Bénin-Tourisme et Covid-19 : des acteurs à bout de souffle à Ganvié

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Après les restrictions dues au Covid qui a plombé le secteur, l’activité touristique a repris à Ganvié (Bénin). Mais les touristes se font toujours rares./Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews – A Ganvié, cité lacustre située sur le lac Nokoué au nord de Cotonou, les acteurs du tourisme n’en finissent pas de subir les effets de la pandémie. Après une année 2020 catastrophique, certains tentent de se trouver de nouvelles voies.

Eric Kiki, n’est pas content : « la situation est catastrophique. De mars à décembre 2020, je n’ai rien gagné parce que j’ai été obligé de rester à la maison et je n’ai reçu aucune aide du gouvernement ». Guide touristique à Ganvié et secrétaire général de l’Association des acteurs du tourisme de la commune de Sô-Ava (AAT-CSA), Eric Kiki n’en peut plus de cette situation. Ce 21 décembre 2021 à la station touristique d’Abomey-Calavi, les personnes désireuses de visiter Ganvié, la « Venise de l’Afrique », ne se bousculent pas.

Eric et nombre de ses collègues n’avaient jamais cru que la pandémie « aurait de telles répercussions » sur leurs activités. S’étant retrouvé dans la précarité, il réussit par le concours d’une amie touriste, à se lancer dans une autre activité. « J’ai ouvert une cabine de transfert de crédit et de Mobile Money, pour pouvoir nourrir mes enfants et m’occuper de ma famille », explique-t-il. Mais, cette occupation est loin de le sortir d’affaire. « Grâce au tourisme, je gagnais 250.000 à 300.000 FCFA bruts par mois (…). Aujourd’hui, j’ai à peine 30.000 FCFA », se plaint-il, ajoutant avoir encore des frères et sœurs à sa charge.

Ils sont nombreux, les guides de cette station touristique à payer un lourd tribut au Covid-19. Assis à une cinquantaine de mètres d’Eric ce jour-là, ils sont une dizaine à discuter dans le calme. Certains roupillent. Comme ça arrive si souvent depuis la reprise des activités, après le break imposé par le Covid-19, ils se tournent les pouces, guettant furtivement l’arrivé d’éventuels touristes.

« Tous les jours, nous venons à l’embarcadère en espérant avoir des clients mais les touristes se font rares comme vous pouvez le constater sur le terrain », lance, déçu, Théophile Aïvodji. N’ayant pas « un autre job en dehors de celui de guide », lui aussi se plaint de n’avoir reçu aucune aide de l’Etat.

« On était en pleine saison quand on a été forcé de rester à la maison pendant un an. Aujourd’hui qu’on a repris, la clientèle fait défaut. Je crois que les gens ont peur », raconte Laurent Okou, un autre guide. Lui a reçu de l’aide, mais pas du gouvernement. Une modique somme de 50 euros d’une association qui œuvre pour la promotion du tourisme au Bénin.

Plus chanceux que ses collègues ce jour-là, Laurent a conduit deux touristes européennes pour une visite guidée de près de deux heures dans la cité lacustre. « Quand on a la chance, on peut faire deux tours. En temps normal, avant la pandémie, je pouvais faire le plein toute la journée », fait-il remarquer, nostalgique. Egalement producteur d’ananas, Laurent tient les deux bouts grâce à cette seconde activité qui lui a permis de s’occuper de sa famille au plus fort de la pandémie.

D’autres, raconte Eric Kiki, n’ont eu comme option que d’abandonner le guidage de touristes, leur situation frôlant l’indigence. « Ils sont tombés dans une telle précarité qu’ils ont été obligés de retourner vivre à Ganvié. Ils n’avaient plus les moyens de faire face à leurs charges ».

Des pertes colossales

Du côté des hôteliers, la situation n’est pas plus reluisante. Avec une clientèle constituée à plus de 80 % d’Européens, l’hôtel Chez Raphaël paie le prix fort. A cause du confinement et de la fermeture de l’espace aérien européen, « les clients étaient devenus brusquement rares », se souvient le gérant, Anselme Mignanwandé. La découverte du premier cas de Covid-19 sur le sol béninois le 16 mars 2020, et la prise de mesures restrictives finiront par porter le coup de grâce à l’établissement.

« Nous sommes restés fermés jusqu’en décembre 2020 avant de rouvrir pour la fin d’année. C’était un coup très dur pour nous », se rappelle avec amertume Anselme Mignanwandé. Face aux difficultés, le complexe a dû se séparer des 2/3 de son personnel permanent qui est passé de 11 personnes avant la pandémie, à 4 aujourd’hui.

Malgré la reprise des activités, les clients sont rares. « Quelques touristes européens et américains viennent maintenant mais c’est toujours difficile pour nous. On fait à peine 20 % de la moyenne de notre chiffre d’affaires d’avant-Covid-19 », regrette le gérant.

Première destination touristique du Bénin, Ganvié a vu le nombre de ses visiteurs s’effondrer. Au début de la levée des mesures restrictives, il pouvait se passer plusieurs jours sans qu’un seul touriste ne soit enregistré, explique Isaïe Akpodji, un représentant de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT). Aujourd’hui, le nombre de touristes enregistrés quotidiennement varie globalement d’une vingtaine à une cinquantaine. Or, avant la crise, on en enregistrait jusqu’à une centaine, surtout pendant les fêtes de fin d’année, fait savoir Isaïe Akpodji.

Un secteur ébranlé

Avec 50.000 emplois directs et 100.000 emplois indirects, le secteur touristique apparaît comme le plus gros pourvoyeur d’emploi au Bénin, après l’agriculture et le commerce, selon l’« Etude des impacts socio-économiques du covid-19 au Benin » publié en décembre 2020 par l’équipe-pays des Nations unies et ses partenaires. Secteur essentiel de l’économie, il représentait en 2018, 5 % du PIB et 5% des emplois (World Trade Travel Center).

Inscrit au Programme d’actions du gouvernement comme secteur prioritaire, le tourisme fait partie des plus impactés par la crise sanitaire qui a touché aussi bien les ménages (36,8 %) que les entreprises (40 %). 75 % des entreprises touchées sont dans le tourisme, l’hôtellerie et la restauration.

Un rapport de la fondation Friedrich Ebert sur l’impact socio-économique du Covid-19 au Bénin, révèle d’importantes pertes de capacités productives, dont 58,3 % dans le secteur du tourisme-hôtellerie-restauration. Ledit rapport fait aussi état de pertes massives d’emplois (20 %) dans le même secteur.

Reconversion

Pour s’en sortir, tous les moyens sont bons. Face à la pénurie de touristes à Ganvié, Anselme Mignanwandé a développé un service de livraison de repas à domicile. Son établissement a également mis ses barques, habituellement réservées aux touristes, au service du transport des riverains.

Tirant leçon de la pandémie, Anselme Mignanwandé a décidé de promouvoir un tourisme local tourné vers les Béninois et les Africains en 2022.

Le tourisme local, c’est aussi la solution de secours à laquelle ont pensé les guides et qu’ils ont d’ailleurs mise en œuvre pendant les vacances 2021, à en croire Théophile Aïvodji : « on a décidé de miser sur les nationaux pour essayer de nous en sortir. (…) on a exhorté nos compatriotes à visiter Ganvié, car le tourisme n’est pas réservé qu’aux étrangers.»

FMN/fd/ts

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