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Economie mondiale : le scandale des milliardaires «ultras nantis», dans une masse de pauvreté

Ouestafnews - Le nombre de milliardaires dans le monde a connu «sa plus grande hausse» au cours de l’année 2017, selon l’ONG Oxfam qui vient de publier une étude sur la question.


Capture d'écran. Source Oxfam
Capture d'écran. Source Oxfam
Ce rapport, sur les inégalités, régulièrement publié par Oxfam depuis quelques années à la veille du Forum économique mondial de Davos (Suisse), ne manque pas de soulever des critiques.

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Le Forum économique mondial de Davos est un rassemblement des grosses fortunes du monde qui dans une petite ville suisse qui a donné son nom à l’évènement.

Pour son édition 2018, ce Forum annonce fièrement la présence de «3000 sommités internationales de l’économie, de la politique, des sciences et de la société».

Plus prosaïquement, le Forum de Davos est vu comme la rencontre des riches et puissants de la planète : chefs d’Etats, chefs de gouvernements et chefs des plus grandes entreprises mondiales.

Selon Oxfam, la «fortune cumulée» de ces «ultra riches» a augmenté de 762 milliards de dollars (US) en l’espace de douze mois. Au même moment, la situation des plus démunis se détériore, selon le rapport intitulé: «Partager les richesses avec celles et ceux qui la créent» et qui analyse les «inégalités» dans le monde sous leurs divers aspects.

Ce rapport, sur les inégalités, régulièrement publié par Oxfam depuis quelques années ne manque pas de critiques.

En 2016 déjà, un économiste français, Vincent Touzé, affirmait que les comparaisons de patrimoine qui sont au cœur du document, sont intéressantes mais difficiles à faire et parfois approximatives». D’autres observateurs ont également reproché à l’ONG sa méthodologie qui lui permet d’arriver à ses conclusions.

Toujours est-il que pour Oxfam, en 2017, le «boom incroyable (des grosses fortunes) équivaut à sept fois le montant qui permettrait de mettre fin à la pauvreté extrême dans le monde».

Interrogé par Ouestafnews sur la pertinence de ce type d’études sur les inégalités (et non sur le rapport Oxfam 2018), d’un point de vue économique, l’économiste sénégalais Chérif Salif Sy, estime qu’il s’agit souvent  d’études « basées sur des moyennes » et que « faute de mieux », on n’a pas d’autre choix que d’en tenir compte. Toutefois précise-t-il, ces « moyennes peuvent être trompeuses ».

«Si sur les 10 % les plus riches ou les 10 % les plus pauvres, ont peut avoir un tableau plus ou moins exact, la grande question reste les catégories intermédiaires, ce qui d’ailleurs ne manque pas de reposer tout le débat sur les classes moyennes africaines dont on parle tant». Nonobstant, cette réserve cet économiste estime que la question des inégalités demeure un sujet  que l’on ne peut négliger.  

Selon des chiffres rassemblés par Ouestafnews, les huit pays de l’Union économique ouest africaine (Uemoa) avait en 2016 un produit intérieur brut (PIB) cumulé de 97 milliards de dollars, près de huit fois moins que les 762 milliards de hausse des grandes fortunes évoquées par le rapport d’Oxfam.

Selon les estimations du rapport, 82 % des richesses créées dans le monde l'année dernière ont bénéficié aux 1 % les plus riches, alors que la situation n'a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres.

Politique, affairisme et dynasties

Dans ce monde très masculin des ultra-riches (on dénombre actuellement 2 043 milliardaires en dollars dans le monde, neuf sur dix sont des hommes), la fortune n’est pas «gagnée», un aspect bien mis en exergue dans son document. Ils étaient 1810, l’année présente selon le magazine Forbes.

«Les grandes fortunes sont bien plus souvent le produit d'un héritage, d'un monopole ou de relations de connivence avec les gouvernements. Environ un tiers de la fortune des milliardaires provient d'héritages», indique ce rapport dont Ouestafnews a obtenu une copie.

Prédiction inquiétante révélée dans le document : rien n’indique que cette tendance pourrait baisser au cours des deux prochaines décennies, au regard des estimations faites par Oxfam, les plus riches transmettront à leur héritiers, plus de 2400 milliards de dollars. Soit plus que le Produit intérieur brut actuel d’un pas comme l’Inde.

