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Nous réformer! (EDITORIAL)


Par Hamadou Tidiane SY*


Les Sénégalais ont donc voté en masse. Comme s'ils voulaient exorciser la peur qui les a tenaillés à l'approche de cette élection présidentielle. Vaincre cette peur était en effet la première étape pour résoudre la question essentielle de savoir si nos « traditions démocratiques » ont survécu à la vague de violence ayant défiguré l'image démocratique que le Sénégal avait depuis si longtemps projetée. Une image que lui enviaient nombre de pays du continent qui l’ont aujourd’hui dépassé sur le terrain de la construction démocratique. Ces violences ont fait douter les Sénégalais et, pis, elles ont donné aux pays « amis » du Sénégal l’idée de s'impliquer dans sa vie politique. Ironiquement, le pays qui donnait des leçons de démocratie aux autres s'est ainsi retrouvé dans la posture de mauvais élève de la classe. A juste raison.

Quel tragique recul. Depuis la remarquable alternance démocratique de l'an 2000, nous étions enclins à penser que désormais seul un dirigeant démocratiquement élu, tenant compte de la volonté du peuple, dirigerait le pays. Même si, entre-temps, le calamiteux épisode de la présidentielle de 2007 était venu doucher cette ardeur, avec son lot de malentendus, de suspicions et ses conséquences néfastes sur la marche politique du pays.

Serions nous à la veille d'un retour aux fondamentaux démocratiques que le pays n'aurait jamais dû délaisser? Peut-être. Car dès demain, une fois le nouveau (on l'espère) président connu, et si le pays - comme il en est capable - échappe au chaos que prédisent certains, l’autre étape cruciale qui devra suivre ce vote sera de se pencher, en profondeur, sur les tares qui plombent notre pays et notre société.

Il faudra commencer par se pencher sur nos institutions et la qualité de nos leaders politiques, toutes tendances confondues. Mais cette introspection devra aussi s'appliquer à nous-mêmes, les citoyens de ce pays. Certaines questions doivent être abordées avec franchise: qui sommes-nous? Que voulons nous? Et que voulons nous faire de notre nation ? Sommes-nous en mesure de bâtir un Etat respecté? Ou voulons-nous demeurer une petite caverne d’Ali baba ? Avons-nous la capacité de faire de notre République une république majeure ou de la maintenir au triste statut créé par Wade qui en a fait un consortium privé qui se contente d’agréger des intérêts partisans ou particuliers ? Il est impératif de trancher.

Car il n'est ni concevable ni acceptable de voir les mêmes gens corrompus servir « fidèlement » Abdou Diouf pendant des années, s'accroupir « honteusement » devant Abdoulaye Wade pendant plus d’une décennie et, demain, tout d’un coup, chanter sans gêne les louanges de celui qui sera à leur place (si le pouvoir change de mains).

D’ailleurs, en 2000, c'est sur ce terrain que le Sénégal, ayant voté pour le « changement », attendait Me Abdoulaye Wade. Le pays rêvait de le voir promouvoir le mérite et rétablir la justice sociale, mais aussi de renforcer la démocratie tout en combattant la corruption.

Celui que l’on considérait alors comme le sauveur a lamentablement échoué en préférant se complaire dans le népotisme érigé en mode de gouvernance. Or, admettons-le, tant que ce problème ne sera pas réglé, inutile de rêver d’un pays prospère et d’une société saine, dynamique et équilibrée. La preuve on l’a avec cette présidentielle, où parmi les candidats favoris figurent un gros lot de « monstres » créés par Abdoulaye Wade lui-même, qui, à force de calculs politiciens, a fini par enrichir dans l’illégalité totale des gens qui se retournent maintenant contre lui. Les plus cyniques pourront dire que c'est bien fait pour lui. Les citoyens que nous sommes ne le pouvons pas.

Si nous continuons de fermer les yeux sur ce dysfonctionnement majeur, notre démocratie, voire notre pays, restera dans les nasses du sous-développement et de la mal-gouvernance. Nous continuerons d'avoir des problèmes d'électricité, d'accès aux soins de santé, à l'éducation, aux services de base. Nous serons confrontés à des campagne agricoles mal gérées, au coût élevé de la vie, au scandale de ces gens arrogants sortis de nulle part qui voudront régler nos vies. Tout simplement parce que nous aurons encore accepté de mettre à la tête de notre pays des gens que n’interpellent pas ces « petits soucis » de la vie qui, depuis des années, constituent le douloureux quotidien des Sénégalais.


Quel que soit le futur vainqueur de la présidentielle, le temps est donc venu de dire "holà", à l’unisson. De signifier la fin de la noce à cette minorité, toujours la même, qui vit au dessus de ses moyens, sur le dos du peuple et avec l’argent du contribuable, dans l’impunité totale. Le temps est venu de dire « holà » à la médiocrité et au laisser-aller dans notre pays. Cela interpelle certes les leaders politiques. Mais c'est d'abord au niveau des citoyens que ce combat commence. Vous et moi, en un mot! Nous ne pouvons pas exiger de nos leaders des vertus que nous refusons de faire « nôtres », des vertus que notre société rejette.

Nous n'en sommes pas encore là car une question ne peut être éludée. Et si « Wade l'emportait ?», comme me l'a demandé un confrère, ce matin ! Si un tel cas se produisait, alors cela voudrait dire que nous sommes tous complices (ou à tout le moins satisfaits de notre sort ?). Il nous faudra, dans ce cas, accepter tous les malheurs qui nous arrivent. Nous ne pourrons plus nous défausser sur qui que ce soit. En définitive, et sans verser dans le fanatisme religieux ni les prêches faciles, c’est le moment d’invoquer cette vérité qui nous rappelle que « chaque peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite ». Alors, faisons en sorte de mériter mieux que ceux que nous avons eus, pendant ces douze dernières années.

*Journaliste sénégalais, Fondateur Ouestafnews, Ashoka News & Knowledge Fellow


Dimanche 26 Février 2012
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