Ouestafnews – Le gouvernement burkinabè a annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’Etat dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 janvier 2026 à Ouagadougou. Il a ensuite dévoilé ce qu’il a présenté comme la stratégie des putschistes présumés, accusant l’ex-président de la transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, réfugié au Togo, d’être leur chef de file. Il était difficile pour Ouestaf News de vérifier les accusations du gouvernement avec des sources indépendantes.
S’exprimant à la télévision nationale le mardi 6 janvier 2026, le ministre burkinabè de la sécurité, Mahamadou Sana, a confirmé l’existence d’un projet de déstabilisation du pays à la date du 3 janvier 2026 à 23 heures. Il a expliqué que la stratégie des putschistes consistait à assassiner des personnalités civiles et militaires en commençant par la neutralisation du président du Faso. Au pouvoir depuis septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré devait être visé « soit à bout portant, soit par une action pour miner son domicile », a-t-il précisé.
Selon le ministre, les acteurs de la tentative du coup d’État avaient aussi planifié de « mettre hors service la base drone » et de faciliter la pénétration de « forces extérieures pour une intervention militaire terrestre ». Ce qui, aux yeux du gouvernement, met en évidence les ramifications extérieures du putsch manqué.
Pour « sécuriser » l’enquête lancée par les autorités, Mahamadou Sana n’a dévoilé que l’identité du meneur présumé de l’opération : l’ex-lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien président du Burkina Faso exilé au Togo depuis septembre 2022, victime du coup d’Etat dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Sa mission était de « concevoir et de planifier les actions, de rechercher et de mobiliser les fonds », mais aussi de « recruter des populations civiles et des militaires », a précisé le ministre de la sécurité.
Sur un autre registre, Mahamadou Sana a déclaré qu’une « bonne partie du financement provient de la Côte d’ivoire dont la dernière opération s’élève à 70 millions FCFA ».
Le Burkina Faso accuse régulièrement la Côte d’Ivoire d’encourager les attaques d’opposants politiques burkinabè réfugiés sur son territoire. Ce qu’Abidjan a toujours démenti.
Dans ce climat vicié et délétère, le ministre de la sécurité a rassuré quant au contrôle de la situation, indiquant que les enquêtes et interpellations se poursuivent.
Les aveux de complices
En complément aux explications ministérielles, la télévision nationale a diffusé le 6 janvier une vidéo dans laquelle El hadj Madi Sakandé, commerçant de profession et s’exprimant en langue locale mooré, raconte son implication dans le coup d’État manqué.
Entre 2023 et 2025, il avoue avoir été en contact avec Paul-Henri Sandaogo Damiba en tant qu’intermédiaire entre lui et des militaires et des civils. C’est lors de sa deuxième rencontre avec Damiba que celui-ci lui aurait dévoilé son « intention de faire un coup d’État » en lui demandant « d’identifier des soutiens capables de l’aider ».
A cet effet, El hadj Madi Sakandé dit avoir contacté son ami El Hadj Wimèga Ali, lui aussi commerçant. Ce dernier lui aurait alors recommandé son petit-fils du nom de Salif, un militaire présenté comme proche du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. A l’en croire, le jeune homme avait accepté « d’assassiner le président Ibrahim Traoré et de poser des explosifs sur des sites fréquentés par des chefs militaires à Ouaga 2000 ».
A ce niveau, les 70 millions de FCFA évoqués par le ministre de la sécurité trouvent un prolongement : El Hadj Madi Sakandé reconnait avoir récupéré le montant indiqué lors d’un déplacement en Côte d’Ivoire. Si une partie de cette somme a été distribuée « à trois personnes, deux femmes et un homme », c’est le mystère sur la destination du reste de l’argent.
El Hadj Madi Sakandé affirme avoir été arrêté par les forces de sécurité chez son ami Wimèga Ali à Ziniaré, une ville située à environ 35 km de la capitale Ouagadougou. Il a ajouté que le militaire Salif était présent sur les lieux avec un véhicule contenant des armes.
Dans une autre vidéo diffusée toujours par la télévision nationale le 7 janvier 2026, El Hadj Wimèga Ali livre sa version des faits, presque identique à celle de son ami El Hadj Madi Sakandé. Il reconnaît être un complice de la tentative de déstabilisation du pays.
Dans les rues de Ouagadougou
Tout a commencé dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 janvier 2026, quand les partisans du capitaine Ibrahim Traoré ont pris d’assaut le « Rond-Point de la Nation » à Ouagadougou à quelques encablures de la présidence du Faso. Ils scandaient des slogans hostiles à « l’impérialisme » et à ses « esclaves de salon ».
Dans un reportage diffusé peu après sur la télévision nationale, les «wagnigna» ( Ndlr : en langue mooré signifient les soutiens inconditionnels du président Traoré) disent sortir pour barrer la voie aux imposteurs de la République et à toute tentative de déstabilisation du pays. Sur les images, des soutiens du régime soulignent avoir pris connaissance du putsch projeté grâce à une vidéo diffusée par un activiste depuis les États-Unis. Le document les invitait à ne pas dormir cette nuit (Ndlr : du samedi 3 au dimanche 4 janvier) « parce que la République est en danger ».
RA/md
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