Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Sages-femmes : « peu enthousiastes pour le milieu rural » (Présidente Association)


Le Sénégal, qui prévoyait de recruter 3.500 sages-femmes entre 2001 et 2015, n’en a finalement recruté que 900, soit à peine plus du quart. Pire encore, nombre d’entre elles rechignent à aller travailler en milieu rural, alors que les besoins y sont énormes. Une attitude discriminatoire à l'égard des millions de Sénégalaises qui vivent dans les campagnes, et que le laxisme de l'Etat laisse perdurer. Une autre preuve du laisser-aller dans la gestion des politiques de santé.


Dans cet entretien accordé à Ouestaf News, qui entre dans le cadre de notre série sur les systèmes de santé réalisée avec le soutien de la Fondation Osiwa, Marième Fall, présidente de l’Association des Sages-femmes du Sénégal, nous en dit plus sur l’exercice de cette profession, au cœur de la santé maternelle et infantile.

Ouestaf News : les sages-femmes au Sénégal sont-elles en nombre suffisant pour couvrir les besoins des populations en matière de santé ?

Marième Fall : en 2000, il y a eu une feuille de route sénégalaise qui recommandait le recrutement de 250 sages-femmes par an. De 2001 à maintenant, cela fait 14 ans durant lesquels il fallait recruter 3.500 sages-femmes. En 2006, 100 sages-femmes ont été recrutées. Cent autres ont été recrutées en 2010, autant en 2011 et en 2012. L’année dernière, 500 sages-femmes ont été recrutées. C’est (Au total) 900 sages-femmes qui ont été recrutées de 2001 à ce jour. Cette année, le gouvernement annonce qu’il va encore recruter 500 sages-femmes.

Ouestaf News : le Sénégal peut-il former 250 sages-femmes par an ?

Marième Fall : l’Etat s’était rendu compte qu’il ne pouvait pas former 250 sages-femmes par an. Il a alors libéralisé la formation, en autorisant l’ouverture d’écoles privées. Il a ensuite organisé un concours ouvrant l’accès au diplôme de sage-femme d’Etat. Sur quelque 900 candidates, seules 250 décrochaient le diplôme chaque année. Aujourd’hui, environ deux mille (2.000) sages-femmes d’Etat sont au chômage. Elles ne sont pas dans le système public. Ni dans le privé. Certaines d’entre elles sont recrutées par des comités de santé. D’autres font du bénévolat dans le système de santé communautaire.

Ouestaf News : combien de sages-femmes sont-elles employées par l’Etat du Sénégal ?

Marième Fall : environ 2.331 sages-femmes sont actuellement dans le système public de santé.

Ouestaf News : quel est le ratio entre le nombre de sages-femmes du pays et la population sénégalaise ?

Marième Fall : Pour l’Organisation mondiale de la santé, il faut six sages-femmes pour mille accouchements. Ici, au Sénégal, nous en sommes à moins de deux pour mille accouchements. Ce ratio est relatif et n’est valable que pour les villes. Celui des zones rurales est plus faible.

Ouestaf News : il semble que certaines parmi vous ne veulent pas servir dans des zones dites « éloignées ».

Marième Fall : les professionnels de la santé doivent être partout au Sénégal, pour qu’on n’ait pas un système de santé « à double vitesse ». Certains agents de santé sont peu enthousiastes pour travailler en milieu rural. Chaque fois qu’on affecte des sages-femmes dans des zones d’accès difficile, certaines d’entre elles viennent demander une réaffectation. Cela me fait me dire qu’il y a des sages-femmes qui ne sont pas désireuses de travailler dans des zones d’accès difficile. Ce sont des femmes mariées pour la plupart, des femmes dont les maris sont souvent dans les villes.

Ouestaf News : ont-elles l’obligation de rester dans ces zones dites d’accès difficile ?

Marième Fall : par le passé, les sages-femmes signaient un engagement décennal, qui les mettait dans l’obligation de servir partout au Sénégal. Actuellement, avec la libéralisation de la formation et les réformes relatives à la pratique du métier de sage-femme, cet engagement n’existe plus. Donc rien n’oblige les sages-femmes à rester là où elles sont affectées. Par ailleurs, le système de santé doit faciliter leur mobilité. Ce n’est pas le cas, et c’est un défaut du système.

Ouestaf News : quelles sont les conséquences de cette situation que vous venez de décrire ?

Marième Fall : elle (…) affecte la santé maternelle et infantile dans les zones d’accès difficile. Elle augmente le taux de mortalité maternelle. Des études ont prouvé que l’accouchement assisté par un personnel qualifié et la planification familiale peuvent réduire la mortalité maternelle.

Lundi 6 Juillet 2015
Ouestaf News
Lu 1864 fois
Ouestaf News








Derniers tweets
Ouestafnews : L'Afrique de l'ouest en bref à 19H 00 GMT - 02/12/2016 : Nigeria, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée :... https://t.co/eWWfjJmJvZ
Vendredi 2 Décembre - 20:25
Ouestafnews : Gambie : fin de règne pour Jammeh ?: Ouestafnews - Le régime de Yahya Jammeh semble, à la grande surprise,... https://t.co/6jFwJBQFDw
Vendredi 2 Décembre - 18:51
Ouestafnews : Conseil des ministres du Niger du 01 décembre 2016 (le communiqué): Conseil des Ministres s’est réuni ce jour,... https://t.co/NiMvI0YILL
Vendredi 2 Décembre - 18:07

Derniers tweets
Hamadou Tidiane SY : Ah 2016 et ses grandes surprises! Lui aussi s'en va! https://t.co/nCg4w46KHC
Dimanche 4 Décembre - 13:12
Hamadou Tidiane SY : #Afrique #Gouvernance La #Gambie à la croisée des chemins! espérons que nos frères et soeurs gambiens puissent... https://t.co/A4xdDJR1Ey
Dimanche 4 Décembre - 12:45

Derniers tweets
Momar Niang : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Gambie, #GambiaDecides , all you need to know about Jammeh here: https://t.co/3zUK33kg1a
Vendredi 2 Décembre - 19:11
Momar Niang : @WillFitzgibbon @ouestafnews gonna see that.
Vendredi 2 Décembre - 19:08