Ouestaf.com, Premier site sous-régional d'information en Afrique de l'ouest
Votre avis sur...
 GAYE Abdoukhadir djily
Samedi 19 Février 2011

Notez
L'université de l'informel, défi des générations futures. [06/05 12:15PM]

L’université de «L’informel», ou le défi des générations futures.

Le secteur informel considéré comme étant une classe capable de jouer un rôle capital dans l’évolution vers la démocratie et l’économie de marché est un acteur majeur dans l’emploi et l’obtention de revenus pour une grande majorité de la population Sénégalaise dot le taux d’analphabètes atteint 59,2% de la population totale[1] Les premiers signes d’une «informalisation» apparaissent durant les années cinquante avec les fortes migrations notées dans les pays du tiers monde.

Ainsi le départ des villageois des campagnes vers les centres urbains est la première étape de cette «informalisation». Dès le départ apparait une distinction entre le secteur traditionnel, dont la caractéristique essentielle est le sous emploi d’une main d’œuvre excédentaire, et le secteur moderne marqué par le capitalisme urbain.[2]

En fait pour les tenants de la théorie de la modernisation, les campagnards arrivés dans les centres urbains seront, tôt ou tard, intégrés au secteur capitalistique moderne. Leur position à leur arrivée pouvant être considérée comme une phase de transition entre un secteur non capitaliste et rural et une prolétarisation [3]

Cette théorie est sensiblement la même que celle des marxistes qui affirment que l’afflux des ruraux constitue une «armée industrielle de réserve» qui finira par être absorbée par le «secteur formel» afin de fournir des ouvriers salariés à l’industrie [4]. Au cours des années soixante, les économistes réunis au sein de la commission économique pour l’Amérique Latine concluent que la majorité des nouveaux arrivants dans les centres urbains n’adhèrent pas au modèle du salariat moderne.

La phase d’incorporation dans le secteur formel, contrairement aux attentes est très longue et se définit comme étant marginale. Oscar Lewis anthropologue reprend cette idée de la marginalisation dans les «enfants de Sanchez – 1961-, expliquant que celle-ci qui se devait d’être transitoire, sera en fait à l’origine d’une culture de la pauvreté héréditaire.[5].La notion de chômage déguisé, concept englobant l’ensemble des petits commerces, artisans et petites exploitations familiales ou sociétaires est introduite par Gaspard Muheme. L’ensemble ainsi constitué devient un moyen d’existence qui se caractérise par une pluriactivité et un métayage urbain. [6]

Définition de l’informel

Le secteur informel se définit comme étant l’ensemble des activités économiques légales qui échappent à toute législation en vigueur. Il regroupe les petites activités d’entreprises rémunératrices, souvent individuelles ou familiales, et se caractérise par l’in obéissance au cadre fiscal et juridique étatique, l’absence d’une comptabilité tenue, de salaires déclarés… Les données les plus récentes sur les entreprises du secteur informel publiées par le BIT se basent sur des informations en provenance de 54 pays dont la plupart utilisent une définition propre pour le secteur informel.
Cette définition propre est considérée par le B.I.T. comme n’étant pas conforme à la définition adoptée par la quinzième CIST (Conférence internationale Sur le Travail) et au système de comptabilité nationale de 1993. De ces 54 paysans 21 utilisent le critère de l’absence d’enregistrement de l’entreprise informelle, soit seul, soit combiné avec d’autres critères tels que la taille modeste, ou la localisation du lieu de travail, tandis que 33 autres pays utilisent le critère de la taille modeste soit seul, soit combiné avec l’absence d’enregistrement ou la localisation du lieu de travail. Le secteur informel, tel que défini, couvre tous les secteurs économiques primaires, secondaires et tertiaires. Il comprend les marchands ambulants, les marchands sur étalages, les artisans tels que les réparateurs d’outils ménagers, menuisiers, les maçons, les mécaniciens, forgerons, soudeurs, cordonniers, tontines, employés de maison…..[7]

Selon le Bureau International du Travail (B.I.T), sept critères ont été retenus pour caractériser le travail dans le secteur informel:

Ø La facilité d’accès aux activités
Ø L’utilisation des ressources locales
Ø La propriété familiale des entreprises
Ø L’échelle restreinte des opérations
Ø L’utilisation des techniques simples et le nombre réduit de travailleurs
Ø Des qualifications qui s’acquièrent en dehors du système scolaire officiel.
Ø Des marchés échappant à tout règlement et ouverts à la concurrence.

Les études effectuées par la suite clarifient les conditions d’appartenance au secteur informel. Elles définissent 8 conditions nécessaires d’appartenance au secteur informel.

