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Pétrole au Nigeria : réforme très controversée

Ouestafnews - Un projet de suppression de la subvention sur les produits pétroliers proposé par le président Goodluck Jonathan suscite une vive controverse dans son pays, le Nigeria plus gros producteur de pétrole d’Afrique de l’ouest et du continent, mais éternellement confronté à une crise énergétique.



Pour le gouvernement fédéral il s’agit justement de réaliser un gain de 6 milliards de dollars qui sera, selon la version officielle, « destiné» au bien-être des citoyens et aux infrastructures. Quant au sceptiques qui s’opposent au projet, notamment les syndicats et la société civile, eu égard aux pratiques corruptives qui règnent dans le pays et au faible pouvoir d’achat de la majorité des Nigérians, ce sont les consommateurs qui risque de subir les méfaits de la réforme si elle venait à passer, avec notamment un renchérissement attendu du coût de la vie.

S’expliquant devant la presse le 24 novembre 2011, le ministre nigérian du travail Emeka Woga a indiqué que 50 % des 6 milliards de dollars que vont générer la réforme seront alloués au gouvernement fédéral pour lui permettre de résorber son déficit budgétaire tandis que l’autre moitié va servir à l’amélioration des infrastructures, notamment les raffineries locales qui fonctionnent au plus bas de leur capacité, obligeant le géant ouest africain à importer l’essentiel de ses besoins en produits pétroliers finis.

Ces promesses sont loin de convaincre certains analystes ainsi que les centrales syndicales du pays, ces derniers demeurant les adversaires les plus actifs de cette réforme.

Dans un entretien accordé à Ouestafnews, Adeola Adenikunji, économiste à l’Université d’Ibadan, a entre autres problèmes que pose ce projet, souligné le fait « qu’aucune mesure d’accompagnement n’a été envisagée pour essayer de limiter l’impact sur les consommateurs, (or ) poursuit-il, les Nigérians ont construit leur vie autour du pétrole bon marché, l’alimentation en électricité fait défaut et la plupart des petites et moyennes entreprises utilisent le pétrole pour leur fonctionnement ».

Il est de notoriété publique, que tout grand producteur de brut qu’il est, le Nigeria n’a jamais pu régler le problème de la fourniture d’énergie et l’essentiel des entreprises fonctionnent avec de petits générateurs pour pallier le manque d’électricité.

« La suppression de la subvention va sans aucun doute entraîner une conflagration dans le pays », martèle le président de la Confédération nationale des travailleurs du Nigeria (NLC), Abdelwaheed Omar qui indique que le litre d’essence passera de 65 à 150 nairas (196,461 FCFA à 453.424 FCFA), ce qu’il considère comme « trop cher » pour la plupart de ses compatriotes.

En effet nombreux sont ceux qui s’inquiètent non seulement de la montée des prix à la pompe du carburant qui fera suite à la suppression de la subvention, mais du renchérissement des coûts au niveau du transport, qui a son tour va entraîner automatiquement une hausse des produits de consommation courante, y compris les denrées de première nécessité.

A en croire le professeur Adenikunji cette réforme arrive au « mauvais moment ». Selon lui parallèlement à ce projet, une hausse des tarifs de l’électricité est en vue ainsi que d’autres taxes, comme la reprise des péages routiers.

Premier producteur de brut du continent avec 2 millions de barils par jour, le Nigeria a cependant recours à des pays comme le Ghana et le Cameroun pour l’importation de produits finis. Ceux-ci sont par la suite subventionnés pour le marché local. Ce schéma est devenu intenable, selon le gouvernement qui mise sur les 6 milliards de dollars d’économie provenant de l’arrêt de la subvention pour remettre en marche les quatre raffineries obsolètes du pays.

« Il est totalement inacceptable qu’un pays producteur de pétrole ne puisse pas disposer de raffineries, d’une industrie pétrochimique (afin de), transformer son gaz en énergie », a souligné le gouverneur de la Banque Centrale du Nigéria (CBN, en anglais), Mallam Sanussi Lamido, estimant que c’est une décision « douloureuse » mais nécessaire pour éviter la récession économique dans les prochaines années.

Mais la corruption, sans cesse dénoncée au sein de l’appareil étatique, constitue un autre obstacle à l’approbation de cette politique de dérégulation que compte mettre en œuvre le Président Goodluck Jonathan. Y compris dans les rangs de ceux qui pourraient adhérer au projet de réforme, la crainte de voir les fonds mal utilisées reste vive.

Ainsi à l’opposé de la NLC qui demande le retrait pur et simple du projet, annonçant déjà sa volonté de paralyser le pays avec des grèves générales, l’autre grande centrale syndicale du pays, le Trade-Union Congress (TUC, Congrès des Syndicats) avait posé au gouvernement fédéral, entre autres conditions de ralliement, un plan détaillé de l’utilisation des revenus tirés de la réforme. L’église anglicane du pays a mis en avant la même exigence.

Depuis le général Ibrahim Babaginda (arrivé au pouvoir en 1985), jusqu’au président Olesegun Obasanjo (dont le dernier mandat s’est terminé en 2007), la suppression de cette subvention n’a cessé d’être envisagée par les dirigeants du pays, mais tous ont dû reculer devant la forte opposition suscitée par cette idée.

Cette fois-ci, le président Goodluck Jonathan soutenu par le secteur privé, les bailleurs de fonds étrangers et la majorité des gouverneurs à la tête des 36 Etats qui composent l’Etat fédéral, semble déterminé à aller au bout de son projet, dont la date-butoir est fixée à janvier 2012.

Entre temps, le débat fait rage entre partisans de la réforme qui multiplient les sorties médiatiques, se disant convaincus que la suppression de cette subvention est la clé d’une transformation de l’économie du pays, et les adversaires sûrs de ses effets pervers et surtout de la paupérisation des masses qu’elle entraînerait inéluctablement.

Jeudi 1 Décembre 2011
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