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Accès à l'eau : Joal porte sa croix

Ouestafnews - Assis en face d’un robinet public cadenassé, le pouce et l’index bloqués sur une perle de son chapelet, Gora Diop, gestionnaire d’une borne-fontaine commerciale, laisse couler son dépit. On est à Joal situé à 112 kilomètres au sud-ouest de Dakar.


Joal, une vue du pont menant à l'ïle de Fadiouth. Image: Ouestafnews
Joal, une vue du pont menant à l'ïle de Fadiouth. Image: Ouestafnews

«Le robinet est fermé parce que le débit est faible. Rien que pour remplir une bouteille de 20 litres, on y passe du temps. Et avec la quantité importante d’air qui sort en même temps que l’eau, le compteur tourne vite, renchérissant la facture payée chaque mois», soupire-t-il.

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De guère lasse, Gora Diop n’a trouvé d’autre solution que d’augmenter le prix de la bouteille de 20 litres tout comme la bassine. Jadis vendues à 25 francs, elles reviennent aujourd’hui aux ménages à 50 francs l’unité.
 
A quelques encablures, une autre borne fontaine est cadenassée. Le gérant est parti vaquer à d’autres occupations. Pour les ménages il ne reste souvent que les puits de Caritas (ONG chrétienne), perdus dans des champs qui se trouvent à des kilomètres des concessions.
 
Ainsi va la vie à Joal-Fadiouth, la population tout comme le besoin en eau ne cesse de croître.
 
Située au bout du réseau de distribution, la ville ne dispose que d’un château d’eau d’une capacité de 650 m3 par jour pour une population de 49 821 habitants.
 
Soit environ 13 litres d’eau par individu et par jour, en-dessous de la moyenne nationale estimée à 45 litres par jour et par personne.
 
Quand l’approvisionnement fait défaut, la ville natale de Léopold Sédar Senghor se tourne vers Mbour.
 
Entre les deux villes, le parcours est jalonné d’hôtels qui puisent à suffisance, avant que les derniers litres d’eau n’atteignent leur destination… en un mince filet.
 
« Parfois, pour faire  monter l’eau au château d’eau, on est obligé de fermer le tuyau d’approvisionnement pour la laisser passer directement par le bipasse, un tuyaux de déviation pour régler le débit d’eau utile », renseigne Pape Ngoumba Ndiaye, chef d’agence de la Société des eaux (SDE) à Joal-Fadiouth.
 
Faible pourcentage des branchements privés
 
A Joal, 300 familles bénéficient des branchements privés contre 800 à Fadiouth. Dès lors, les bornes fontaines constituent un des principaux lieux de rassemblement.
 
 «Pour bénéficier d’un branchement ordinaire, le client doit payer entre 113 000 et 135 000 F, selon la distance qui sépare la conduite de la concession. Ce qui n’est pas à la portée de tous les ménages», selon un technicien retrouvé à l’agence de la SDE.
 
A Cité Khorom, un quartier aux terres argileuses en bordure de mer, aucune maison n’est raccordée aux conduites qui traversent Santhie 2, le quartier d’en face. Les puits qui ont été creusés ne fournissent de l’eau que pour le linge et la vaisselle. Très salée, cette eau n’est même pas utilisée pour la toilette.
 
«Bénéficier de branchements ordinaires à Joal relève du parcours du combattant. Les procédures sont longues et coûteuses. Mon budget d’eau au quotidien est de 1 500 francs. Les pêcheurs qui restent longtemps en mer ont besoin jusqu’à 80 bouteilles de vingt litres qui leur reviennent à 100 francs chacune.

Quand, j’ai voulu bénéficier d’un branchement ordinaire, les techniciens de la SDE m’ont facturé le raccordement à 300 000 francs, alors que la conduite se trouve de l’autre côté de la route principale. Sans compter la caution de 14 100 francs. Depuis, je n’ose même plus en parler »,  s’indigne un habitant du quartier.
 
