Vendredi 1 Août 2014







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Un économiste togolais réclame le retour en Afrique de l’ouest de 3.000 milliards de FCFA de la BCEAO logés au trésor français (Exclusif)

Cliquez ici pour voir un extrait de l’entretien en vidéo

Ouestafnews –Kako Nubukpo est un économiste togolais, agrégé des Universités et un ex- fonctionnaire de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Aujourd’hui consultant auprès de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), il nous a accordé un entretien dans lequel il dresse un bilan mitigé de cette institution sous régionale qui, en quinze ans, a réalisé très peu, se contentant surtout de gérer de grands équilibres macro-économiques au détriment de l’amélioration des conditions de vie des citoyens.


Un économiste togolais réclame le retour en Afrique de l’ouest de 3.000 milliards de FCFA de la BCEAO logés au trésor français (Exclusif)
Dans le même entretien le Pr Kako Nubukpo revenant sur une question dont la BCEAO ne veut pas entendre parler réclame le retour en Afrique de quelque 3.000 milliards FCFA de la Banque centrale logés au trésor français et qui auraient pu servir au développement des pays de la sous-région ouest africaine membres de l’Uemoa.

Ci-dessous l’intégralité de l’entretien que l’agrégé d‘économie, qui ne mâche pas ses mots, a accordé à Ouestafnews

Cliquez ici pour voir un extrait de l’entretien en vidéo

Ouestafnews – En tant qu’économiste, quel est votre regard sur les progrès réalisés, après 15 ans, en matière d’intégration économique sous régionale, dans la zone Uemoa ?

Pr Nubukpo - C’est comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide (…).Au plan formel il est indéniable qu’il y a eu des progrès, notamment du point de vue des institutions sous régionales, du point de vue même de la cohésion au niveau des décideurs. Le mécanisme de surveillance multilatérale, le mécanisme de surveillance par les pairs, constituent des progrès indéniables. Mais concrètement par rapport à ce que vit le citoyen de l’Uemoa, force est de reconnaitre que nous n’avons pas avancé. La pauvreté continue d’augmenter, on voit bien que le coût de la vie augmente dans l’Union, on voit bien qu’on ne peut pas circuler librement en dépit des textes qui disent qu’il y a une liberté de circulation et au plan de ce que moi j’appellerai la gouvernance macro économique de la zone il y’a de sérieux problèmes. Nous avons une monnaie qui est extrêmement forte parce qu’elle est rattachée à l’Euro et l’Euro à fait à peu prés 1,40 dollar. Nous ne pouvons pas exporter parce que nous exportons en dollar et nos intrants sont importés en euro. Donc nos hommes d’affaires, nos agriculteurs nos commerçants ont beaucoup de mal à être compétitifs à l’export… en quelque sorte, les gens en parlent, les institutions progressent mais le citoyen lambda de l’Union ne voit pas encore le fruit de l’intégration.

Ouestafnews - Du point de vue de l’analyse économique ou se situe le blocage ? Pourquoi le citoyen justement ne voit pas ce fruit ?

Pr Nubukpo - Il y’a ce que j’appelle l’aliénation intellectuelle et l’extraversion économique. Je commence par le 2ème point, l’extraversion économique. Nos états n’ont pas été conçus pour être viables en eux même. Ce sont des produits de la colonisation, de la conférence de Berlin. Nos économies sont faites pour alimenter les métropoles à bas coût, nos produits sont des produits de rente qui ne sont pas transformés. Après l’indépendance nos responsables politiques n’ont pas eu le courage de changer la donne. Ils se sont complus dans cette logique qu’on appelle l’économie de traite et aujourd’hui on voit les limites de cette économie de traite, puisqu’on ne crée pas de valeur ajoutée. Les coûts mondiaux des matières premières se sont retournés, on voit bien qu’il n’y a pas d’emplois pour nos jeunes qui sont obligés de migrer (…) Cette extraversion veut dire simplement que notre logique de fonctionnement est conçue pour l’extérieur et pas pour le développement des populations.

Ouestafnews - Ce genre de discours, on l’entendait il y’a 10, 15, voire 20 ans en arrière et aujourd’hui vous le reprenez dans un contexte dit de « mondialisation » - peut-on, à un moment où on parle de « mondialisation » vraiment parler d’économie « extravertie » ou d’économie « repliée » sur un pays ?

