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Sénégal : guéguerres entre l’Etat et les opérateurs télécoms

Ouestafnews – La manne financière qu'engendre annuellement le secteur des télécommunications au Sénégal ne cesse d’aiguiser les appétits du gouvernement, souvent engagé dans des bras de fer, voire des contentieux avec les opérateurs d’un marché en plein boom.


A la tête de ce front gouvernemental pour un plus grand contrôle des retombées financières du secteur des télécoms, le président Abdoulaye Wade en personne, mais dont les décisions et annonces souvent subites et parfois contradictoires révèlent un manque de vision claire et une absence de stratégie de la part du gouvernement dans un domaine dont le potentiel est encore loin d’être exploité, selon plusieurs experts.

Dernière illustration de cette volonté gouvernementale de se frotter aux entreprises de télécommunications, la décision annoncée le 20 octobre 2011 de soumettre au parlement un projet de loi qui fixera désormais « la part de l’Etat à au moins 35% dans le capital de toutes les sociétés opérant dans le pays ». Une annonce qui reste moins polémique que les précédentes mais qui n’en suscite pas moins des réactions hostiles de la part de certaines franges de l’opinion.

Pour le président sénégalais « la licence d’exploitation d’un réseau de télécommunications, concédée à un moment donné de l’évolution de notre pays, entraine d’énormes bénéfices en faveur de l’exploitant », explique-t-il dans un communiqué du gouvernement.

Cette annonce survient alors que ne s’est pas encore dissipé le grand tollé suscité par l’intention du gouvernement de contrôler et de surtaxer les « appels entrants ». Cette initiative gouvernementale a suscité une réaction vigoureuse de la Société nationale de télécommunications du Sénégal (Sonatel) l’ancienne société publique aujourd’hui privatisée, qui s’y oppose vigoureusement.

Plus grande société du Sénégal en termes de chiffres d’affaires(562 milliards en 2009, et 312 milliards rien qu’au premier semestre 2011) la Sonatel est tombée entre les mains de France Télécom, qui de partenaire stratégique au moment de la privatisation a su bien manœuvrer pour en devenir très vite l’actionnaire principal.

« L’Etat ne voit pas sa part des revenus générés évoluer, malgré la croissance économique générale et l’augmentation rapide du nombre d’abonnés au téléphone », déplore le gouvernement dans son communiqué annonçant son intention de mieux se repositionner dans le secteur par une entrée dans le capital de toutes les entreprises de télécoms aujourd’hui au nombre de 3 dans le pays. A la Sonatel se sont ajoutées la soudanaise Sudatel qui vend les produits Expresso et la multinationale Millicom International Cellular propriétaire de la marque Tigo.

Les annonces de l’Etat, pour pertinentes qu’elles soient pour certains adeptes du « patriotisme économique », passent mal aux yeux de l’opinion publique, en raison des nombreux scandales et cas de corruption signalés au sein du gouvernement. Par ailleurs, les critiques ne manquent pas contre les « décisions intempestives » du gouvernement, qui relèvent selon certains observateurs d’un manque de vision.

« Cette énième gesticulation du chef de l’Etat est encore la preuve d’une absence totale de vision quant à la gestion du pays car, si c’est seulement maintenant qu’il se rend compte que la concession d’une licence d’exploitation d’un réseau de télécommunications entraine d’énormes bénéfices, bon réveil, monsieur le président », a ainsi commenté sur un ton railleurs le journal privé Sud quotidien.

Selon l’économiste Moubarack Lô, cité par le « L’observateur » (privé), une telle décision ne sied pas, l’essentiel pour le gouvernement étant de « négocier une renationalisation des infrastructures de télécoms, plutôt que de s’engager dans la voie d’entrer dans le capital des sociétés ».

Engagée dans une campagne médiatique acharnée et soutenue par des moyens financiers colossaux, la Sonatel ne laisse aucun répit à l’Etat, allant même parfois jusqu’à manipuler l’opinion publique en sa faveur, en usant de la fibre « consumériste ».

« L’Etat nous dit de facturer à 140 FCFA l’appel international fixe qui était de 64 FCFA et de lui donner les 76. Idem pour les portables, il veut qu’on les taxe à 141 FCFA et qu’on lui donne les 40 francs », expliquait le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la Sonatel, Mohamed Aidara Diop cité dans un article sur Internet daté du 25 août 2011. Selon le syndicaliste, rallié à la direction de son entreprise, « l’Etat veut 150 % », alors que le trafic international connaît une baisse depuis deux ans.

Ces derniers soubresauts dans le secteur des télécoms sénégalais ne sont pas sans rappeler le vieux contentieux avec Millicom International (Tigo), lorsque l’Etat avait dénoncé en 2008 les conditions d’obtention de la licence de cette dernière société.

Millicom, deuxième opérateur à être entré dans le pays et qui ne dispose que d’une licence de téléphonie mobile, avait failli fermer suite à une décision du président sénégalais qui reprochait à cette compagnie d’exploiter « une licence de télécommunications, aux termes d'une concession en date du 3 juillet 1998 sans en avoir payé le prix, encore appelé droit d'entrée ».

Millicom avait acheté sa licence en 1998 à 100.000 dollars (47 millions FCFA au taux d’aujourd’hui) sous le régime du président socialiste Abdou Diouf. Mais selon la société, à l’époque où elle acquérait cette licence, les pratiques actuelles n’étaient pas en cours et on était loin des « licences » vendues à coup de plusieurs millions de dollars.

Le gouvernement avait sommé l’entreprise qui exploite la marque Tigo dans le pays, de verser 100 milliards de FCFA à l’Etat au risque de voir sa licence lui être retirée. Ce que l’entreprise américaine refusa catégoriquement proposant à la place une renégociation du contrat. Dans cette affaire qui était allé devant les centres d’arbitrage internationaux, l’Etat n’a pu obtenir gain de cause et il s’était au contraire attiré les foudres de certains membres du congrès américain, qui accusaient l’entourage présidentiel de corruption.

En 2009 une autre annonce du président Wade concernant le capital de la Sonatel avait fait grand bruit lorsqu’il a voulu céder plus de 9 % des parts de l’Etat (26,87% au total) au sein de Sonatel à France Telecom, ce qui allait faire de ce dernier, déjà détenteur de 42 %, l’actionnaire majoritaire. Devant la forte levée de boucliers des travailleurs de l’entreprise qui affirmaient craindre pour leurs emplois et étaient soutenus par plusieurs couches de la société sénégalaise. Le président Wade s’était ravisé et avait enterré sa décision.

En dépit de ces turbulences notées sur le marché, on annonce depuis plusieurs mois l’arrivée possible d’un 4ème opérateur dans le pays.

A l’instar du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun, le Sénégal figure parmi les pays où une forte augmentation des abonnements au téléphone mobile est attendue. Pyramid Research, une entreprise basée aux Etats-Unis et spécialisée dans les nouvelles Technologies de l’information et de la communication (TIC), souligne dans un rapport publié en 2011 que le taux de pénétration du mobile passera au Sénégal de 65% à 93% en 2016.

Mardi 25 Octobre 2011
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