Afrique de l’Ouest en 2018 #2 : le Sahel face aux groupes armés

Les cinq chefs d'Etat du G5 Sahel. Photo/site web G5 Sahel

Ouestafnews – L’année 2018 a été marquée dans la région du Sahel par une série d’attaques terroristes, notamment au Burkina Faso, au Mali, au Niger mais également au Nigeria. Ces pays se sont lancés depuis quelques années sur la lutte antiterroriste pour éradiquer le mal, mais des résultats probants tardent à voir le jour.

Longtemps à l’abri, le Burkina Faso est devenu, suite à la chute  de l’ancien président Blaise Compaoré en 2014, une cible privilégiée des groupes armés.

Dès le mois de mars 2018, une attaque meurtrière a visé le quartier général de l’armé burkinabè ainsi que l’ambassade de France à Ouagadougou, faisant au moins huit morts, selon le ministère de la Sécurité.

«La situation sécuritaire de notre pays s’est considérablement dégradée depuis le début de cette année 2018», a admis le premier ministre burkinabè Paul Kaba Thiéba, en septembre.

Des attaques récurrentes

Le même bilan a été enregistré dans une double attaque, le 14 septembre 2018 dans les villages de Diabiga et Kompienbiga, relevant de la province de Kompienga (est).

Pour faire face aux attaques terroristes, le gouvernement burkinabè avait dès le 19 janvier 2018, adopté la création d’une Brigade spéciale d’investigation antiterroriste et de lutte contre la criminalité organisée (BSLAT).

Cette brigade a pour objectif de «rendre opérationnel un pôle juridique spécialisé dans la lutte contre les infractions terroriste», précise un communiqué d’un conseil des ministres.

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Les attaques terroristes au Burkina Faso ont contraint entre janvier et  mars 2018, quelques 5.000 personnes à fuir le nord du Burkina Faso. Cette région frontalière du Mali, est en proie à de fréquentes attaques terroristes.

Hormis les attaques terroristes, le pays doit aussi faire face à la montée des groupes armés locaux, dont notamment les Koglwéogo, qualifiés de «groupes d’auto-défense» ou de «milices».

Depuis février 2018, le Burkina Faso a enregistré au moins 22 attaques terroristes qui ont engendré plusieurs morts, notamment à l’est du pays, théâtre de plusieurs attaques.

Le Mali, la violence migre vers le centre

En proie également à des attaques terroristes depuis le début de la décennie, le Mali a subi au cours de l’année 2018 d’innombrables attaques qui ont fait s’envoler les rêves d’une paix durable.

Ces attaques sont essentiellement menées au nord du pays tombé sous le coup de groupes armés liés à Al-Qaïda.

Début mars 2018, de nouvelles vagues de violences communautaires ont éclaté au centre du Mali, dans les cercles de Koro et de Bankass, des affrontements qui ont fait des dizaines de morts.

Selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et l’Association malienne des droits de l’homme (ADMH), les violences inter-communautaires au centre du Mali ont fait environ 500 morts (civils) entre  janvier et août 2018.

Face à la poursuite des attaques, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé le 28 juin 2018 de prolonger d’un an le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Celle-ci court désormais jusqu’au 30 juin 2019.

Le gouvernement malien et les groupes armés sont aussi exhortés à prendre des mesures immédiates pour l’application des « Accords de paix d’Alger ».

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Ces accords signés entre le gouvernement malien et les groupes armés des coalitions de la Plateforme et la Coordination des mouvements de l’Azawad, peinent encore à ramener la paix et la réconciliation au Mali.

Des zones entières du pays échappent aujourd’hui au contrôle des forces maliennes, mais aussi françaises et de l’ONU, stationnées dans le pays.

Le Niger en « état d’urgence »

Comme ses voisins malien et burkinabè, le Niger n’a pas été épargné par les attaques terroristes durant l’année 2018, notamment dans la région de Diffa, ville voisine du Nigeria devenu depuis février 2015 la cible de nombreuses attaques de Boko Haram.

Le 1er juillet 2018, une attaque d’une position militaire dans cette partie du pays a fait de nombreuses victimes. A l’arrivée le bilan faisait état de « dix morts, quatre disparus et trois blessés », selon un porte-parole de l’armé, le colonel Abdoul-Aziz Touré, cité par l’AFP.

Face à cette situation, le gouvernement nigérien a pris le 20 novembre 2018 la décision d’étendre  l’état d’urgence (qui concernait jusqu’ici la région de Diffa, au sud-est) dans trois autres départements. Ces derniers sont localisés dans les régions de Tillabéri (ouest), Tahaoua (nord).

G5 Sahel : l’écueil financier

Le Burkina Faso, le Mali, Niger en compagnie  de la Mauritanie et du Tchad se sont réunis au sein du G5 Sahel, un cadre de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politique développement et de sécurité pour faire face au terrorisme dans la sous-région.

Le G5 s’est doté d’une force militaire conjointe, composé de cinq bataillons de 750 hommes. Les pays membres espèrent une progression de cette force à 10.000 hommes. Pour sa mise en œuvre, les pays membres ont besoin d’un budget estimé à 420 millions d’euros.

En février 2018, lors d’une conférence internationale de haut niveau sur le Sahel, les bailleurs de fonds se sont engagés à appuyer la Force conjointe du G5 Sahel à hauteur de 414 millions d’euros. Toutefois ces promesses ne se sont pas concrétisées.

Hormis la promesse de l’Union européenne d’augmenter sa contribution de 50 millions d’euros, le G5 n’a pas vu les autres évoluer.

Nigeria, l’insubmersible Boko Haram

Depuis 2009, le Nigeria est confronté à une insurrection du groupe armé Boko Haram. Entre novembre et début décembre 2018, les attaques de Boko Haram se sont intensifiées avec comme principales cibles les cantonnements de l’armée nigériane dans le nord pays, notamment dans l’Etat de Borno.

Un regain de violence qui sonne comme un démenti aux propos de Buhari qui disait en mars 2018 que « Boko Haram est techniquement vaincu ».

En quête d’une réélection lors de la présidentielle prévue le 16 février 2019, le président Buhari n’aura pas réussi au cours de son premier mandat à tenir une de ses plus grandes promesses, c’est-à-dire « effacer Boko Haram de la surface de la terre ».

En s’attaquant aux postes de l’armée, la secte prouve qu’elle a encore des capacités opérationnelles, constatent des observateurs de ce conflit.

Depuis juillet 2018, pas moins de 19 attaques ont été enregistrées, selon l’AFP. Le 28 novembre 2018, le président sortant, Muhammadu Buhari a encore une fois renouvelé sa volonté de vaincre Boko Haram.

«Nos troupes ne doivent pas se disperser, chacun doit être pleinement engagé dans ce devoir qui consiste à effacer Boko Haram de la surface de la terre », a-t-il déclaré lors d’une visite au centre de commandement de l’armée à Maiduguri (nord-est).

ON/mn/ts

 

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