Pr Nubukpo - Oui, vous avez raison et c’est le deuxième point sur lequel je voulais revenir, et c’est l’aliénation intellectuelle. Notre modèle de penser, nos schèmes ne sont pas des schèmes endogènes. Ils sont produits par l’extérieur. Ce qui est intéressant dans le phénomène de globalisation c’est ce que chaque peuple peut apporter en terme d’originalité et sur ce plan nous avons beaucoup de travail à faire. Vous avez raison de dire que la problématique de l’extraversion est une vieille problématique, mais elle est aujourd’hui d’actualité. Pourquoi ? Parce que la crise nous a montré que même les dirigeants occidentaux qui utilisent des modèles conçus par leurs intellectuels n’hésitent pas à changer ces modèles. Ils sont pragmatiques. Ils sont beaucoup plus pragmatiques que nos dirigeants africains qui se contentent de recopier à l’identique les décisions du FMI (Fond monétaire international) et les injonctions de la Banque mondiale et qui se refusent à avoir une pensée endogène. Ma vision des choses c’est que nous ne pouvons réussir dans la globalisation que si nous sommes authentiques, si nous apportons quelques chose qui provient de nous, de notre culture, de notre vision du monde, de la manière dont nous voulons être avec les autres .

Ouestafnews - Mais vous savez que la plupart de nos Etats ont aujourd’hui les mains quelques peu liées à partir de tous ces programmes conçus avec ce qu’on appelle « le consensus de Washington ». Alors sur quels leviers peuvent s’appuyer nos dirigeants pour changer les choses, c’est un peu la question piège, non ?

Pr Nubukpo - Vous avez tout à fait raison. On est en un moment où il faut changer de paradigme, changer de façon de penser, mais on ne peut changer de façon de penser que si nous avons un leadership digne de ce nom et pour moi ce qui est important dans ce leadership c’est sa légitimité. Que ce leadership soit politique, social, religieux ou autre il faut que le leader soit légitime. Si vous avez un homme politique qui trainent des casseroles, il ne peut pas avoir de légitimité quand il s’exprime avec ses confrères occidentaux lorsque vous avez des intellectuelles qui n’ont aucune connaissance de leur société, de leurs économies ils ne peuvent rien apporter dans le concert de la pensée. Donc ce sur quoi nous devons travailler, c’est le renforcement de la légitimité de nos porte-parole (…) Si nous avons des dirigeants légitimes et si prenons conscience que la diaspora est une force importante et que nous travaillons dans le renforcement de la solidarité à la fois des Africains qui sont en Afrique et ceux qui ne sont pas en Afrique et que travaillons également pour que nos gouvernants puissent se parler et qu’on renforce la gouvernance, je pense que petit à petit nous infléchirons la marche des choses.


Ouestafnews – Pour en revenir à l’Uemoa qui célèbre ses quinze ans, y a t-il a des leviers sur lesquels on peut s’appuyer pour justement prendre en compte ses dimensions de bonne gouvernance ?

Pr Nubukpo - Par rapport à l’Uemoa ce que je voudrais mettre en évidence c’est l’importance de la cohérence de nos politiques publiques. Vous savez, nous ne transformons rien. Je prends l’exemple du coton. Nous ne transformons que moins de 3% de notre coton et nous avons une monnaie forte le franc CFA, qui nous empêche d’être compétitif à l’export. Donc la première question c’est : est ce que nous pouvons continuer l’insertion primaire des économies de l’Uemoa au sein du commerce international avec un régime de change qui est en total contradiction avec la volonté d’être compétitif à l’export ?

Donc ce qu’on peut attendre d’une institution comme l’Uemoa ou d’autres institutions similaires, c’est de travailler sur la cohérence des politiques publiques qu’elles veulent mettre en œuvre. En plus je pense qu’il est important de rendre compte. Parce que ces instituions ne sont que des produits de la volonté populaire, il s’agit de délégations de souveraineté. Elles doivent être normalement sujettes non seulement au contrôle politique ou de gestion mais au contrôle social. (…) je crois que si on travaille la question de la cohérence des politiques publiques, et celle de l’obligation de rendre compte, ce sera déjà un premier pas pour qu’on puisse savoir ce qui se fait au sein de ces institutions qui sont quand même il faut le reconnaitre assez opaques du point de vue de leur fonctionnement interne.

