée n’est que la suite logique d’une tentative d’imposer par la force leur solution qui ne peut que se faire au détriment du peuple malien à qui l’on refuse tout droit à la parole », a indiqué début juillet, un communiqué du MP 22, un mouvement pro-putsch créé par l’homme politique malien Oumar Mariko.

« Un règlement du conflit au Mali par la force n’augure rien de bon eu égard au fait que la plupart du temps, les victimes se comptent parmi les populations civiles ; deuxièmement, il y a risque que le conflit perdure ou ne dégénère… » déclarait à Ouestafnews, Bruno Sonko, chercheur au Conseil pour le développement pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria), basé à Dakar.

Pendant ce temps à Bamako, les rencontres se multiplient pour la formation d’un gouvernement d’union nationale, alors que le chef d’Etat par intérim Dioncounda Traoré est toujours en France, officiellement en « convalescence » après une attaque perpétrée le 21 mai 2012 à l’intérieur même du palais présidentiel et qui a failli lui coûter la vie.

En réalité, selon certaines sources, le contrôle du pouvoir reste aux mains de la junte militaire qui fait régner sa loi, même si officiellement, le pouvoir a été remis aux civils notamment au président intérimaire Traoré et à son premier ministre Cheik Modibo Diarra. A la mi-juillet 2012, ce dernier est allé rencontrer le président sur son lit d’hôpital en France pour lui présenter a-t-il dit la « feuille de route » du prochain gouvernement, dont la Cedeao a demandé la formation avant le 31 juillet 2012.

Cette demande avait été formulée lors de la deuxième rencontre du groupe de contact sur le Mali, tenue le 7 juillet 2012 à Ouagadougou, pour, selon la Cedeao des raisons de « stabilité politique » et d’une « sortie de crise apaisée ». Selon la Cedeao, la transition reste victime « d’entraves de certaines forces sociopolitiques marginales maliennes » qui empêche sa marche normale.

La même position a été réitérée le 15 juillet 2012 à Addis Abeba où se tenait le sommet de l’Union africaine, pendant lequel le président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire a dénoncé les « interférences de la junte » dans le processus de transition et menacé les militaires d’éventuelles sanctions.

A l’opposé, certaines voix au sein de la société civile malienne ou de la classe politique dénoncent les « ingérences » extérieures, et en ajoutent à la complexité du dossier.

L’actuel « gouvernement de transition », issu d’un accord signé à Ouagadougou le 6 avril 2012, ne plaît pas à tout le monde. Il « n’a pas été mis en place après une large consultation de tous les acteurs », a déploré Adama Diakité, président du Forum malien des organisations de la société civile, dans un entretien accordé à Ouestafnews. M. Diakité dénonce un déficit de consensus pour expliquer les difficultés de l’équipe actuellement aux commandes.

De son côté, l’ancien ministre des mines de Amadou Toumani Touré, Hamed Sow, a dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre de transition Cheik Modibo Diarra, défendu l’idée d’une « concertation nationale » avant toute exécution de l’ultimatum de la Cedeao.

« Si vous loupez la dernière chance de constituer un gouvernement solide, efficace, travailleur, capable de faire face aux énormes difficultés auxquelles notre pays est confronté, alors vous prendrez la responsabilité de plonger le Mali dans une impasse durable », écrit l’ex-ministre dans sa lettre.

La situation d’impasse au Mali est née d’un putsch, d’abord présenté comme une mutinerie de soldats sous la conduite du capitaine Amadou Haya Sanogo. Puis, les soldats s’étaient vite emparés du palais présidentiel, chassant le président démocratiquement élu, Amadou Toumani Touré aujourd’hui en exil à Dakar. Au moment du putsch, le président Touré était seulement à quelques semaines de la fin de son second et dernier mandat. Depuis cette date, la division de l’opinion publique malienne entre « pro » et « anti » putschistes, a particulièrement rendu difficile la conduite de la transition.

A ce problème institutionnel à Bamako, s’ajoute l’occupation du nord du pays contrôlé par les islamistes d’Ansar Dine et du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), soutenus par Aqmi, qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines en détruisant des mausolées multiséculaires de la ville historique de Tombouctou, réceptacle d’un riche héritage culturel et architectural musulman. A quoi s’ajoutent des exactions contre les populations civiles dans les villes occupées.

Mercredi 18 Juillet 2012
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