Ø L’emploi de 10 personnes au plus par entreprise
Ø La non application des règles légales et administratives
Ø L’emploi d’aides familiales
Ø L’absence d’horaire ou de jours fixes de travail
Ø L’absence des crédits institutionnels
Ø Une formation scolaire des travailleurs inférieure à six (6) ans
Ø Dans certains cas l’absence d’énergie mécanique et électrique
Ø Le caractère ambulant ou semi permanent de l’activité (mobilité sociale)


Le secteur informel au Sénégal

Le secteur informel à Dakar selon les données recueillies a produit 552, 4 milliards de FCFA de biens et services avec une valeur ajoutée estimée à 380,9 milliards de FCFA. En données relatives, cela représente 11,4 % du PIB. Ce chiffre montre l’importance du secteur informel sur la ville de Dakar qui compte quasiment le même nombre de ménages. Ainsi, il apparait que chaque ménage tire une grosse partie de ses revenus de la production informelle.

Benchmark université du Coton et Université de l’informel

La genèse de l’université du coton doit être recherchée dans la prise de conscience de certains pays africains de la nécessité de se former et de disposer des différentes connaissances afin de comprendre les règles de négociation internationales, et de pouvoir enfin faire entendre leurs voix à l’organisation mondiale du commerce.
L’université du coton, conformément à la volonté des différents acteurs concernés se veut un outil stratégique au service de la direction des organisations professionnelles et de ses partenaires. Cette université constituerait un « lieu emblématique » fondé sur la volonté de croire en une économie de la connaissance, en un capital intellectuel devenu un élément concurrentiel déterminant et créateur de valeur. Elle se veut également un outil d’animation au service du renforcement d’une culture et d’un accompagnement d’un changement organisationnel et managérial mais aussi un espace d’éducation et d’économie appliquée où l’on crée et partage du savoir autour des vrais enjeux stratégiques de la filière coton. Enfin, elle permettrait de poser les bases d’un laboratoire d’expériences, d’une cellule de recherche et de développement.
L’université de l’informel sera un outil de formation, d’animation et d’accompagnement des acteurs afin d’appréhender les différents marchés, les modes de fonctionnement et les moyens de construire une unité performante.

L’Université du Coton doit, pour ce faire, inciter les organisations professionnelles et leurs partenaires à instaurer de nouvelles manières de penser et d’agir et permettre d’élaborer des réponses collectives afin d’accroître la performance économique et sociale de la filière.

L’université de l’informel quant à elle sera un moyen de réunir l’ensemble des organisations professionnelles de la sous région afin d’accroître la capacité de négociation globale des acteurs et de leur donner une puissance économique et une représentativité dans les grades décisions des différents états. Elle sera un moyen d’éclaircir les différentes positions et de mener les combats utiles au sein des organisations internationales en général et de l’OMC en en particulier pour la défense des intérêts nationaux, sujet sur lequel les gouvernements ont abandonné le combat à Genève par manque de moyens humains. La représentativité des pays Africains à L’OMC est très faible voire inexistante dans la plupart des cas. L’ambassadeur du pays en question devant participer à l’intégralité des réunions dans les différentes institutions. L’impossibilité pour ces ambassadeurs d’être disponibles dans toutes les instances, les obligeant à prioriser. L‘intérêt de l’OMC résidant dans son mode de fonctionnement interne donnant à chaque état le même pouvoir de blocage, les pays pauvres sont souvent absents dans les grandes décisions par faute de représentativité.

L’université du coton doit également contribuer à structurer la filière dans les rapports qu’entretiennent les organisations professionnelles et les sociétés cotonnières, en diffusant des pistes de réflexion communes. Elle servira de repère dans un environnement très incertain en étant un outil efficace de rassemblement et de cohésion.

L’université de l’informel participera à la mise en place de structures décisionnelles renforçant la capacité de négociation dans les arbitrages nationaux et dans les relations avec les fournisseurs pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens. L’Université du coton parviendra à toutes ces fins énoncées en développant les compétences des élus et des permanents et en capitalisant sur leurs connaissances respectives. Elle sera une véritable plateforme, lieu de convergence de multiples activités, au service des différents acteurs de la filière. L’Université du coton comprendra un cursus global de développement de compétences managériales et de connaissances des enjeux de la filière agricole dans les domaines économique, stratégique, organisationnelle et technique. Ce cursus global sera destiné aux leaders et collaborateurs permanents des organisations professionnelles, aux dirigeants et collaborateurs des sociétés cotonnières et pourrait être élargi aux autres acteurs de la filière agricole. Il s’agira d’un cursus global ayant pour finalité d’approfondir, à travers le prisme du management, la réflexion sur l’environnement de la filière coton et des différents métiers qui la composent et de renforcer la « culture » de la filière coton par le partage de pratiques et d’approches managériales communes.