Ouestafnews – Lors d’un débat à l’occasion de ce 15ème anniversaire, vous avez mentionné la Banque Centrale et vous avez évoqué la question de ses réserves à l’extérieur, notamment en France. Pouvez vous nous expliquer davantage ce mécanisme et en quoi il plombe la relance de nos économies comme vous le défendez ?

Pr Nubukpo - Oui ce qu’il faut savoir c’est il y’a ce qu’on appelle les « conventions du compte d’opération » qui organise la gestion du franc CFA. Pour être simple lorsque la Banque centrale émet du franc CFA il faut qu’elle ait des devises, qui sont logées auprès du trésor français et la convention dit : lorsque vous émettez 1 franc CFA vous devez avoir 0,2 franc CFA sous Sous sorme de devise auprès du trésor français, soit 20% de taux couverture de l’émission monétaire. Aujourd’hui nous sommes à plus de 110 % de couverture de cette émission monétaire! C'est-à-dire que quand nous émettons un franc CFA nous avons plus de 1 franc CFA sous forme de devises logés au trésor français à Paris. La question est de savoir si entre les 20% de couverture qui sont exigés pour que la France garantisse la parité fixe entre le CFA et l’euro et les 110 % de couverture qui sont effectifs à l’heure actuelle, s’il n’y a pas moyen de mobiliser une partie de ces ressources pour financer la croissance de nos économies qui en manque cruellement.

Ouestafnews – De quels montants parle-t-on? de milliards, de dizaines ou de centaines de milliards?

Nubukpo - Il y a plus 3.000 milliards de franc CFA à l’heure actuelle rien que provenant de la zone Uemao et la zone CEMAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) n’est pas loin d’en avoir le double, parce que c’est une zone productrice et exportatrice de pétrole. Donc si on accumule les réserves de change des deux Banques centrales de la zone franc, on n’est pas loin de 8.000 milliards de franc CFA qui ne servent finalement qu’à garantir la parité fixe. La question qu’on est en droit de se poser est de savoir si nous privilégions une croissance quitte a avoir un peu d’inflation dans nos zones ou si nous voulons simplement défendre le taux de change et en nous glorifiant d’être une zone de faible inflation ? Toute ceci en sachant en plus que cette inflation n’est pas d’origine monétaire, c’est une inflation importée. Ce sont les chocs pétrolier, les aléas climatiques donc la question c’est à quoi servent les banques centrales de la zone francs ?

Ouestafnews - Vous remettez en cause le modèle ou en tout cas le choix de la régulation, alors qu’on sait que pendant les quinze dernières années ça a été l’ossature de la politique, le cœur, voir l’âme de la politique de l’Uemoa : baisse de l’inflation et contrôle des déficits budgétaires....

Est ce qu’un économiste raisonnable peut remettre en cause ces questions choses là sans remettre en question les équilibres ? Jusque là on nous a convaincu que l’équilibre de nos économies repose sur ses deux paramètres ou en tout cas ces deux paramètres font partie des fondements auxquels il ne faut pas toucher.

Pr Nubukpo - Tout à fait. Je voudrais être clair je ne fais l’apologie de la mauvaise gestion ou du laxisme en matière de gestion économique. Je dis simplement que nous devons être pragmatiques. La variable aujourd’hui qui manque le plus dans nos économies, c’est le crédit et toutes les études sur le financement de notre zone montrent que il y a rationnement du crédit. Donc la Banque centrale doit jouer son rôle pour alimenter nos économies en liquidité et c’est très important.

Elle doit également jouer son rôle pour une bonne fluidité des impulsions monétaires, voir comment le secteur bancaire se comporte et elle est d’autant plus obligée de jouer ce rôle qu’elle a promu la libéralisation financière en 1989. Ce que je dis simplement c’est que nous devons avoir du crédit pour obtenir la croissance et la croissance va générer les recettes d’exportation des devises qui vont nous promettre de garantir notre parité. Il n’est pas normal que les économies les plus faibles du monde aient la monnaie la plus forte du monde. La monnaie doit refléter un tant soit peu la qualité de la production d’une économie, la monnaie ne peut pas être déconnectée du secteur réel de nos économies. C’est comme si on voulait vivre au dessus de nos moyens sans accepter d’en payer le prix.

Jeudi 14 Janvier 2010
Ouestaf News
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