Afrique de l’ouest : l’eau se fait rare

Distribution d'eau potable dans le quartier de Thiarakholé à Foundiougne (centre du Sénégal). Photo/Ouestafnews

Ouestafnews – En Afrique de l’Ouest, la baisse du niveau de la pluviométrie, la dégradation de l’environnement et l’accroissement de la population provoquent un amenuisement des ressources en eau. Une source de vives tensions.

Il est bientôt 17 heures au quartier Thiarakholé à Foundiougne, une des communes de la région de Fatick, au centre du Sénégal. L’heure de la prière approche. L’appel des muezzins est étouffé par un vacarme indescriptible. Des voix aigües, frôlant parfois l’hystérie, s’élèvent. C’est une dispute générale entre femmes, qui n’est pas sans rappeler le bon vieux cliché : « querelles de borne-fontaine».

Pour cette scène-ci, en lieu et place de la borne-fontaine, c’est une citerne qui est prise d’assaut par les femmes. La cause de la dispute reste la même : avoir sa ration d’eau potable. Depuis plus d’un an, la ville de Foundiougne et ses 15.000 habitants sont confrontés à la détérioration de la qualité de l’eau que lui procure la Société sénégalaise des eaux, (SDE).

Selon Maguette Sène ingénieur en hydraulique, cette situation est occasionnée par la position de la nappe phréatique par rapport au niveau de la mer.

«Les nappes phréatiques se trouvent en dessous du niveau de la mer, avec le pompage, l’eau de la mer qui se trouve au-dessus s’infiltre petit à petit et rend la nappe saumâtre», explique-t-il.

La solution serait selon lui, «d’isoler complètement la mer», en cimentant les chambres de pompages. Mais à en croire l’ingénieur, cette technique ne sera pas facile à appliquer si la nappe est proche. Ce qui est le cas de Foundiougne où la nappe affleure.

Pape Malick Chimère Traoré, chef de centre de la SDE de Foundiougne, donne raison à l’ingénieur évoquant la difficulté «pour le moment» de trouver une solution.

S’y ajoute, selon l’agent de la SDE, l’impossibilité que rencontre actuellement la SDE d’aller forer à cinquante km des côtes, là où la nappe est encore intacte, pour approvisionner la ville en eau douce.

Pour pallier donc le manque d’eau douce et en attendant de trouver une solution durable à cette situation, la SDE utilise des citernes pour assurer le ravitaillement de la localité en eau potable. Seulement, l’approvisionnement n’est pas régulier. D’où les tensions entre les femmes.

«Il nous arrive de passer toute la journée, assise devant nos portes à guetter», confie Ndiémé Sarr qui précise qu’elle et ses camarades retardent certaines de leurs activités pour ne pas rater l’arrivée des citernes d’eau.

Ici, la quête de l’eau est donc redevenue une corvée. Un retour en arrière de 30 ans, où certaines femmes étaient obligées de parcourir des km, ou de faire la queue à la borne fontaine, pour trouver de l’eau potable.

Pour ne pas manquer de liquide précieux, certaines parmi les femmes se déplacent jusqu’aux villages environnants ou s’approvisionnent auprès des charretiers qui profitent de la situation pour se muer en revendeurs d’eau douce.

Soif en Afrique de l’ouest

Au Sénégal, la ville de Foundiougne, n’est pas la seule localité confrontée à la pénurie d’eau. Au mois de juillet 2018, la capitale Dakar a vécu des pénuries répétitives qui ont finalement poussé la population a initier une marche pour dénoncer une situation intenable qui a des répercussions sur la santé et sur le niveau de vie déjà précaire de nombreux ménages.

Dans une commune comme Foundiougne où 67,8% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres de l’Agence nationale de la Statistique et de la démographie (ANSD), il est assez difficile pour certains ménages de dépenser 250 à 300 FCFA par jour pour se procurer de l’eau douce auprès des charretiers.

Pour tenir deux jours, Ndiémé Sarr dit avoir besoin d’au moins 10 bidons, ce qui équivaut à 2.500 FCFA ou plus, « ce n’est pas tenable » se plaint-elle, espérant que les populations fassent entendre leur colère auprès des autorités.

