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Sénégal : examens et concours, la crédibilité du système éducatif en jeu

Ouestafnews – Le système éducatif sénégalais, longtemps vanté comme étant parmi les meilleurs en Afrique subsaharienne, doit désormais faire face à un nouveau défi : écarter au plus vite la suspicion qui entoure les examens et concours, faute de quoi c’est tout le système qui risque d’être frappé de discrédit.


Dernier acte en date : une fuite supposée de l’anticipé de philosophie. L’Etat dément et menace même de porter plainte. Chez les syndicats d’enseignants, on est pourtant catégorique et on maintient l’accusation, il y a eu bel et bien fuite. Chez les autres parties prenantes également contactées par Ouestaf News, et notamment les parents d’élèves, l’inquiétude s’est installée.

«Nous avons fait des recoupements, en tant qu’organisation syndicale, auprès de nos collègues enseignants qui affirment avoir reçu la veille de l’examen, des SMS de personnes les invitant à les aider à traiter le sujet qui s’est avéré être le sujet N° 1 de philosophie», affirme catégorique Saour Sène du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire du Sénégal (Saeems), interrogé par OuestafNews.

Pourtant au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, dès l’annonce de la nouvelle on a démenti.

« A l’heure actuelle, nos recoupements ne donnent aucunement des preuves irréfutables de fuite. Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (NDLR : Mary Teuw Niane) a décidé de porter plainte », a affirmé, dès l’annonce de l’éclatement de l’affaire, le directeur de l’Office du Bac, Babou Diakham, cité par le quotidien pro-gouvernemental Le Soleil.

La « plainte contre X pour diffusion de fausses nouvelles et autre qualifications (sic)», devrait, selon le haut fonctionnaire, permettre de faire la lumière sur cette affaire.

Inquiétude grandissante

Mais pour le syndicaliste Saour Sène, les fraudes et fuites constituent déjà «une forte préoccupation chez les enseignants ». La même inquiétude est partagée par les parents d’élèves.

«Ce phénomène (les fraudes) nous inquiète en tant que parents d’élèves parce que nous tenons beaucoup à la confidentialité des sujets qui concourt à la transparence et à la crédibilité du diplôme qui est délivré », déclare Dame Seck, Secrétaire général de la Fédération nationale des parents d’élèves et étudiants du Sénégal (Fenapes), par ailleurs, représentant de l’antenne de la fédération africaine des parents d’élèves.

M. Seck espère néanmoins que « l’enquête enclenchée par l’Office du baccalauréat » devrait, si faute il y a, aider à « trouver l’origine et les auteurs des messages », que les enseignants affirment avoir reçus.

« Si l’issue de l’enquête révèle qu’il y a eu fuite, alors que l’épreuve soit reprise au nom de la crédibilité du diplôme et de l’équité entre les candidats. Mieux, que les auteurs, de quelque bord qu’ils se situent, soient sanctionnés de la manière la plus exemplaire», renchérit le secrétaire général de la Fenapes.

Joint au téléphone, le président de la même organisation, Bakary Badiane, avait de son côté réagi de manière plutôt fébrile, préférant s’aligner sur la ligne officielle du gouvernement (« il n’y a pas de fuite ») avant d’interrompre sèchement la conversation avec le reporter d’Ouestaf News.

Si la situation fâche les uns et inquiète les autres, au point que parents comme syndicalistes, demandent désormais des enquêtes et des, « sanctions », c’est parce que les cas se multiplient.

Entre les cas de fuite des épreuves (celle de français au baccalauréat en 2002 par exemple), de falsifications de diplômes du baccalauréat entre 2010 et 2011, et ce tout dernier cas de « fuite », cela fait une décennie et demie que l’école sénégalaise est régulièrement secouée par ce genre de scandales.

Phénomène persistant

Pour 2017, la controverse en cours sur l’épreuve de philosophe intervient suite à celle sur l’épreuve de mathématiques du Concours général, une compétition organisée sur l’étendue du territoire national pour distinguer les meilleurs élèves des classes de 1ère et de Terminale des lycées.

Dans son édition du vendredi 12 mai 2017, le journal Le Quotidien révélait que l’épreuve de mathématiques de Terminale était connue d’avance des d’élèves du lycée Thierno Seydou Nourou Tall, un établissement de la capitale sénégalaise. Ici aussi le gouvernement fera dans la dénégation d’abord, avant d’admettre qu’il y a eu …négligence et pas fraude!

