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Crise au Togo : comment sortir de l'impasse ?

Ouestafnews – Le 05 octobre 2017, l'opposition togolaise est une nouvelle fois descendue dans les rues pour manifester sa « colère » contre le régime du président Faure Gnassingbé. Une énième manifestation qui laisse le pouvoir et l'opposition en chiens de faïence sans vraiment annoncer une issue à la crise politique aigüe que traverse à nouveau le pays.


 
La manifestation de ce 5 octobre avait aussi quelque part un caractère symbolique car coïncidant avec l'anniversaire de la révolte populaire de 1990 qui avait contraint le président Gnassingbé Eyadéma à accepter le multipartisme.

Vingt-sept ans après, le combat pour une vraie démocratie reste encore à gagner pour ce pays où l'opposition est désormais incarnée par de nouvelles voix mais qui se heurtent à un pouvoir toujours monopolisé par la famille Eyadéma.

Dans un entretien téléphonique avec Ouestafnews, l'opposante Brigitte Adjamagbo Johnson estime que « le fond de la lutte des Togolais est d'en finir avec 50 ans d'un régime qui n'a fait qu'opprimer et qui n'a pas garanti le bien-être des citoyens ».

«Il faut que la communauté internationale comprenne qu'à l'instar des autres peuples en Afrique de l'Ouest, les Togolais aussi aspirent aux libertés et au développement », ajoute Mme Johnson, qui est à la tête du combat pour l'Alternance Politique (CAP 2015), une coalition de cinq partis d'opposition.

Depuis le 19 août 2017, la contestation politique contre le pouvoir d'Eyadema fils a repris dans les rues, sous la férule du Parti National Panafricain (NPP) dirigé par Salifou Tikpi Atchadam qui a su cristalliser autour de sa personne toute l'opposition. Depuis cette date le Togo vit au rythme des manifestations populaires dont certaines ont été réprimées par les forces de l'ordre.

Selon Amnesty international, des manifestations organisées le 6 et 7 septembre 2017, avaient drainé plus de 100.000 personnes dans les rues de Lomé (capitale) et des milliers dans d'autres villes du pays.

Si la coalition de l'opposition (14 partis) réclamait à la mi-août 2017, le retour à Constitution de 1992 - qui avait la particularité de consacrer la limitation des mandats du président et un mode de scrutin présidentiel à deux tours - elle demande aujourd'hui le départ du président Faure Gnassingbé.

Ce dernier avait pris le pouvoir suite à la mort de son père dans des conditions chaotiques, notamment suite à l'élection présidentielle très contesté de 2005 qui a par la suite dégénéré en une crise post-électorale causant la mort de centaines de personnes.

Tout sauf le référendum

Face à la détermination des opposants, le président Faure Gnassingbé, a lâché du lest en proposant à l'Assemblée un projet de réforme constitutionnelle comportant la limitation des mandats du président de la république à deux.

Lors de son vote le 19 septembre 2017, les opposants avaient boycotté la session et le texte qui n'a pas pu recueillir la majorité des voix, a été de facto renvoyé à un vote par référendum comme l'exige en l'occurrence, la Constitution en son article 144.

Depuis cette plénière de l'Assemblée, le fossé s'est davantage creusé entre pouvoir et opposition. Pour cette dernière, hors de question d'organiser un référendum, car craignant la non-rétroactivité de cette mesure (si toutefois le Oui l'emporte) qui permettrait à l'actuel chef de l'Etat de se représenter en 2020, et aussi 2025.

«Il n'y aura pas de référendum au Togo », martèle de son côté Salifou Tikpi Atchadam, interrogé le 03 octobre 2017 par la West Africa Democracy Radio (Wadr, basée à Dakar) pour qui le «le processus électoral est vicié de bout en bout ».

Pour les opposants la donne devient simple soit c'est le retour immédiat à la Constitution de 1992 ou le départ de Faure Gnassingbé. Le cas échéant, alors victime de la rétroactivité, l'actuel président ne pourra pas prendre part à la présidentielle de 2020.

Un pays sous coupe familiale ?

Egalement joint au téléphone par Ouestafnews, Me JeanYaovi Degli,  ancien opposant du défunt Gnassingbé Eyadéma mais aujourd'hui actif dans la société civile, estime que «la réforme constitutionnelle avec limitation du mandat (présidentiel) à deux et une élection à deux tours ne réglera pas ce problème.»

Me Degli pense que les réformes vont juste atténuer le choc, « parce que le régime au pouvoir a une mainmise sur toutes les institutions du pays qui lui sont absolument soumises et inféodées, y compris la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), la Cour constitutionnelle et les forces armées.»

La constitution de 1992 dont parle l'opposition, avait fait naître un certain espoir, en assurant une relative embellie démocratique qui n'a finalement pas tenu toutes ses promesses. 

En 2002, soit trois ans avant sa mort, le président Gnassingbé Eyadéma procédait à la modification de ce texte en retouchant à la clause sur la limitation du mandat présidentiel.

Cette retouche du texte fondamental voté par un parlement « monocolore » a balisé le terrain à son fils Faure Gnassingbé, âgé de 51 ans aujourd'hui.

En plus d'enlever la limitation de mandats et de supprimer le mode de scrutin à deux tours, Gnassingbé père avait aussi pris le soin d'abaisser l'âge limite pour être candidat à la présidentielle de 45 à 35 ans.

Lors d'un meeting à Notsè (95 Km au nord de la capitale) le 1er octobre 2017, le premier ministre togolais, Komi Selom Klassou a réfuté le retour à la constitution de 1992. A son avis, l'opposition devrait « soumettre aux décisions des députés d'aller vers la voie référendaire.»

Le 4 octobre dernier, au moment où la rue donnait un « avertissement » au régime avant sa « marche de la colère » du lendemain, la Communauté Economique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), l'Union africaine (Ua) et le Bureau des Nations-Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (Unowas), invitait les Togolais à  adopter le projet de loi constitutionnelle visant à modifier les articles pertinents de la Constitution. 

Selon ces trois organisations, « c'est une étape importante pour mettre le Togo en conformité avec les normes démocratiques reflétant les meilleures pratiques en Afrique de l'Ouest ». Elles demandent également au gouvernement togolais de poursuivre le processus et de fixer la date  du référendum sur le projet de loi constitutionnelle. En attendant, les contestataires continuent d'occuper les rues et de réclamer le départ pur et simple du président Gnassingbé.

Dimanche 8 Octobre 2017
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