Les problèmes d’approvisionnement que rencontrent les populations de Foundiougne sont vécues avec la même acuité dans plusieurs autres villes sénégalaises et ouest africaines.

Dans un rapport publié en 2016, lors de la journée mondiale de l’eau, l’Ong WaterAid estimait que 21,5% de Sénégalais n’ont pas encore accès à l’eau potable.

La Gambie, n’est pas mieux lotie, selon Water For Africa. Entre 200 et 300 pompes à eau seraient nécessaires pour approvisionner les populations, quelque 40 à 60% des puits ou systèmes de pompage du pays étant tombés en ruine.

«L’eau potable est un droit et pourtant un habitant de la planète sur dix n’y a pas accès», disait déjà en 2016 Barbara Frost, directrice générale de WaterAid, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau.

Ce paradoxe se révèle également au Mali, où 1286 villages n’avaient toujours pas accès à l’eau potable en 2016, soit plus de cinq millions de personnes, selon la Coalition nationale de la campagne internationale pour l’eau potable et l’assainissement (CN-CIEPA).

Selon des statistiques du secteur eau et assainissement, publiés en 2017, seule 66,9% de la population ont accès à l’eau potable au Mali.

Paradoxe

Dans beaucoup de pays en Afrique, plus d’un tiers de la population n’a toujours pas accès à une eau potable, selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance  (Unicef).

Cela conduit des millions d’Africains à boire de l’eau non traitée et potentiellement contaminée, pouvant provoquer la diarrhée (une cause majeure de mortalité infantile) et le choléra, selon la même source.

Pourtant, le continent africain dispose de 5.000 milliards de mètres cube d’eau, soit de quoi ravitailler une ville de trois millions d’habitants comme Dakar pendant 14 ans, sans discontinuité.

Mais, le manque d’infrastructures, l’explosion démographique combinés au changement climatique font que 320 millions d’Africains n’ont pas accès à l’eau potable, selon une étude publiée par le Groupe d’Experts  Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC).

Cette difficulté à accéder à l’eau potable fait que 70% des malades au Burkina Faso, le sont par manque d’eau potable, selon WaterAid Burkina.

A Foundiougne, même si plusieurs cas de diarrhée sont constatés par le pédiatre Jacqueline Ndiaye, il lui est toutefois difficile d’affirmer si ces cas sont lié ou non à la qualité de l’eau, « puisque je n’ai fait que cinq mois et c’est impossible pour moi de faire une comparaison entre les deux périodes» dit-elle.

Cependant pour certains chercheurs, le lien de cause à effet, entre eau, assainissement et santé est une évidence.

«En investissant dans l’eau et l’assainissement, on peut réduire de 60% le taux de la résistance aux antibiotique en Afrique », soulignait la chercheuse kényane Evelyn Wesangula, lors d’une conférence internationale sur le journalisme scientifique tenue du 13 au 15 décembre 2018 à Nairobi.

La résistance aux antibiotiques est en effet, un phénomène de plus en plus inquiétant pour la santé mondiale. Beaucoup de pays africains sont en train de mettre en place des plans d’actions.

Risque de conflits

Bien plus que le pétrole, pensent quelques analystes, l’eau sera l’enjeu géopolitique majeur du 21è siècle.  L’augmentation de la population mondiale entraîne en effet une demande accrue en eau.

«La raréfaction de la ressource d’une part, et la configuration de sa disponibilité d’autre part, sont  ‘conflictogènes’», souligne le géographe Christian Bouquet dans un article intitulé «conflits et risque de conflits liés à l’eau en Afrique», paru dans « Les Cahiers d’Outre-mer» en 2011.

Une thèse qui ne manque pas de rappeler le blocage de la réalisation du projet des Vallées Fossiles au Sénégal. En 2000, tout juste après son accession au pouvoir, le président Abdoulaye Wade avait voulu remettre au goût du jour ce projet initié par son prédécesseur Abdou Diouf, mais vite oublié.

Le président Wade n’ira pas plus loin. Il renoncera très vite à ce vaste plan d’irrigation à partir du fleuve Sénégal, en raison du tollé qu’il avait provoqué en Mauritanie voisine. Les autorités de ce pays craignaient que la mise en place du projet ne les prive de leur principale source d’eau.

DD/mn/ts           

 

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