«La partie du sujet qui pose problème était déjà dans le net (NDLR : publiée sur Internet) depuis 2015 », affirmera le communiqué officiel. Suffisant pour que certains établissements estimant leurs élèves lésés, demandent et obtiennent la reprise de l’épreuve. Un aveu de culpabilité, même si pour se couvrir, le ministère de l’Education nationale justifie la « reprise » de l’épreuve par « le souci de préserver le caractère prestigieux du concours».

En 2014 déjà, le même ministère (Education nationale) avait procédé au rappel de 690 candidats déjà déclarés admis pour suivre une formation d’instituteurs. Une enquête avait révélé des manipulations des notes qui leur étaient attribuées. L’affaire avait fait grand bruit.

En 2013, une fraude a été relevée au concours d’entrée en classe de sixième du Lycée d’excellence Mariama Ba de Gorée. Pour corriger la faute, le ministère a dû signer un arrêté en date du 23 juin 2014, pour rappeler le « statut » d’école d’excellence dévolu à cet établissement.

Un peu plus loin dans le temps, lors du baccalauréat de 2002, le défunt quotidien privé Actuel écrivait que des élèves s'étaient rendus, quarante-huit heures avant l'épreuve de français, au campus universitaire, pour se faire aider par des étudiants. Le ministre de l'Education nationale avait à l’époque sous-estimé l'ampleur des fraudes et fuites, mais cela n’avait pas empêché l’ouverture d’une enquête par la Division des investigations criminelles (Dic) afin de situer les responsabilités.

Toutefois, selon Saour Sène, les fuites et fraudes dans les examens « ne sont pas une spécificité sénégalaise». On rencontre le phénomène même dans les pays dits « développés », et partout ailleurs sur le continent africain.

Pas une spécificité sénégalaise

Un rapport du ministère français de l’Enseignement supérieur et de la recherche, daté de 2012, évoquait déjà « une préoccupation ancienne à laquelle des évolutions contemporaines, notamment les développements du numérique et les changements des modalités d’évaluation, donnent une acuité nouvelle ».

Signe que cette même inquiétude est partagée ailleurs : au Mali, il y a trois ans, un article du journal l’Indépendant repris par le site Maliactu.net, annonçait que Mme Togola Jacquelline Marie Nana, Ministre de l’Éducation nationale, avait placé les examens du diplôme d’études fondamentales (Def) de 2014 sous le signe d’une « session sans fuite de sujets, sans fraude, au cours des épreuves et sans faux et usage de faux à la correction».

Mieux, elle avait prévenu que «l’Etat malien sera intransigeant désormais face aux fraudeurs et leurs complices en période d’examen. C’est fini, désormais avec les fuites de sujets, les fraudes dans les salles d’examen et de correction »! A l’arrivée, rapporte le portail malien, «c’est de façon généralisée que des fuites ont été observées sur la quasi-totalité des régions du pays ».

A l’issue d’une enquête, rapporte Le Flambeau du 27 juin 2014, Mme le ministre révélait que «ce qui est arrivé lors de ces examens, est l’œuvre d’un réseau mafieux qui tire sa source au sein du département de l’Education depuis plus de 15 ans. Une affaire qu’elle a d’ailleurs confiée à la justice et des têtes vont tomber».

Au Niger, un communiqué du Ministère des Enseignement supérieurs publié le 3 juillet 2015, sur le site A Niamey.com signalait la reprise des « épreuves d’Histoire-géographie et de mathématiques de la série A (Littérature et Philosophie) de l’édition 2015 » du baccalauréat.

Le ministère confirmait dans la même foulée que des cas de «fraudes massives ont entaché les épreuves», ajoutant que «ce n’est pas la première fois au Niger que des fuites soient enregistrées lors des examens nationaux », pour enfin déplorer qu’avec « l’avènement de l’internet et les réseaux sociaux, le phénomène a pris beaucoup d’ampleur ».

Enfin, tout dernièrement (juin 2017) en Ethiopie, le gouvernement a dû prendre une mesure radicale pour sécuriser les examens et concours : couper l’internet à « l’ensemble du pays », selon des informations fournies par la BBC et relayée sur des multiple sites d’information.

Mardi 13 Juin 2017
Ouestaf News
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