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Sénégal : cet air toxique dans vos poumons

Ouestafnews - Sujet distant de préoccupation pour nombre de Sénégalais la pollution atmosphérique, a des effets néfastes sur la santé et l’environnement. Résultat: elle fait des ravages, mais peu de Sénégalais s’en préoccupent !


« Ah bon, je ne le savais pas !» Comme Saliou Faye, étudiant en Transport -logistique que nous avons rencontré sur la très bruyante avenue Lamine Gueye du centre ville de Dakar, ils sont nombreux les Dakarois ignorant même l’existence dans leur ville d’un Centre de gestion de la qualité de l’air (CGQA), reflet du peu d’intérêt que les Sénégalais de manière générale accordent à la qualité de l’air qu’il respire.

Lire aussi : Sénégal: qui a dit mobilité urbaine?
                    Qualité de l'air: Comment ça se mesure?

En cette mi-journée de septembre, la canicule ajoute une intensité palpable au trafic automobile avec son habituel tintamarre et ses pots d’échappements charriant des halos de fumées en tous genres.

Pour les nombreux piétons, circuler dans le centre ville (parcelle de terre d’environ 4km2 qui concentre l’essentiel des infrastructures et des activités socio-économiques et administratives du pays) ne se passe pas sans appréhension. Faute de trottoirs, bouchés par des étals et commerces en tous genres, on marche sur la chaussée, au risque de se faire briser le poignet par un rétroviseur si ce n’est simplement de se faire renverser.

Dakar, victime des particules  

Dans cette atmosphère aussi bruyante qu’enfumée, les quelques rares citadins qui ont eu écho de l’existence du CGQA comme Anta Fall, un agent immobilier et Mansour Diop, un enseignant à la retraite, sont des habitués du site internet de l’Agence de presse sénégalaise (Aps) où le Centre publie parfois des bulletins d'alerte.

Pourtant, depuis 2009, cette structure dédiée à l’étude de la qualité de l’air, une rareté en Afrique subsaharienne, a été mise sur pied au Sénégal, même si elle reste encore méconnue du grand public

« Savoir l’état de la pollution et ses conséquences éventuelles sur la santé, est très important, et à mon avis les autorités devraient même nous renseigner via nos téléphones portables », ajoute M. Diop.

« A Dakar, la pollution est plus particulaire notamment les PM10 (particules fines contenues dans une matière comme la poussière) », indique, Jacques Dioh, expert en modélisation au CCQA.

En ce qui concerne l’origine potentielle de ces particules de poussière auxquelles sont exposés les Dakarois, M. Dioh qui s’exprimait lors d’un atelier sur le sujet, dénote l’effet des « vents en provenance du désert du Sahara, mais aussi la densité du trafic, les travaux des génie civil et l’ensablement des artères de la ville qui provoquent une suspension des particules ».

Entre 2010 et 2014, l’observation diurne de la pollution à Dakar, fait par le Centre fait ressortir une forte concentration de particules de poussière dans la matinée, à partir de 10 heures et qui commence à baisser vers 22 heures.

Pics de pollution

Aux heures de pointe marquées par une forte concentration d’activités humaines, on constate aussi une évolution des polluants comme le PM 2,5, issu quant à lui du transport et de l’activité industrielle.

Mais contrairement au PM10, les polluants gazeux dépassent rarement la norme adoptée par le Sénégal.

Dakar, avec sa démographie galopante (la population est aujourd’hui estimé à 2,9 millions d’habitants, sur les 13 millions que compte le Sénégal) présente en outre une pollution marquée par la saisonnalité.

« De 2010 à 2014, on a constaté une saisonnalité de la pollution de l’air, avec une faible concentration de polluants durant la saison des pluies et une hausse en saison sèche », renseigne aussi, M. Dioh qui précise qu’en saison des pluies la concentration de polluants est moins forte grâce au phénomène de « lessivage » des particules.

Les pics de pollution sont souvent constatés entre janvier et mai, période où Dakar présente une qualité d’air moyenne, voire mauvaise à très mauvaise. Telle fut le cas dans la journée du 27 février 2015, où l’alerte est passée au rouge. Mais personne dans la capitale sénégalaise, en dehors des experts, n’en a entendu parler.

