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Mali : scepticisme des experts à l’approche de la présidentielle

Ouestafnews - A seulement deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle malienne, supposée sortir le pays de la crise et de le remettre sur les rails avec un «gouvernement légitime», tout le monde n’est pas convaincu qu'on arrivera au bout de ce scénario trop parfait pour coller une réalité plus complexe.


Principal argument de ces sceptiques, les nombreux problèmes « techniques » constatées sur le terrain.

« Si l’élection a lieu le 28 juillet 2013, l’on ne peut totalement écarter la probabilité d’une contestation des résultats susceptible de replonger le pays dans une crise politique ou sécuritaire », souligne l’Institut d’études de sécurité (ISS) dans son dernier rapport sur le Mali.

La date du 28 juillet 2013 a été retenue par les « acteurs politiques» malien, sous la pression de la France, dont le président François Hollande, a publiquement écarté toute idée de report, au risque de choquer quelques souverainistes maliens.

Depuis, le régime de transition au pouvoir à Bamako, quelque peu redevable à la France qui a stoppé l’avancée des groupes armés qui s’étaient emparés du nord du pays, affirme qu’il s’agit d’un scrutin de « sortie de crise », et dès lors le report « n’est pas envisageable ».

« Les résultats doivent être acceptés par tous les partis même si le scrutin est n’est pas parfait », a déclaré le Secrétaire général des nations-unies Ban Ki-moon cité par l’Agence France Presse (AFP), en marge de la célébration du 14 juillet à Paris où plusieurs autorités maliennes ont été invitées.

Pourtant avertit l’ISS dans son rapport, « en cas de contestations violentes des résultats, d’incidents sécuritaires graves ou de problèmes ultérieurs de gouvernance liés à la légitimité du Président élu, il sera difficile pour la communauté internationale de se dédouaner totalement ».

Ces craintes de l‘ISS sont partagées par la Fondation Osiwa (Open Society Initiative for West Africa, basée à Dakar) qui dans un document de plaidoyer prône également un report qui ne peut être salutaire.

« Toute précipitation pourrait replonger le Mali dans une crise aux effets incalculables, non seulement pour le pays mais aussi et surtout pour la région ouest africaine », affirme ce document qui souligne également les risques de contestations des résultats.

Pour Osiwa, il existe des « problèmes majeurs » à résoudre avant d’aller à la présidentielle, et « quelques semaines de report » pourraient donner le temps de trouver des solutions à ces problèmes.

Malgré la libération des villes du nord comme Tombouctou et Gao, des mains des « djihadistes armés », la situation sécuritaire laisse à désirer, comme le montre la situation de Kidal (nord), encore sous le contrôle des « rebelles » du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Dans la presse malienne, on évoqué des risques de voir le pays « voter sans Kidal » où en dépit d’un accord signé récemment entre le pouvoir de transition et le MNLA, l’administration ne s’y est pas encore redéployée.

Dans les 13 communes que comptent la ville les listes électorales ne sont pas encore établies.

L’Ong International crisis group (Icg)dans une analyse publiée fin juin 2013, proposait un court report de trois mois du scrutin.

« La date du 28 juillet peut donner lieu à un scrutin chaotique, contesté et un nouveau président qui n’aura point suffisamment de légitimité pour assurer la réconciliation », estime ICG.
Se basant sur la situation qui règne à Kidal, Tiébilé Dramé, un des 28 candidats à cette élection, a déposé le 08 juillet 2013, au lendemain de l’ouverture de la campagne électorale, une requête demandant à la Cour constitutionnelle, le report du scrutin.

L’organisation de ce scrutin fait face à plusieurs défis, sécuritaires, administratifs et techniques avec l’introduction de nouvelles cartes d’électeurs biométriques fabriquées en France.

Selon les experts le délai est trop court pour distribuer ces cartes aux 6 millions de Maliens inscrits sur les listes électorales parmi lesquels on compte des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés.

Dans ces recommandations, l’ISS indique que la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) se doit de prendre des « mesures préventives » en soutenant les autorités nationales dans la recherche de solutions aux défis techniques et en assurant une observation aussi efficace que possible du scrutin. Il est aussi recommandé de faire un travail préventif à l’intention des candidats importants qui pourraient remettre en cause le résultat.

Lundi 15 Juillet 2013
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