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Prise de conscience autour du potentiel minier ouest africain, mais peu de changement en profondeur

Contrats trop déséquilibrés en faveur des multinationales, codes miniers peu avantageux pour les Etats, manque de transparence dans la signature des conventions, dégradation de l’environnement, très peu de retombées pour les populations : à n’en pas douter les richesses minières en Afrique de l’Ouest sont encore loin de bénéficier aux nations qui les produisent, encore moins aux populations autochtones, selon plusieurs sources contactées par Ouestafnews.


Par Ouestafnews

Au Sénégal, au Burkina, en Guinée, au Mali, etc., le tableau est partout le même, selon les acteurs de la société civile africaine outrés de ne pas voir –faute de transparence et de responsabilité – les populations bénéficier enfin des retombées des énormes richesses minières dont regorgent leur terroir : or, fer, uranium, pétrole....
Néanmoins, depuis quelques années, une certaine prise de conscience s’amorce et le combat a été enclenché pour changer la donne, qu’il soit mené par de petites associations communautaires à l’échelon local ou des organisations plus grandes et plus puissantes à l’échelle internationale.
Il s’agit toutefois pour l’instant d’un combat à la David contre Goliath.
Le 4 avril, l’ONG Oxfam a ainsi signé un protocole d’accord avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en vue de faciliter l’adoption dans la sous-région « d’une politique minière commune, favorable aux pauvres, respectueuses des principes de protection de l’environnement et des droits humains, et qui rend les gouvernements et les compagnies minières responsables, à travers des pratiques de bonne gouvernance », selon un communiqué des deux organisations parvenu à Ouestafnews.
Derrière le subtil langage diplomatique contenu dans les objectifs visés par ce protocole d’accord, c’est une véritable accusation qui est ainsi faite aux gouvernants et aux grosses multinationales, unis dans une collusion d’intérêts au détriment des peuples.
« Le plus grand problème c’est l’expropriation des populations » qui vivent dans les zones minières, explique Ibrahima Diallo qui, dans l’est du Sénégal mène un combat pour la sauvegarde des intérêts des communautés villageoises face à la toute puissance des multinationales et à la négligence coupable des Etats.
Ainsi dans les zones aurifères du Sénégal oriental, la « faible implication des communautés rurales » fait craindre que la ruée des sociétés minières vers la région ne tuent les activités de subsistance des populations autochtones (agriculture, élevage, orpaillage) sans pour tant qu’elles ne soient conséquemment dédommagées, ni par l’Etat ni par les firmes.
Au Sénégal, il y a un an (en mars 2007) le gouvernement signait une convention de 3 milliards FCFA avec la société Uramin.inc pour l’exploration de l’uranium dans l’est du Sénégal pour une période de 3 ans. Mais l’opération record, le Sénégal l’avait réalisé un mois auparavant avec le géant indien Mittal pour un montant de 2 milliards de dollars (soit plus de 1000 milliards FCFA de l ‘époque).
« Vous entendez parler de contrats de 200 millions, de 300 millions (en FCFA), mais difficilement on vous dira où vont ces sommes », s’offusque Tiémoko Souleymane, qui au Mali mène un combat dans le cadre de la campagne « publiez ce que vous payez », pour contraindre les multinationales à lever le voile sur les chiffres réels des montants alloués aux Etats et leurs destinations.
Au Mali, par exemple le gouvernement a officiellement annoncé qu’à la date du 31 décembre 2007, le pays comptait quelques 222 conventions minières, dont les 178 signées au cours des cinq dernières années pour un montant de 53 milliards FCFA.
Or, le Mali reste toujours classé dans les 2 ou 3 pays en queue de peloton sur les 177 pays du monde régulièrement classés selon l’indice de développement humain, même si en 2006 le Mali a contesté ce classement.
En dehors des montants générés par les conventions, le Mali a aussi perçu 116 milliards FCFA au titre de la production d’or en 2006. Le hic, selon M. Koné, c’et qu’en vertu des « fonctions régaliennes de l’Etat » souvent invoquées, le tout est officiellement versé « au budget » de l’Etat.
Avec des codes de « rémunération » ou de règles de « compensation» qui datent parfois de l’ère coloniale, il arrive que des textes prévoient qu’un pied de manguier, perdu pour de bon et principale source de revenus pour son propriétaire, soit remboursés pour des montants dérisoires, ironise M. Koné.
Mais la rigolade s’arrête là.
En dépit de l’intense campagne menée depuis que l’ex-premier ministre britannique Tony Blair a lancé son Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractive, peu de multinationales acceptent de jouer la carte de la transparence totale, aidées en cela par des Etats faibles et peu regardants quand il s’agit des intérêts de la grande masse.
Maigre consolation et petit signe d’espoir tout de même: en décembre dernier, appuyée par des ONG, une petite communauté de l’Ouest du Ghana a pu avoir gain de cause et être indemnisé à des taux raisonnables à raison de 12.000 dollars par personne, sans compter d’autres petites indemnités pour se trouver de nouveaux toits (1.900 dollars chacun) ou encore compenser pour le même montant (1.900 dollars) et pour chaque membre de la communauté la destruction de leur mosquée.
Auparavant, Mme Ellen Johnson-Sirleaf présidente du Liberia avait montré l’exemple en renégociant un contrat Léonin signé en faveur de Mittal par ses prédécesseurs à la tête de l’Etat.
Depuis son exemple a été suivi par la Guinée qui à l’arrivée de Lansana Kouyaté au poste de premier ministre il y a un an a lancé une vaste campagne pour « revisiter » toutes les conventions passées avec les compagnies minières.

Jeudi 10 Avril 2008
Ouestaf News
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