Selon un rapport dénommé « Clean Air and Healthy Lungs » publié en février 2015 par la Banque mondiale, la ville de Dakar atteint chaque année en moyenne 180 microgrammes par m3 de PM10. Dépassant largement la norme sénégalaise de 80 microgrammes et celle (20 microgrammes) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« La qualité de l’air a été bonne pour 51% du temps, elle a été moyenne pour 38%, mauvaise pour 8% et très mauvaise pour 3% » lit -on dans le dernier rapport annuel du CGQA qui date de de 2013.

Au Sénégal, les maladies respiratoires constituent le second motif de consultations après le paludisme, d’après le ministère sénégalais de la Santé. Même si beaucoup constatent le peu d’études approfondies sur le lien entre pollution atmosphérique et l’aggravation des maladies respiratoires, diverses conséquences des polluants sur la santé sont identifiées par le CGQA.

Particules dangereuses

Pneumologue à l’hôpital de Fann à Dakar, le Docteur Nafissatou Touré, souligne principalement la dangerosité des particules ultrafines notamment le « PM 2,5 » qui ont des effets à long et à court terme.

D’après son constat ces particules dites PM 2,5 qu’elle juge plus dangereuses pour la santé « provoquent l’asthme, des irritations cutanées, des bronchites chroniques entre autres ».

« A long terme les effets diffèrent avec l’âge : chez l’adulte ce sont les pathologies cardiovasculaires, chez l’enfant ils peuvent être à l’origine de l’incidence des crises d’asthme », précise la pneumologue lors d’un atelier dans les locaux du CGQA, auquel un journaliste d’Ouestafnews a assisté, durant le mois d’octobre 2015.

« Les fractions de particules déposées dans l’appareil respiratoire, crée une réduction de la fonction respiratoire et augmentent le risque de mortalité par maladie cardiovasculaire », lit-on par ailleurs dans une étude réalisée en 2011 par le laboratoire de toxicologie de la Faculté de Médecine de l’Université de Dakar.

Cette même étude a aussi permis de déceler une forte prévalence du rhume et des bronchites chez les commerçants de Sandaga, un marché du centre ville de Dakar, point de convergence d’une forte activité humaine et d’un trafic automobile très dense.

Au Sénégal, on a constaté ces dernières années une forte prévalence des maladies cardiovasculaires, classées première cause de mortalité à l’heure actuelle dans le pays. Il est néanmoins difficile en l’absence d’études de fond de bien situer le problème et de déterminer éventuellement la part induite par la pollution atmosphérique.

Pourtant, au lendemain du pic du 27 février 2015, journée marquée par une « très mauvaise » qualité de l’air, le centre de pneumologie de l’hôpital Fann de Dakar a enregistré une forte augmentation des consultations liées à l’asthme.

Les chiffres de l’hécatombe

« Les effets de la pollution atmosphérique sur la santé sont complexes car les personnes sont soumises à des expositions multiples et variées (…) Si l’on connaît l’action à court terme des fortes doses de polluants pris isolément, on connaît mal les effets à long terme et les effets des associations de polluants », affirme le toxicologue Denis Diemé, dans sa thèse de doctorat sur les polluants particulaires à Dakar, soutenue en 2013.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2012, la pollution atmosphérique a causé la mort de 3,7 millions de personnes dans le monde. En outre précise la même source, 88% de ces décès dus aux effets sévères et chroniques de la pollution de l’air ont eu lieu dans les pays en développement.

Pour ce qui est de l’Afrique le Programme des Nations-unies pour l’Environnement (PNUE) dans des chiffres transmis à Ouestafnews révèle que les effets de la pollution de l’air sont à la base de 800.000 décès prématurés sur le continent africain.

Comme constatée plus haut la méconnaissance de la mission et des activités du Centre figure au rang des nombreux défis. En réponse à nos interpellations, la directrice du CGQA, affirment que « beaucoup de supports de communication sont en cours d’élaboration ».

Un projet communicationnel qui selon elle passera aussi par la tenue « d’ateliers de partages et d’échanges, prévues en fin 2015 et en 2016, ainsi que des campagnes de sensibilisation, notamment dans les écoles ».

Toujours dans le dessein d’une meilleure visibilité il est aussi prévu, l’acquisition de panneaux d’affichage électronique qui seront placés dans les rues de la capitale pour alerter sur l’état de l’air.

Momar Niang
Article publié dans le cadre du CSEINDIA Media Fellowship
 

Dimanche 1 Novembre 2015
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