Vendredi 25 Juillet 2014







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Mali : « le chantage de l’Algérie » ( Trois questions à Abderrhamane Ngaïdé)

Ouestafnews - Le Nord du Mali est depuis neuf mois sous contrôle de groupes islamistes et à l’heure actuelle les perspectives de règlement de ce conflit restent floues. Les acteurs restent partagés entre une intervention armée sous la houlette de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et la poursuite des négociations avec certains des belligérants comme les indépendantistes du Mouvement National pour la libération de l’Azawad (MNLA) ou les islamistes d’Ansar Din.

Dans cet entretien avec Ouestafnews, le Docteur Abderrahmane Ngaïdé , enseignant et chercheur au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, nous livre une analyse sans complaisance de la situation.


Ouestafnews - Que vous inspire la situation actuelle au Mali ?

Abderrahmane Ngaïdé - La situation actuelle du Mali se complexifie de jour en jour. On dirait que plus l’intervention se précise, plus les ballets diplomatiques entre Alger et Ouagadougou se multiplient. C’est comme si on donnait le temps aux rebelles pour qu’ils se réorganisent et que les combattants des autres katibas du monde rallient le nord. C’est incroyable comme situation. J’ai l’impression que le MNLA ne fonctionne plus et que nos regards sont plus orientés vers Ansar Din. Le monde est plus obnubilé par la question islamique que par la douleur que vit l’ensemble du peuple malien, la partition de fait du territoire national avec sa conséquence direct l’inexistence de l’Etat.

Le sud piétine dans les négociations politico-politiciennes avec un tri-céphalisme qui n’augurent aucune perspective sereine. J’ai l’impression justement que la multiplicité des acteurs au nord répond à celle du sud à Bamako. C’est ahurissant comme situation ! N’eût été mon penchant naturel pour la paix, je dirai tout simplement que nous risquons après la non paix au nord d’assister à d’autres enlisements au sud. Il ne faut jamais oublier que le président intérimaire et le premier ministre étaient des candidats déclarés pour succéder à Amadou Toumani Touré et que cette situation rend opaque les jours à venir.

La déliquescence avancée de la classe politique, la multiplicité des acteurs de la société civile, l’entêtement du capitaine et de sa suite me font peur. Je le dis, avec un cœur serré, le Mali sera toujours perturbé même après la paix. C’est presque une évidence. Je peux me tromper, mais le jeu politique local, le rôle de plus en plus opaque de l’Algérie dans le conflit au nord me rendent perplexe.

Finalement la Cedeao est prise dans ce que pourrait appeler le « chantage » de l’Algérie qui est une puissance régionale. C’est cela le problème de l’Afrique de l’ouest maintenant. Il faut que l’Afrique retrouve les moyens de s’entendre car cette crise démontre aussi que les pays Maghrébins et ceux de l’Afrique au Sud du Sahara sont plus liés qu’on ne le pense.

Ouestafnews - Quelles pourraient selon vous être les dangers d’une intervention militaire au Nord Mali pour toute la sous région ?

A.N - Le danger est réel dans la mesure où l’Algérie est au cœur de ce dispositif sans y être réellement, la Mauritanie sans chef d’Etat depuis bientôt un mois ne rassure pas. Elle a décidé de fermer ses frontières dès le début du conflit, cette stratégie masque mal le rôle qu’elle joue dans l’accueil de quelques membres importants de l’aile politique du MNLA. Et cette décision est aussi porteuse de désastre quand on sait que les réfugiés maliens se ruent vers la Mauritanie et que quelques tribus dites arabes ont des parents de l’autre côté de la frontière. J’ai peur, je le répète depuis quelques mois, que le conflit ne transforme en conflit ethnique. C’est cela le danger réel que fait peser cette intervention au nord Mali. Il ne faut pas que les gens se cachent la figure, la dimension ethnique du conflit semble être masquée par une dimension territoriale, mais elle est là.

La menace est réelle pour la sous-région avec l’afflux des réfugiés, les désarticulations que cela pose aux zones d’accueil et les possibilités offertes pour que ce flux voit aussi arriver de personnes malintentionnées et qui ont des relations avec les groupes armées. Comment recycler les combattants venus du Soudan, de Somalie, les Polisario impliqués ou pas. Je pense, sans être catastrophiste, que nous sommes à la veille d’une chose sérieuse qui doit nous faire réfléchir davantage sur ce que nous devons faire les 50 années à venir. Il faut que les gouvernants soient plus intelligents qu’ils ne le sont aujourd’hui et qu’ils sachent que la perturbation d’un pays entraîne des conséquences fâcheuses sur les autres tout autour.

Pensez-vous que si la Mauritanie bascule dans un coup d’Etat durant le conflit les données ne vont pas changer ? Quelques opposants au régime de Nouakchott sont impliqués dans les négociations entre Ansar Din et le médiateur burkinabé. Tous ces acteurs perturbent davantage les réalités sur le terrain. C’est dire que la situation mérite notre attention.

Ouestafnews - Il ya une vingtaine d’années, l’islamisme se cantonnait àl’ Algérie avec des mouvements comme le Groupe islamique armée,(GIA) le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), aujourd’hui il est en Afrique de l’ouest, à quoi peut-on s’attendre dans la décennie à venir ?


A.N - Eh bien, voilà l’Algérie nous lègue son Front islamique du salut (FIS) et s’entête à nous aider. C’est cela aussi la réalité. L’Algérie ne joue pas notre jeu, car à elle seule avec sa puissante armée, son renseignement (il ne faut pas oublier que l’Algérie c’est le second pays qui importe le plus d’armes sur ce continent après l’Afrique du Sud), l’Algérie peut aider. D’autres réalités président à son fonctionnement interne, les généraux, le conflit latent avec le Maroc, ses rapports avec la France qui sera impliquée et plusieurs autres complexités inhérentes à la nature du régime algérien.

Les enjeux des ressources naturelles dans l’Azawad (Nord du Mali) sont souvent occultés alors qu’elles président, en partie, aux perturbations que nous connaissons. C’est comme s’il faut perturber cette zone pour permettre aux compagnies qui prospectent de finir leur travail d’évaluation des ressources. C’est ce que les spécialistes appellent : la mise en place d’une zone grise.

Il me semble aussi important de dire que la radicalisation trouve un excellent terreau pour fleurir davantage dans nos pays : perte des valeurs, chômage endémique, pauvreté chronique, déperdition scolaire et tous ces éléments qui désarticulent le peu de solidarité qui nous reste.

Les Etats centraux ont failli à tout, les Organisations non gouvernementales et les sociétés civiles naissantes brouillent l’horizon, la décentralisation de façade n’apporte aucune réponse aux soucis des uns comme des autres. J’ai envie de dire qu’aucune perspective de développement n’est envisagé, aucune prospective sociale n’est mise en place. On tâtonne partout avec des régimes instables malgré la démocratie de façade. Même nos armées sont devenues autre chose que de vraies armées.

Vendredi 16 Novembre 2012
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