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Femmes dans l’économie mondiale : elles nourrissent le monde et meurent de faim

Ouestafnews - La terre reste l’affaire des hommes. Les femmes n’y ont que très rarement droit. C’est aussi un des travers de l’économie mondiale que dénonce le rapport d’Oxfam, rendu public ce lundi 22 janvier et intitulé « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent» .


Des cultivatrices manifestant contre l'accaparement de leurs terres lors du forum social mondial à Dakar. Photo/Ouestafnews
Des cultivatrices manifestant contre l'accaparement de leurs terres lors du forum social mondial à Dakar. Photo/Ouestafnews
Au Sénégal seules 5 % des femmes ont la propriété exclusive de leurs terres, contre 22 % pour les hommes, révèle le rapport dont copie a été remise à Ouestafnews. A l’image du Sénégal, ce taux est de 11 % pour les femmes et 50 % pour les hommes au Burundi et 14 % de  femmes contre 46 % pour les hommes en Ouganda.
 
Lire aussi : Emplois précaires: Le visage hideux des inégalités dans l’économie mondiale
Le scandale des milliardaires « ultras nantis », dans une masse de pauvreté  
 
Or avec la place détenue  par l’agriculture dans les économies africaines, l’accès à la terre y est d’une importance vitale.
 
«Même lorsque les femmes possèdent des terres ou jouissent d'un droit de propriété, les rapports de force au sein des familles et de la société limitent souvent le contrôle qu'elles ont sur ces actifs», déplorent les auteurs du rapport.
 
Ainsi, dans 35 pays sur 173,  enquêtés par Oxfam, «les veuves ne jouissent pas des mêmes droits de succession que les veufs, les femmes étant souvent lésées par les hommes de leur entourage ».
 
Par conséquent, elles se retrouvent souvent dépossédées des logements, des  revenus, des terres, des bétails  et d'autres actifs qu’elles héritent de leurs époux.

Un phénomène généralement de mise dans «les pays à bas revenu et à revenu intermédiaire faible, avec des lois de succession injustes qui viennent exacerber les inégalités auxquelles les femmes parmi les plus pauvres du monde sont déjà confrontées».

Au Sénégal, après cinq ans de travaux, la Commission nationale de réforme foncière (CNRF) du Sénégal a remis, le 20 avril 2017 son rapport au président de la République, Macky Sall.

Ayant été membre de cette commission, Amadou Kanouté, le directeur exécutif de l’Ong Cicodev Afrique, est d’avis que «les difficultés d’accès des femmes à la terre se situent uniquement au niveau des pesanteurs socioculturelles».

«Ni la constitution, ni les autres lois de ce pays (Sénégal) ne s’opposent à ce que les femmes aient les mêmes droits sur les ressources naturelles et particulièrement le foncier », a soutenu M. Kanouté dans un entretien accordé à Ouestafnews en mai 2017.
 
Plus de 210 ans pour combler le fossé économique hommes/femmes
 
Là, où les milliardaires ont vu une augmentation de 762 milliards de dollars de leur fortune en 2017, elles ont «réalisé l'équivalent de 10000 milliards de travail de soin non rémunéré (pour leurs familles et communautés) en soutien à l'économie globale». Ce travail représenterait 20 % du PIB du Pérou, selon Oxfam.
 
Citant, une étude du Forum économique mondial (communément appelé Forum de Davos), le rapport note qu’au rythme actuel du changement, «il faudrait encore 217 ans pour combler l'écart économique entre les femmes et les hommes au travail dans le monde».
 
Les femmes effectuent les tâches les plus dangereuses et les plus mal rémunérées pour alimenter l'extrême richesse d'une minorité dont la quasi-totalité sont des hommes. S’ajoutent à cette injustice, les violences et humiliations auxquelles elles sont quotidiennement soumises dans leur lieu de travail.
 
Partout dans le monde, les femmes au travail sont souvent victimes de graves blessures, mettent en péril leur santé ou sont exposées à des violences sexuelles sur leur lieu de travail. Un des exemples cités par le rapport est le personnel hôtelier en République dominicaine, au Canada et en Thaïlande.
 
Interrogées par Oxfam des femmes signalent  des «cas réguliers d'agressions ou de harcèlement sexuels perpétrés par des clients masculins». Elles se disent également sujettes à des problèmes de santé liés à la manipulation de substances chimiques contenues dans les produits de nettoyage.
 
D’autres sont soumises à des conditions drastiques de travail leur causant des maladies professionnelles. C’est le cas de nombreuses jeunes femmes travaillant dans des usines de confection au Bangladesh « souffrant d'infections urinaires à répétition parce qu'elles ne sont pas autorisées à se rendre aux toilettes», souligne le rapport.
 
Afrique : confinées à l’informel 
 
En Afrique, la participation des femmes à la main-d’œuvre formelle est 26 % inférieure à celle des hommes et l'écart de salaire entre les femmes et les hommes est de 23 % en moyenne.
 
Les femmes sont généralement surreprésentées dans l'économie informelle. Par exemple, soulignent les auteurs du rapport, en Afrique subsaharienne, 74 % des emplois non agricoles occupés par des femmes sont informels, contre 61 % pour les hommes.
 
Selon l'Organisation Internationale du Travail (OIT) «du point de vue des travailleurs non protégés, l'économie informelle présente beaucoup plus d'aspects négatifs que d'aspects positifs». Et les salaires y sont bien plus faibles que dans les secteurs formels.           
 
Pour combler le fossé, Oxfam préconise de révoquer les lois qui nuisent à l'égalité économique des femmes et de  mettre en œuvre des lois et des cadres réglementaires qui soutiennent les droits des femmes.
 
Selon le rapport, intégrer davantage les femmes ans les structures économiques existantes ne suffira pas pour réduire l’écart entre les revenus. Il faut donc «définir une vision en faveur d'une nouvelle économie centrée sur l'humain, créée de concert par les femmes et les hommes, pour le bien de toutes et tous».

FD/ts
 

Lundi 22 Janvier 2018
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