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Sages-femmes au Sénégal : des « hors-la-loi » qui s'ignorent ?


Ouestafnews - «La sage-femme a jeté par terre mon carnet de visite prénatale parce que je n'avais pas ouvert le document en le déposant sur sa table». Pour Mariatou Fall qui nous raconte l'histoire, jeune fille de 18 ans à l'époque des faits, ce fut une première expérience humiliante et traumatisante dans les locaux du dispensaire Guedj de Rufisque (30 km de Dakar).

La jeune fille qui était à huit mois de grossesse, a dû s'agenouiller pour ramasser le carnet avant de le remettre. « Ouvert », cette fois-ci.

Deux semaines après, la même sage-femme l'a abandonnée sur la table d'accouchement, tout juste parce que cette dernière lui a posé une question à laquelle elle n'arrivait pas à répondre en raison des douleurs causées par les contractions.

«J'ai accouché seule en pleine nuit, d'un bébé sans vie», raconte-elle à la journaliste d'Ouestafnews. Plus d'une décennie et demie après, la douleur et l'humiliation subies restent vives.

Mariatou Fall, aujourd'hui âgée de 35 ans et mère de trois enfants, dont l'ainé a 16 ans, raconte que ce sont les cris de sa belle-mère qui ont réveillé la sage-femme qui dormait dans la chambre adjacente. Dix-sept ans après cette expérience, elle n'arrive toujours pas à comprendre cette agressivité.

« J'ai perdu mon bébé qui aurait pu être sauvé et je ne pardonnerais jamais à cette femme », affirme Mariatou, rencontrée à Rufisque où elle vit toujours.

Siré Konaté 33 ans, témoigne quant à elle avoir reçu une paire de gifles de la sage-femme qui l'assistait lors de son troisième accouchement, au mois de mai 2017. Les faits se sont passés au centre de santé Nabil Choucair de la Patte d'Oie, un quartier situé aux portes de la périphérie dakaroise.

La sage-femme a porté la main sur elle parce qu'elle n'arrivait pas « à pousser correctement ».
Ces témoignages recueillis par Ouestafnews révèlent un mal profond, que se racontent les femmes dans leurs confidences, mais contre lequel, jamais aucune mesure n'a été prise.

Un rapport publié en 2015 par Muskoka, un réseau français engagé dans la lutte pour la réduction de la mortalité infantile et maternelle, donnent plus de substance aux accusations. Selon ce document, environ 28% des femmes qui accouchent en Afrique de l'ouest sont traumatisées par les sages-femmes. Une situation qui n'est pas sans lien avec les taux de mortalité infantile.

Du côté des sages-femmes, cette tension qui règne entre elles et les parturientes résulte d'un «déficit de communication», selon Bigué Ba Mbodj, présidente de l'Association des sages-femmes du Sénégal, interrogée par Ouestafnews.
Autres arguments, peu défendables, avancés par Mme Bâ à l'occasion de la célébration de la journée internationale des sages-femmes célébrée le 5 mai 2017, le « travail sous pression ».

Selon l'Association pour la médecine et la recherche en Afrique (Amref), le déficit de « personnel qualifié » dans les hôpitaux et postes de santé a occasionné en Afrique de l'ouest, la mort de 180 mille femmes pendant la grossesse ou durant l'accouchement en 2015.

«Parce qu'elles ont l'obligation d'être toujours présentes, de s'occuper de tout, de faire montre de compétence face à toutes les difficultés  et surtout pour qu'aucune femme ne meurt»,  explique Mme Ba Mbodj dans son plaidoyer en faveur de ses collègues.

Il reste vrai que le nombre de sages-femmes est limité dans le pays : elles sont 2331 sages-femmes sur l'ensemble du territoire. Soit une sage-femme pour 5.500 femmes là où les standards internationaux recommandent une sage-femme pour 500 femmes.

Actes punis par la loi

Aux yeux de la loi cependant, ni les arguments de la présidente des sages-femmes, ni les statistiques des ONGs ne dédouanent les sages-femmes qui exerceraient des actes de violence sur les parturientes ? Cette forme de violence est punie par loi et est même « passible de peine de prison ».

Une sage-femme ou une infirmière « ne peut exercer sur une patiente que ce qui est médicalement nécessaire », affirme Me Baba Diop, avocat au barreau de Dakar interrogée sur le sujet par Ouestafnews.

Tout excès, selon l'avocat, peut constituer une infraction.  En cas de plainte, la sage-femme incriminée encourt une peine d'emprisonnement et une amende. Peuvent s'y ajouter des sanctions administratives pouvant aller d'un simple avertissement jusqu'à la radiation.

Les milliers de femmes victimes de ce traitement dégradant de la part des sages-femmes le savent-elles ? Nos deux témoins, Mariatou et Siré, n'ont jamais pensé porter l'affaire de leurs tristes mésaventures en justice. 
Là où  Mariatou admet que c'était par pur « ignorance » à l'époque des faits,  Siré s'est quant à elle plutôt résignée, étant peu convaincue qu'une action en justice peut aider à changer les choses. 

Lundi 7 Août 2017
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