Afrique : les barrières non tarifaires, un défi pour la Zlecaf

31e Sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine tenu les 1 et 2 juillet 2018 à Nouakchott. Lors de cette rencontre, le nombre de pays signataire de la ZLEC a atteint 49 sur les 55 pays membres /Photo : UA.

Ouestafnews – La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continental pour l’Afrique (Zlecaf) est aux yeux de ses promoteurs une voie vers une «croissance plus rapide et plus durable». Toutefois les barrières non tarifaires peuvent constituer un obstacle et aux véritables apports de cette initiative, prévient le Fonds monétaire international (FMI).

«Les facteurs non tarifaires comme l’infrastructure et la logistique du commerce nuisent à l’efficacité des mesures tarifaires conçues pour promouvoir le commerce et pourraient diminuer l’impact de la Zlecaf », souligne le rapport «Perspectives économiques» en Afrique subsaharienne du Fonds monétaire international, rendu public le 30 avril 2019, et dont Ouestaf News a obtenu copie.

Les barrières non tarifaires restent très importantes en Afrique, a souligné Reda Cherif, économiste principal du Fonds monétaire international (FMI). M. Cherif,  a aussi fait savoir que le surcoût des barrières non tarifaires sur le commerce intra-régional est de «l’ordre de 300%».

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Par barrières non tarifaires, il faut entendre selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tous «les obstacles mis à l’entrée de marchandise étrangères dans un pays, en dehors des droits de douane».

La mise en place de la Zlecaf  reste liée à plusieurs facteurs et doit faire face à plusieurs défis. Lancé en juillet 2018 par l’Union africaine, le projet de Zlecaf a été signé par 52 Etats sur les 55 pays membre de l’Union, «dont 22 pays l’ont déjà ratifié», ce qui veut dire que le traité peut entrer en vigueur, note Reda Cherif.

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Dans une étude faite sur la question, l’Ong Enda-Cacid (basée à Dakar), juge nécessaire «la réduction des obstacles tarifaires et non tarifaires, l’uniformisation des règles d’origine (…) la suppression des obstacles non physiques par une bonne politique de facilitation du commerce et des politiques sectorielles communes».

L’objectif de ce traité est d’accroître les flux commerciaux (biens et services) intra-africain à 52% d’ici à 2022, de baisser les impôts tarifaires de 90%, de dynamiser le marché africain.

En 2017, le commerce intra-africain a été estimé à 15% du volume total des échanges commerciaux du continent avec le reste du monde, indique un rapport publié en juillet 2018 sur le commerce par Afreximbank (African Export-Import Bank), une institution d’import-export, basée au Caire (Egypte).

Or, le commerce intra-africain «constitue un élément susceptible de protéger le continent des chocs économiques extérieurs», souligne le document.

L’idée de la Zlecaf, c’est «vraiment d’accroitre le commerce intra-régional africain, de réduire les barrières douanières et non tarifaires, ce qui va permettre de développer un marché et d’attirer les investisseurs vers l’Afrique», indiquait l’économiste sénégalais El Hadji Mansour Samb dans une interview accordée à Ouestaf News en juillet 2018.

En tout, cette zone devrait concerner un marché de 1,2 milliard de consommateurs pour un produit intérieur brut, estimé à 2.500 milliards de dollars, selon le FMI.

La Zone de libre-échange continental s’inscrit également dans un processus devant mener, d’ici à 2028, à la création d’un marché commun et d’une union économique et monétaire en Afrique.

Le commerce intra-régional

«L’Union européenne commerce avec elle-même à hauteur de 70%. L’Amérique du nord avec les Etats-Unis, le Canada et le Mexique commercent entre eux à hauteur de 60%. En Afrique, ce système n’est qu’à 15%», notait Dr Cheikh Tidiane Dièye, directeur exécutif d’Enda-Cacid, dans un entretien accordé à Ouestaf News.

A l’intérieur des communautés économiques régionales (CER) comme  la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac), le Marché commun de l’Afrique-Orientale et australe (Comesa) ou encore la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), «il n’y a quasiment pas de taxes tarifaires», souligne Reda Cherif.

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Il signale cependant «l’exception» que constitue l’Union du Maghreb arabe (UMA) où «il y a une taxation importante».

En dehors de ces communautés, «la taxation à laquelle on fait face est aussi importante que les pays hors Afrique», indique l’économiste principal du FMI. Selon le FMI, le commerce intra-régional représente environ «12%  du total des importations africaines en 2017 contre approximativement 5% en 1990».

Selon l’Union africaine, les produits africains ont une «structure de coût compétitive à la sortie de la ferme ou de l’usine», toutefois c’est au cours du transfert que «des procédures relatives au transport, à  l’entreposage, à la manutention et aux douanes affectent le relèvement des coûts d’exportation de la marchandise».

Fidèle à ses traditions, le FMI a récemment multiplié les exhortations à l’endroit des pays africains, notamment sur le taux d’endettement. Toutefois, la légitimité de cette institution et la pertinence de ses avis, demeurent contestées auprès de certains économistes africains. Le Ghana était même allé plus loin en annonçant vouloir se détourner de son aide. Le chef de l’Etat ghanéen avait choisi de ne pas renouveler le programme de sauvetage qui a pris fin en mars 2019, et le Ghana avait adopté on budget 2019 sans l’aide du FMI.

ON/mn