Je ne pouvais trouver meilleur sujet pour démarrer cet espace consacré aux médias et au TIC dans mon blog.
Il y a deux jours j'ai eu une très longue conversation téléphonique, très franche et fort enrichissante avec un collègue, mais aussi un partenaire et ami que je connais de longue date.



Depuis que je l'ai connu, bientôt une décennie, il s'occupe d'appui aux médias. Il l'a d'abord fait pour des programmes venus de l'extérieur en tant que consultant et aujourd'hui - c'est remarquable et c'est à saluer -  il le fait à la tête d'une structure qu'il a lui même mise en place avec d'autres ressortissants africains! Bravo, cher ami. 

Rien que pour cela cet ami mérite (en retour) tout l'appui des professionnels et des acteurs des médias pour lui faciliter la tâche. Ne serait ce qu'en engageant un dialogue constructif avec lui.Ce que j'ai essayé de faire.  

Le contenu de notre conversation : quelle formule pour appuyer les médias et surtout quelles positons les médias doivent-ils adopter face aux multiples offres d'appui, de partenariat, de collaboration, de dialogue.

Le débat n'est pas facile à trancher, mais il y a quelques positions de principe que les responsables des médias, les journalistes  doivent faire admettre à tous ceux qui leur proposent "appui", "dialogue" ou "partenariat".

Ceux qui me connaissent savent que je suis un défenseur acharné (voire même "obsessif" comme diraient ceux qui ne partagent pas mes points de vue, je le leur concède) de l'indépendance des médias et des journalistes.

Ma position : tout appui, tout partenariat et tout dialogue avec les médias doivent d'abord prendre en compte cette nécessité d'indépendance qui est le socle sans lequel aucune presse ni aucun journaliste ne peut prétendre à la crédibilité. Or nous parlons, écrivons et diffusons nos images à l'intention du public avec le grand espoir que nous sommes crédibles.

Oui, c'est difficile dans le contexte africain, comme me l'ont souvent rétorqué quelques  confrères et consœurs dans la sous région, au gré de mes déplacements à  Niamey, Cotonou, Abidjan, Lomé, Bamako, etc.

Certes c'est difficile. Mais ce n'est pas impossible.  C'est difficile si nous autres journalistes et responsables des médias ne savons pas mettre en avant ce besoin d'indépendance et de crédibilité dans les partenariats et les divers projets collaboratifs dans lesquels nous nous engageons ou auxquels certains "partenaires" veulent nous associer...

Ceux avec qui il m'arrive de débattre de ces questions dans des forums ou lors de discussions informelles savent avec quelle ardeur je défends cette position.

Ils nous faut savoir dire aux partenaires potentiels que notre indépendance et notre crédibilité sont nos seules richesses. Il serait risqué et hasardeux de les mettre sur la table de négociation. 

A mon avis, la meilleure façon d'appuyer les médias, c'est d'abord de bien contribuer à la formation des journalistes et ensuite de renforcer les structures des médias.

Comme je disais en rigolant à mon ami lors de la même conversation, ce n'est pas parce que nous contribuons à la construction d'un hôpital que nous souhaiterions être le premier à y être interné - ou même à y être interné tout court. Au contraire!

De même on n'appuie pas les médias juste pour en faire des organes d'auto-promotion, ou des organes de propagande à qui on demande de diffuser des articles "commandités" ou des publi-reportages déguisés. Beaucoup de journaux africains ont ainsi perdu leur crédibilité, en ayant manqué de vigilance sur ce point.  

Il faudrait - comme avec les hôpitaux - qu'on en arrive à faire accepter la même approche pour ce qui est de l'appui aux médias... On les soutient  parce qu'on reconnaît leur rôle, leur importance et leur utilité sociale. Le gain qu'on en tire doit être d'intérêt public.

On soutient les médias parce qu'on est convaincu qu'ils contribuent à l'émergence et à la consolidation de sociétés plus justes, plus démocratiques et plus transparentes.Toute autre approche pourrait frôler le mercantilisme. Pour cela les publicitaires sont là.

Mais pour faire passer ce message, faudrait-il encore que nous-mêmes les journalistes  et les responsables des médias en soyons convaincus. Allez, bon week-end.



Rédigé par H T S le Samedi 30 Janvier 2010 à 14:53 | Commentaires (2)


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Hamadou Tidiane SY, Fondateur de Ouestaf.com
Journaliste et Formateur
Actuellement élu "News and Knowledge Fellow" par Ashoka & Knight
Panafricaniste convaincu, il vous convie dans cet espace pour échanger sur le devenir du continent.