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Burkina Faso : le gouvernement tente de rassurer la presse dans un climat de répression

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Ouestafnews – Dans une tentative de resserrer les liens avec les acteurs du secteur médiatique, le gouvernement burkinabè a organisé le 5 mai 2025 une rencontre avec les patrons de presse à Ouagadougou. Cette initiative, tenue au lendemain de la Journée mondiale de la liberté de la presse, intervient dans un contexte de tensions entre le gouvernement de transition et des organes de presse, sur fond de crise sécuritaire.

Le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a rencontré les patrons de presse burkinabè lors d’une séance d’échanges, a annoncé un communiqué du ministère consulté par Ouestaf News. Ces échanges ont « permis aux deux parties d’aborder les défis actuels du secteur médiatique et de tracer ensemble les perspectives d’une collaboration plus fructueuse », précise la même source.

Face à des responsables d’organes de presse et des représentants d’associations professionnelles, le représentant du gouvernement a appelé à une « parole responsable » en temps de crise, tout en insistant sur la portée stratégique de l’information.

« Une information mal relayée peut décourager les forces de défense, une image sortie de son contexte peut semer la panique », a-t-il averti.

Le ministre a également assuré que l’exécutif ne cherche pas à contrôler l’information. Il a aussi appelé à une meilleure coordination entre les rédactions et les autorités. L’objectif, selon lui, est d’éviter la diffusion de contenus susceptibles de compromettre la sécurité nationale.

La rencontre intervient dans un climat tendu entre autorités et professionnels de l’information au Burkina Faso. Depuis plusieurs mois, les journalistes burkinabè font face à une recrudescence d’actes de répression : enlèvements, menaces, suspensions de médias et pressions sur les rédactions.

Une situation qualifiée d’« alarmante » par la principale organisation de journalistes du pays, l’Association des Journalistes du Burkina (AJB), le 21 mars 2025 lors de l’Assemblée générale de l’organisation. L’AJB dénonçait une volonté délibérée « de museler la presse indépendante ».

Suite à ces dénonciations, Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, président et vice-président de l’AJB, ont été enlevés, le 24 mars 2025 au Centre national de presse Norbert Zongo par des individus se présentant comme des agents des services de renseignement.

Guézouma Sanogo estimait aussi que la Radiotélévision du Burkina (RTB) et l’Agence d’Information du Burkina (AIB) ont été transformées en relais de la « propagande du régime militaire ». Il a également accusé le pouvoir d’avoir expulsé les médias internationaux indépendants et de chercher à faire taire les voix critiques sur le plan national.

Le Conseil supérieur de la communication (CSC) a suspendu l’accès à plusieurs médias internationaux, dont TV5 Monde, Deutsche Welle, Le Monde.fr, The Guardian, BBC et Voix de l’Amérique. En 2024, au moins sept professionnels des médias (quatre journalistes et trois chroniqueurs) ont été enlevés, selon l’AJB.

En octobre 2024, lors d’une session de la Commission africaine des droits de l’homme à Banjul, un haut responsable burkinabè a reconnu que des journalistes avaient été réquisitionnés par l’armée. Cette révélation a provoqué l’indignation d’organisations internationales comme Reporters Sans Frontières, qui y ont vu une dérive répressive extrême.

Face à ces multiples atteintes, l’AJB a récemment lancé un appel à la mobilisation des organisations de défense des droits humains et des libertés publiques, dénonçant une situation « sans précédent » dans l’histoire récente du journalisme burkinabè.

En 2025, le Burkina Faso a poursuivi sa chute dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières (RSF), se classant désormais à la 105ᵉ place sur 182 pays. Après avoir été 58ᵉ en 2023 puis 86ᵉ en 2024, le pays enregistre une dégradation continue, illustrant le climat de plus en plus répressif envers les médias.

RSF attribue cette dégringolade à l’imposition d’un « traitement patriotique de l’information » par les autorités de transition, une ligne éditoriale officielle qui favorise la propagande d’État au détriment de l’indépendance journalistique et du pluralisme.

Pour le ministre de la communication burkinabè, « il ne s’agit pas de censure, mais de coordination ». Pingdwendé Gilbert Ouédraogo a ajouté, lors de la rencontre avec les acteurs de la presse, que le gouvernement cherche « non pas dominer l’information, mais lui redonner du sens dans une optique de survie nationale ».

Le ministre a également évoqué la nécessité pour les médias de produire des contenus valorisant les efforts des forces de sécurité et des populations civiles, notamment les initiatives locales de résilience face aux violences.

Selon le communiqué du ministère, la rencontre a aussi permis d’aborder les difficultés économiques auxquelles font face les entreprises de presse. Des difficultés reconnues par le ministre qui promet un accompagnement à travers le Fonds d’appui à la presse privée (FAPP) et la Direction générale des Médias et de la Communication (DGMC), avec un accent mis sur la transformation numérique.

Cyriaque Paré, fondateur du média en ligne Lefaso.net, cité par l’Agence de l’information du Burkina (AIB), a salué l’initiative tout en rappelant les attentes du secteur. Selon lui, « il était important que le ministre prenne cette initiative pour apaiser le climat dans le secteur des médias ».

Cette réunion intervient quelques jours après la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée cette année dans un climat tendu au Burkina Faso. Des  voix se sont récemment élevées contre les restrictions sécuritaires dans le traitement de l’information, ainsi que les pressions institutionnelles pesant sur certains médias.

Malgré ces gestes d’ouverture, la situation reste préoccupante. Tant que des journalistes demeurent portés disparus et que la censure reste pratiquée, la volonté affichée de dialogue par les autorités peinera à convaincre pleinement les défenseurs de la liberté de la presse.

HD/fd


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