Artisanat au Sénégal : l’antre de la débrouillardise

Une cantine au village artisanale de Soumbédioune. Photo/Ouestafnews

Ouestafnews –  L’heure est matinale. Les alentours du village artisanal de Soumbédioune, situé à la Corniche Ouest de Dakar,  sont peu animés.  Quelques  voitures sur le parking. Tout autour, les premiers artisans s’empressent de franchir le portail du village pour rejoindre leurs boutiques.

Dans l’enceinte du village, c’est déjà le remue-ménage. On échange bruyamment des salutations. Quelques touristes explorent déjà les alentours sous les interpellations insistantes des vendeurs. Une nouvelle journée de travail démarre au village artisanal de Soumbédioune.

A l’intérieur de leurs échoppes, les artisans se montrent intarissables, vantant la qualité et surtout l’originalité de leurs produits.

Assis par terre, un sculpteur, entouré de petites tortues en bois, taille à coups réguliers une buche. «Faire dix tortues comme celle-ci, nous prend environ cinq jours de travail», informe-t-il.

Des statuettes, on en compte des centaines dans les dizaines de boutiques et stands qui peuplent les lieux.

«Nous sommes nés ici, au sein d’une famille de sculpteurs», déclare fièrement Georges Dione, un sculpteur, debout au cœur du brouhaha. M. Dione est également secrétaire général du corps des sculpteurs de Soumbédioune.

«Après avoir coupé le bois, on en sort toutes les formes qu’on veut, ensuite il reste le travail de finition», précise-t-il. Le rythme de travail et les efforts déployés se traduisent au final par des productions pleines de finesse.

«Ici, on compte 2330 travailleurs, artisans et apprentis compris », précise Baïla Ndiaye, le chef du bureau d’accueil de ce village artisanal, crée en 1961.

En visitant les lieux, on constate que la plupart des domaines de l’artisanat y sont représentés. On y trouve des maroquiniers, des bijoutiers, des menuisiers, des sculpteurs, tous regroupés en corporation.

Le village présente aussi des objets de décoration à base de matières de récupération. Ces derniers représentent le quotidien au Sénégal, notamment le « car rapide » (minibus très coloré servant de transport urbain à Dakar).

Modou Bèye est le président des artisans maroquiniers. Assis tout autour de lui, ses trois apprentis, armés chacun d’une petite lame grattent délicatement des peaux de crocodile et de serpent.

«Cela demande du temps et du travail. Il faut trouver la peau, la préparer, la gratter, la coudre et après mettre la teinture», explique l’un d’entre eux.

Et cette délicatesse, on la note chez tous les artisans de la place.

Venue du Burkina Faso, Isabelle, professeure de latin s’achète quelques objets d’art avant de confier qu’elle «trouve que l’artisanat au Sénégal est coloré et très bien fini. Les prix sont très abordables et j’ai été agréablement surprise».

«Il faut négocier au début mais à la fin les prix sont abordables et la finition de ces objets est très remarquable. C’est une belle découverte pour moi», soutient Géraldine, une touriste française, venue pour la première fois au Sénégal.

L’action de l’Etat

Dans son Plan Sénégal émergent (PSE), le gouvernement sénégalais fait du secteur de l’artisanat une priorité. Plusieurs promesses de financement ont été faites par l’Etat.

En 2015, le chef de l’Etat, Macky Sall, annonçait la mise en place d’un fonds d’un montant total de 8 milliards FCFA, destiné à accompagner le secteur de l’artisanat, en infrastructures et formation des acteurs. L’Etat avait aussi promis la réhabilitation du centre de formation artisanale de Dakar.

Au niveau des artisans, l’appréciation de l’action de l’Etat est pour le moins mitigé. Quelques-uns, comme Georges Dione, le président de la corporation des sculpteurs de Soumbédioune saluent la réfection par le gouvernement  du village et le renouvellement de certains équipements.

D’autres comme  Samba Pam, fabricant de tableaux exposés sur l’avenue William Ponty à Dakar, estime que l’Etat ne les aide pas du tout. «Certes il y a  quelques écoles d’art au Sénégal, mais il n’y a pas un suivi et la plupart apprennent le métier sur le tas. C’est mon ami qui le faisait donc il me l’a appris», souligne-t-il.

Vente de tableaux sur l’avenue Peytavin à Dakar. Photo/Ouestafnews

Vendeur de tableaux au marché de Sandaga depuis 20 ans, Djiby Dia, dit n’avoir pas besoin d’un soutien de l’Etat.

Malgré plusieurs déplacements effectués vers le ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, nos tentatives d’avoir une réponse sur la politique de l’Etat Sénégalais, se sont restées vaines.

Toutefois, les données consultées sur le site dudit ministère, le Sénégal compte 122.092 entreprises artisanales dans 120 corps de métiers répartis ainsi : 62,2 % pour l’artisanat de production, 11.3% pour l’artisanat d’art et 26.5% pour l’artisanat de service. 59.2 % d’entre eux sont répartis en milieu urbain et 40.8 % en milieu rural.

CAK/mn/dd

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