Sauver la Guinée, repenser l’Afrique (LIBRE OPINION)
Voilà ce qui aurait pu sauver la Guinée bien avant que les militaires ne songent à prendre le pouvoir. Aujourd’hui encore la Guinée a besoin d’être accompagnée et non d’être isolée. Les militaires de Conakry n’ont encore perpétré aucun acte antipatriotique ou autre qui mériterait qu’ils soient « condamnés ».
L’adhésion populaire massive au mouvement initié par le Comité National pour la Démocratie et le Développement prouve que si l’acte posé par les soldats guinéens est « anticonstitutionnel », il peut néanmoins revendiquer plus de légitimité aux yeux du peuple guinéen que ne l’aurait eu une transition menée par les caciques du régime Conté. En cela, et au delà des frontières guinéennes, ces putschistes ont peut être beaucoup plus de « légitimité » que la plupart des « chefs d’Etats » soit disant élus, au prix de contorsions constitutionnelles énormes ou de fraudes électorales massives pour légaliser des forfaits, assimilable à tous égards à des « coups d’Etat » civils. C’est là l’autre leçon à tirer des évènements de Conakry, les coups d’Etats civils (prolongation de mandats qu’aucune crise grave ne justifie, modifications constitutionnelles au gré d’intérêts personnels, émergence de dynasties présidentielles) ne doivent plus prospérer. Les institutions africaines doivent poser au plus haut niveau le débat sur « la longévité » au pouvoir (ses causes et ses effets sur nos sociétés) et y apporter des réponses idoines à prendre en compte dans notre quête et notre pratique démocratiques. One ne le sait que trop bien, cette « éternisation » au pouvoir entraîne (par la nature même du pouvoir) népotisme, corruption et velléités dynastiques, avec tout ce que cela comporte d’injustice et de frustrations qui mènent aux impasses, aux crises violentes et au chaos souvent vécus par les peuples du continent. Il urge donc pour l’Union africaine, de la même manière qu’elle s’oppose aux changements anticonstitutionnels de gouvernement, de s’opposer à la « longévité » hors norme au pouvoir – pour la petite histoire, entre l’arrivée de Sékou Touré au pouvoir et la mort de Lansana Conté, soit un demi siècle, les Etats-Unis ont connu onze chefs d’Etats (en y incluant le président élu Barack Obama) là ou la Guinée n’en a connu que deux. Encore une fois, cela implique de sortir du « politiquement correct » et de penser les problèmes africains de manière spécifique, nous allions dire iconoclaste – nous savons tous que le défunt président Eyadéma du Togo est mort au pouvoir par crainte de poursuites judiciaires contre sa personne alors qu’on lui prêtait l’intention de vouloir céder sa place. Dimanche 28 Décembre 2008
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