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Le destin tragique de Sankara (LIBRE OPINION)


Le destin tragique de Sankara (suite)

Depuis un certain temps, on savait qu'une crise grave minait le conseil national de la révolution (CNR). Ses principaux dirigeants, jadis unis n'arrivaient plus à s'entendre sur l'orientation et la stratégie d'action. Les quatres (4) chefs historiques (Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Boukary Lingani, Henri Zongo) de la RDP paraissaient de plus en plus « trop nombreux » pour diriger le mouvement révolutionnaire.
Mais la grave crise qui secouait les dirigeants de la RDP restera en grande partie cachée aux militants de base, à tel point qu'ils seront surpris par l'ampleur et la brutalité du dénouement du 15 octobre. Aussi, beaucoup de militants sincères regrettent-t-ils encore aujourd'hui, le dénouement du 15 octobre tel qu'il s'est présenté, se disant que les instances où des débats d'idées auraient dû se tenir ne manquaient pas pour que l'on en arrive là. Mais ceux qui ont fait le coup couraient un risque important en laissant la parole à Thomas Sankara dans quelque cadre de concertation que ce fût, car il avait une telle force d'argumentation qu'il en serait sorti peut-être « victorieux ».
C'est cette même capacité de persuasion qui aboutissait à certaines décisions, jugées à posteriori « spontanéistes, volontaristes » alors qu'en son temps, il n'y eut pas de critiques conséquentes. Et c'est ce même trait de personnalité du défunt président qui sauva la tête de plus d'une personne que de proches collaborateurs voulaient une fois de plus sacrifier sur l'autel de la contre- révolution.

En fait, il faut convenir d'une chose : le 15 octobre et la rectification sont intervenus précisément parce que les camarades qui avaient commencé la RDP avec Thomas Sankara, étaient essoufflés (déjà) et qu'ils ne se sentaient ni la force ni l'âme de continuer. Et comme les adversaires du processus existaient et étaient influents, tant en dehors que dans les rangs même des révolutionnaires, ils n'ont pas eu de la peine à rallier à eux tout un monde pour contrebalancer la RDP. La raison toute trouvée de la « trahison de la voie initiale » a été vite évoquée.
Or le capitaine Thomas Sankara a été le premier à se rendre compte du nécessaire démocratisation du processus, lui qui professait en août 1987 à Bobo Dioulasso qu’il « fallait au Burkina, un peuple de convaincus et non un peuple de vaincus, de soumis qui subissent leur destin ». Il avait commencé ainsi la véritable " rectification " de la RDP marquée du reste par l'élargissement de plusieurs détenus politiques et de droit commun. Les sanctionnés à tort retrouvaient la possibilité de reprendre leur carrière.
Mais cette politique initiée par Thomas Sankara a vite été « court-circuitée » par le 15 octobre et revendiquée par le front populaire. Il fallait laisser l'image d'un Sankara fermé et hostile aux ouvertures.
Aussi, les choses s'accélérèrent très vite après le discours de «réconciliation » d'août 87 à Bobo dioulasso où Sankara disait notamment : « Dans le proche passé, nous avons parfois commis des erreurs. Cela ne devra plus se produire sur la terre sacrée du Faso. Il doit y avoir de la place dans le cœur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le discours d'orientation politique et les objectifs de notre plan quinquennal. Ce sera à nous d'aller à eux et de les gagner à la cause révolutionnaire du peuple… Nous devons préférer un pas ensemble avec le peuple plutôt que de faire dix pas sans le peuple ». (In Thomas Sankara, oser inventer l'avenir p.264 Ed Pathfinder et l'harmattan 1991).
Après ce discours, il fallait se dépêcher d'arriver au pouvoir, car laisser le temps à Thomas Sankara d'amorcer réellement la démocratisation de la RDP, ce serait se priver de prétexte justificatif d'un coup d'Etat.
La commémoration du discours du 2 octobre à Tenkodogo sera l'occasion pour les comploteurs d'accélérer leurs manœuvres de liquidation de la révolution et d'entreprendre ce faisant, le 15 octobre 1987.

Jeudi 27 Septembre 2007
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