L’université de l’informel sera un véritable laboratoire d’échanges et de créations permettant de développer les compétences des acteurs. Elle sera aussi un laboratoire d’expérimentation et de tests sur les produits, les politiques commerciales à mettre en place, les stratégies de distribution à adopter ainsi que les moyens de communication à mettre e œuvre pour un marketing informel optimisé et en phase avec les réalités du pays et de la région.

Pour être efficace et fonctionnelle, l’Université du coton s’appuiera au plus haut niveau sur les institutions et les organisations existantes. Elle doit être perçue comme une émanation de la volonté de tous les acteurs de la filière, afin de se l’approprier. Cette volonté présente dès la création se poursuivra dans le temps avec la même implication.
L’université de l’informel devra s’appuyer sur les institutions existantes et les différentes associations de commerçants, importateurs, exportateurs,… Elle devra être un lieu de création, de réflexion et de sensibilisation sur les grandes règles de fonctionnement de l’économie en général et de la micro entreprise en particulier.
La mission de l’Université du coton se doit d’être clairement affichée et expliquée en tant que vecteur de l’évolution de la filière, et, à ce titre, être positionnée par rapport aux autres processus d’évolution (dispositifs actuels de formation et d’appui au développement). Ces points sont fondamentaux pour éviter toute impression d’incohérence, d’ingérence ou de redondance.

La mission de l’université de l’informel, qui au Sénégal capte 75,7% de la consommation des ménages, dont la valeur totale est 808 mds de FCFA (source agence nationale de la démographie et des statistiques du Sénégal), se doit d’être un vecteur de stabilisation et de maintien de la cohésion sociale et une marche vers une démocratie et un respect des institutions.

Ainsi, l’Université du coton est une université qui se mérite. Les participants doivent savoir que l’Université est une étape fondamentale de leur parcours d’initiation à la fonction de responsable. Ils doivent comprendre que le travail demandé par l’Université fait partie intégrante de leur mission et de leurs objectifs. L’importance des processus d’identification des participants, de leur sélection et du suivi des résultats de leur formation est donc primordiale. [8]

L’université de l’informel devra être une porte d’entrée pour les acteurs qui souhaitent un accompagnement dans leur stratégie d’indépendance économique. Elle devra être sous la tutelle des différentes nations qui vont s’impliquer dans ce processus et qui mettront à la disposition de cette universités les moyes matériels, humains et logistiques pour comprendre les règles du commerce mondial, les règles administratives et économiques de fonctionnement d’une micro entreprise.
Ainsi, il ne s’agira plus de s’agiter sur la présence des commerçants chinois à Dakar, ou dans n’importe quelle ville africaine, mais plutôt de mettre en place dans le cadre d’une politique économique claire, un ensemble de dispositifs de protection pour les nationaux dans un monde où les décisions stratégiques sont prises à une échelle internationale.

Les acteurs de l’informel, membres à part entière de la stabilité sociale doivent considérés comme un des piliers fondamentaux de la cohésion sociale. La mise en place d’une politique prenant en compte leurs droits dans calcul politicien permettra une amélioration de la rentabilité des petites unités informelles et des ressources fiscales, le tout dans une démarche d’anticipation et de stabilisation de la démocratie.[9]

[1] 1 De Soto, la révolution informelle dans le tiers monde, éditions l’autre sentier

[2] Bruno Lautier, l’économie informelle dans le tiers monde, collections repère

[3] Coquerie-Vidrovich, le défi urbain en Afrique

[4] Nicole Bousquet, La structure productive et commerciale dans les pays du tiers monde: secteur formel et informel: univers parallèles ou étroitement imbriqués. Université Laval, 2002

[5] Nicole Bousquet, La structure productive et commerciale dans les pays du tiers monde: secteur formel et informel: univers parallèles ou étroitement imbriqués. Université Laval, 2002

[6] Gaspard Muheme: Comprendre l’économie informelle, sociologie, économie et histoire de l’informel, 1996

[7] Conférence Internationale du Travail, 90ème session, 2002 rapport 6 travail décent et économie informelle

[8] AProCA / Hec Executive Education / Fondation Farm dh/jlr/jfg/edp – 6/02/2007 13


[9] Mémoire thèse HEC PARIS abdoukhadir djily Gaye, 3 MAI 2010: la démarche marketing appliquée au système informel, cas des vendeurs ambulants et grossistes au Sénégal