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Sénégal-Tchad: le ministre de la justice relance la saga Hissène Habré

Ouestafnews – Une déclaration du ministre sénégalais de la justice, Madické Niang, a relancé ce 17 août la saga Hissène Habré, du nom de l’ex-président tchadien qui attend d’être jugé au Sénégal mais dont le procès ne cesse de naviguer de reports en rebondissements depuis près d’une décennie, a constaté Ouestafnews.


La dernière secousse est intervenue lorsque le ministre Madické Niang, par ailleurs ancien avocat de Hissène Habré, a évoqué – sans toutefois être catégorique - la possibilité pour le Sénégal de surseoir au procès. Le ministre réagissait à l’annonce par la justice tchadienne de la condamnation « à mort par contumace » de l’ex-président tchadien exilé au Sénégal.
"Si Hissène Habré a été jugé pour les mêmes faits, il ne pourra plus comparaître devant aucune autre juridiction au monde", a affirmé M. Niang dont les propos diffusés sur une radio privée dakaroise (RFM) sont reproduits par le site internet sénégalais nettali.
Le 15 août plusieurs médias internationaux ont en effet annoncé la condamnation à mort par contumace de Hissène Habré, décision qualifié de « surprise » par le ministre sénégalais cité par les mêmes sources.
Du coup, le ministre Niang relançait le débat sur la volonté du gouvernement sénégalais de juger l’ex-chef d’Etat, accusé par ses présumés victimes de violation massive des droits de l’homme lorsqu’il était au pouvoir à Ndjamena.
La décision de la justice tchadienne a également suscité une inquiétude chez les défenseurs des droits de l’homme, notamment celle de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho, ONG basée à Dakar).
Même si les propos du ministre ne posent pour l’instant qu’une hypothèse, ce nouveau rebondissement dans l’affaire, risque de mettre le Sénégal dans une position inconfortable, selon le desk diplomatique d’Ouestafnews.
Depuis le début de ce qu’il est désormais convenu de nommer la saga Habré, les associations internationales de défense des droits de l’homme soupçonnent et accusent ouvertement le Sénégal de faire traîner délibérément la procédure.
La dernière sortie du ministre sénégalais pourrait renforcer cette suspicion.
« Le Sénégal ne peut trouver aucun prétexte pour se soustraire à ses obligations africaines et internationales », a confié à Ouestafnews Alioune Tine président de la Raddho, depuis Abidjan où il se trouve, réagissant ainsi au propos du ministre Niang.
M. Tine souligne par ailleurs que la condamnation de Habré à au Tchad « n’a rien à voir » avec les crimes pour lesquels il est poursuivi au Sénégal à la demande de l’Union africaine, mais serait plutôt lié aux actions des mouvements rebelles armés qui menacent actuellement le régime du président Idriss Déby du Tchad.
Avant les déclarations du ministre, la Raddho avait de son côté dénoncé la décision de la justice tchadienne, estimant que la condamnation à mort de Hissène Habré «viole le droit fondamental à la vie, est inique, inopportune et ne respecte nullement les normes d'un procès équitable dont le droit à la défense ».
La saga judiciaire pour Hissène Habré a commencé en 1999 lorsque Human Rights Watch (ONG basée à Washington), disant travailler au nom de « milliers de victimes » tchadiennes a initié des plaintes au niveau de la justice internationale.
Les tribunaux sénégalais s’étant déclarés une première fois « incompétents » pour juger l’affaire, la Belgique avait demandé l’extradition du leader tchadien au nom de nouvelles lois hardies que ce pays européen avait adopté et qui donnait à ses juridictions une « compétence universelle ».
La procédure d’extradition n’ayant pas abouti, les défenseurs des droits de l’homme, ont, au terme d’un intense lobbying auprès de l’Union Africaine, obtenu de l’instance continentale en Juillet 2006 qu’elle oblige le Sénégal à organiser le procès du chef d’Etat déchu qui vit au Sénégal depuis la chute de son régime en 1990.
Pour se plier à cette décision, le Sénégal a récemment réformé ses lois, y compris sa constitution afin que le procès Habré puisse avoir lieu. Mais en même temps, Dakar réclame à la communauté internationale de contribuer au coût du procès, estimé à 18 milliards FCFA.
Pour l'instant seul le Sénégal (1 milliard FCFA) le Tchad (2 milliards) ont annoncé des contributions financières chiffrées au procès.

Hissène Habré qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 est accusé par des organisations de défense des droits de l'homme et des présumés victimes de ses actes, de violation massive des droits l'homme, dont des milliers d’assassinats, lorsqu'il était au pouvoir dans son pays.

Dimanche 17 Août 2008
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