Au-delà des héritages, l’autre source de richesse extrême est le monopole. Une pratique qui assure des « rendements excessifs aux propriétaires et aux actionnaires aux dépens du reste de l'économie ». Oxfam donne ici le cas archétypal du Mexicain Carlos Slim, classée  6e fortune mondiale.

Considéré comme un magnat des télécoms, Carlos Slim «doit sa fortune au  monopole quasi total qu'il est parvenu à établir au niveau des services de communication pour les lignes fixes, la téléphonie mobile et l'Internet haut débit au Mexique».

Le monopole dont bénéficient certains opérateurs se fait souvent avec la complicité des gouvernements. Pour les auteurs du rapport, ce pouvoir monopolistique est «  décuplé par la connivence et la capacité des intérêts privés et puissants à manipuler les politiques publiques pour enraciner les monopoles existants et en créer de nouveaux ».

S’appuyant sur quelques exemples, le rapport essaie de s’inscrire en faux contre une certaine justification économique de l’inégalité, qui voudraient que les milliardaires soient «l'illustration ultime des fruits du talent, du travail acharné et de l'innovation, et cela profiterait à nous toutes et tous».

L’étude d’Oxfam révèle au contraire que les monopoles et les connivences politiques assurent 2/3 de la fortune des riches, une composante qui représente 1% de la population mondiale, selon Oxfam.

Inégalités, évasion fiscale…

A l’heure où dans un pays comme l’Afrique du Sud (seconde économie d’Afrique)  la presse révèle les connivences entre le pouvoir et les Gupta, une riche famille d’hommes d’affaires indiens, le rapport d’Oxfam, constate que des intérêts privés s'appuyant sur de bonnes relations peuvent s'enrichir aux dépens de l'intérêt public.

Ceci «par le biais de privatisations, de ressources naturelles cédées à des coûts inférieurs à leur juste valeur, de marchés publics corrompus ou d'exemptions fiscales et autres échappatoires fiscales».

Globalement, Oxfam dépeint dans son étude, un monde inégalitaire, où les «travailleuses et travailleurs pauvres s'échinent sur des tâches dangereuses et mal rémunérées pour alimenter l'extrême richesse d'une minorité». Citant toujours le cas de l’Afrique du Sud, les rapporteurs soulignent que dans ce pays, les 10 % en haut de la pyramide se partagent la moitié des revenus salariaux.

L’évasion fiscale constitue un autre moyen pour les riches d’accroitre davantage leur fortune. En s'appuyant sur un réseau mondial de paradis fiscaux, les grandes fortunes dissimulent au moins 7 600 milliards de dollars aux autorités fiscales. En Afrique et dans le monde en développement, l’évasion fiscale se traduit par la perte de 170 milliards de dollars par an.

Economie équitable

Face à ces inégalités, Oxfam préconise le partage de la richesse avec celles et ceux qui la créent, en procédant par exemple à une revalorisation des salaires à un niveau décent pour quelque 2,5 millions d'ouvrières et d'ouvriers vietnamiens du secteur de la confection. Ceci «ne coûterait que» 2,2 milliards de dollars chaque année.

Petite note positive dans le rapport : la diminution par deux de l’extrême pauvreté à travers le monde depuis le début des années 90. Toutefois, estime Oxfam, si les inégalités n'avaient pas augmenté parallèlement sur la même période, 200 voire 700 millions de personnes supplémentaires auraient pu sortir de la pauvreté.

En plus du renforcement des inégalités entre riches et pauvres, ce rapport dénonce la persistance du travail indécent et parle même d’un «esclavage moderne». Lequel se traduit par l’existence du travail forcé. Dans ses recommandations, le rapport d’Oxfam appelle à la mise en place d’une économie équitable, processus qui passe par l’élimination de l’extrême richesse.

«Les États doivent viser à ce que les revenus totaux des 10 % les plus riches ne dépassent pas les revenus des 40 % les plus pauvres », estiment les rapporteurs.

A cet effet, il appartient aux Etats de mettre en place des politiques destinées à combattre toute forme de discrimination. Pour Oxfam, l’élimination de l’extrême pauvreté passe par celle de l’extrême richesse. Un des moyens d’y parvenir selon l’ONG est de recourir à une meilleure régulation et à une plus grande fiscalité.

MN-TS

Lundi 22 Janvier 2018
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