Venu de Côte d’Ivoire, Seydou Troaré s’active dans la commercialisation des peaux de bête. Depuis le mois d’août 2017, note-t-il, «la distribution de l’eau a baissé, alors que la population ne cesse d’augmenter. Joal est un port de pêche, donc un village qui attire. Seul un château d’eau ne suffit plus pour alimenter tout ce beau monde».
 
Depuis 20 ans qu’il vit à Joal, il a vu la cité grandir. Dans les quartiers Santhie 2 et Santhie 3 où cohabitent taudis et maisons de luxe, se concentre une forte communauté d’étrangers.
 
Dans ce cadre favorisant des logements spontanés, quelques rares concessions sont raccordées aux conduites d’eau qui longent les voies principales. Sur une trentaine de maisons visitées, seules sept sont branchées. Dans deux de ces maisons, l’eau ne coule plus d’ailleurs.
 
«La coupure date d’un an. On m’a amené une facture de plus de 25 000 francs. Une quantité que je n’ai jamais consommée. Il n’y a pas d’eau durant la journée et quand nous nous réveillons à des heures tardives c’est pour faire nos réserves. Donc d’où vient cette facture si chère ?», lance Maguette Niang, une sexagénaire.
 
Sa voisine Aminata renchérit. Cherchant en vain sa dernière facture comme preuve, elle laisse tomber «Je payais 7 000 à 9 000 francs. Et voilà que mes deux dernières factures sont montées à 15 000 francs. Comme seule explication des agents de la SDE, nous laissons ouverts nos robinets et que l’air qui en sort fait tourner rapidement le compteur».
 
D’ailleurs, auraient-ils envie de se raccorder que beaucoup de familles ne le pourraient pas. Les conduites passent loin des maisons et il faut payer des frais d’extension en plus de ce qu’il faut pour l’installation et la caution.  
 
Chez Ousmane Sarr, un émigré de retour qui a investi sa fortune dans une maison d’un étage, on ne retrouve aucune installation à plomberie. «J’ai passé tout mon séjour au Sénégal à chercher à accéder aux branchements sociaux, en vain. A la SDE, on m’a facturé pour plus de 400 000 francs», se plaint-il.
 
Aujourd’hui il compte déménager sa famille vers Gnarane Wolof où se trouve sa seconde demeure. «Là-bas, au moins on pourrait accéder à l’eau douce des puits », lâche-t-il.
 
Fadiouth, l’île sans eau
 
Quand on emprunte la passerelle qui mène vers l’ile de Fadiouth,  on retient l’image de ces maisons qui se présentent au loin dans un moutonnement harmonieux. En cette période de forte chaleur, la majorité des habitants ont vidé leur demeure aux cours étroites pour se réfugier sous les arbres géants des espaces publics.

Dans ce village principalement habités par des fonctionnaires, toutes les maisons ou presque sont raccordées au réseau de la SDE. Mais la fourniture d’eau n’est assurée que la nuit. Fadiouth est situé en bout de réseau comme Joal. La pression de l’eau y est aussi très faible.  

En  ce vendredi de septembre 2017, seul le quartier Nionguène, situé vers le bas de l’île, est approvisionné.
«Les quartiers situés à hauteur de l’église Sainte Maria n’ont de l’eau que vers 3 heures du matin. En plus de la faible pression, les coupures se sont accentuées. Durant la période du 16 au 22 août, aucune goutte d’eau n’a coulé des robinets.

Une situation qui a poussé certains à écourter leurs vacances», se désole Pierre Dioh, chef du village.
Quand on quitte Fadiouth puis Joal, le décor laisse cependant couler un maigre filet d’espoir. Sur l’axe Mbodjène-Mbour, des tuyaux de canalisation  sont alignés. Selon le chef d’agence de la SDE à Joal-Fadiouth, ils préfigurent la construction du prochain château d’eau de Mbodjène pour une capacité de 1500 m3.
 
«Cet ouvrage qui doit se réaliser sur deux ans permettra de compenser le déficit de la production dans la zone », renseigne-t-il, optimiste. En attendant, les populations restent sceptiques.
 
MCS/mn/ad

Lundi 27 Novembre 2017
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