Burkina Faso – réticence face au vaccin anti-Covid – les autorités se donnent en exemple pour convaincre

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Le ministre de la Santé, Pr Charlemagne Ouédraogo prenant la première dose de la campagne de vaccination pour convaincre les sceptiques/Photo-Ministère de la Santé-Burkina.

OuestafNews – Le Burkina Faso a lancé la campagne de vaccination contre le Covid-19, le 2 juin 2021. Le ministre de la santé, le professeur Charlemagne Ouédraogo et quelques autorités administratives ont été les premières personnes à se faire vacciner. Mais au sein de la population, l’engouement n’y est pas.

Chez nombre de Burkinabè, la première réaction face au vaccin contre le Covid-19, c’est le rejet. Les nombreuses polémiques sur les effets secondaires des vaccins sont passées par là. Surtout les critiques contre l’AstraZeneca, le vaccin d’origine anglaise, qui aurait provoqué des thromboses chez certains patients dans d’autres pays.

La médiatisation au niveau mondial de ces effets secondaires, a fait naître le doute chez plusieurs Burkinabè.

« Même si l’équipe s’installait devant ma porte, je ne pense pas me faire vacciner », affirme François D’Assise Ouédraogo, agent d’assistance culturel qui dit préférer attendre la mise au point d’un vaccin sûr.

Yenilo Bahan, étudiant en Master à l’Université Joseph ki-Zerbo est catégorique. « Je ne suis pas prêt à me faire vacciner », déclare-t-il. Pour lui, vu la polémique qui entoure le vaccin AstraZeneca, le gouvernement doit prendre des mesures pour examiner dans le fond les contours du produit avant de commencer à vacciner la population.

« Je ne serai pas prêt à me soumettre à ce vaccin », déclare Diakalya Traoré, un magistrat qui explique sa réticence par les « divergences » entre les scientifiques eux-mêmes.

« Si le vaccin nous est proposé, nous allons sans doute l’accepter, parce que nous sommes plus exposés que le reste de la population », tempère le médecin Elvis Anicet Youl, rappelant la situation des personnels de santé en contact permanent avec le Covid-19.

Kayabila Tougri, ingénieur de recherche à l’Institut des sciences des sociétés au Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST), lui, se dit prêt à se faire vacciner mais à une condition : qu’il doive voyager et que le vaccin lui soit imposé pour cette raison.   

La religion à la rescousse

La peur et l’inquiétude qui habitent une partie de la population, le gouvernement l’a comprise. Pour déconstruire les idées déjà reçues et intériorisées, il a décidé de faire recours aux leaders religieux.

Le ministre de la santé, le professeur Charlemagne Ouédraogo, a présenté à ces leaders le plan national de déploiement de vaccins et de vaccination le 12 avril 2021, à Ouagadougou. Le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Pengdwendé Clément Sawadogo qui a présidé la rencontre leur a demandé de s’impliquer fortement dans l’introduction du vaccin. Selon lui, le scepticisme vis-à-vis [du] Covid-19 est très élevé mais l’appui des personnalités influentes, les populations accepteront de se faire vacciner.

En vue de mieux comprendre la situation, le ministère de la santé a diligenté, du 26 avril au 7 mai 2021, une enquête sur la perception, les préoccupations et les attentes de la population. L’objectif est d’aider les autorités politiques et administratives dans leur prise de décision pour le déploiement du vaccin.

Une note de service, signée le 20 avril 2021 par le Secrétaire général du ministère, docteur Lionel Wilfried Ouédraogo, a été préalablement adressée aux directeurs régionaux et responsables de santé dans ce sens. Cependant, rien n’a encore filtré concernant les résultats de cette enquête.

En attendant et malgré le faible taux d’infection au Covid-19 au Burkina Faso (13.435 personnes contaminées au total ; à la date du 31 mai 2021 pour une population de 20 millions d’habitants), docteur Moumouni Niaoné, médecin spécialiste de santé publique, conseille à la population de se faire vacciner. « On ne sait jamais à quel moment les variantes peuvent survenir. Plus le virus circule librement, plus il y a des risques », prévient le médecin. Pour lui, seule la vaccination peut permettre de réduire ce risque dans la mesure où « le virus va circuler moins et permettra de protéger les personnes les plus vulnérables »

Il s’insurge contre ceux qui, sur la base du faible nombre de décès enregistrés s’opposent à la vaccination. « [Ils] se trompent. Quand on parle de santé, ce n’est pas seulement l’absence de maladie mais aussi un bien-être physique, mental et social. Alors que quand on parle de bien-être mental, on veut que chacun puisse sortir et aller partout où il veut sans avoir cette angoisse, cette psychose d’attraper la covid19 », affirme-t-il.

Entre le 9 mars 2020, date d’apparition de la maladie au Burkina Faso, et le 31 mai 2021, le pays totalise 13.435 personnes infectées. 13.256 ont été guéries, 167 ont perdu la vie et 12 personnes étaient encore sous traitement.

L’opération de vaccination va coûter plus de 50,8 milliards CFA. L’État et ses partenaires techniques et financiers assurent plus de 33,5 milliards de francs CFA. L’Alliance mondiale pour la vaccination et les vaccins (GAVI) et le mécanisme COVAX prennent en charge plus de 17 milliards, a confié le ministre de la Santé, lors de la rencontre d’échanges avec les leaders religieux.

Le 30 mai 2021, le Burkina Faso a réceptionné 115.000 doses de vaccin AstraZeneca. Au total, le pays va recevoir 1.380.000 doses dans le cadre l’Initiative Covax (Covid-19 Vaccines Global Access), a précisé le ministre de la Santé, le professeur Charlemagne Ouédraogo lors d’une rencontre avec la presse.

La dotation correspond au besoin de 20% de la population totale du Burkina Faso, a précisé le coordonnateur du comité sectoriel « Santé » de la riposte au Covid-19, le docteur Brice Bicaba, lors d’une conférence de presse, le 26 mars dernier.

L’initiative Covax a été développée à travers un partenariat entre Gavi (L’Alliance mondiale pour la vaccination et les vaccins), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI). Elle veut permettre à 92 pays à faible revenu d’avoir accès au vaccin.

Les cibles prioritaires

L’administration du vaccin au Burkina Faso vise à terme un peu plus de 15 millions de personnes sur l’ensemble du territoire, selon le ministre de la Santé. Les cibles prioritaires sont les professionnels de santé, les candidats au pèlerinage, les personnes vivant avec des comorbidités, telles l’hypertension artérielle, le diabète, l’insuffisance rénale, selon la même source qui précise que la vaccination est gratuite et volontaire.

La première dose du vaccin a été injectée au ministre de la Santé, le 2 juin 2021, au centre médical urbain du secteur 52 de la commune de Ouagadougou. Ceci, afin d’inciter la population, toujours réticente, à se faire vacciner. Il a réaffirmé son adhésion totale au vaccin et exclut les risques que font courir les rumeurs.

A la suite du ministre de la Santé, le maire de la commune de Ouagadougou, Armand Roland Pierre Béouindé, le ministre des Sports et Loisirs, Dominique Nana et le gouverneur de la région du Centre, Sibiri de Issa Ouédraogo se sont aussi faits vacciner.

Après les premières doses reçues début juin, les volontaires à la vaccination recevront les deuxièmes doses au mois d’août 2021.

L’Académie des sciences, des arts et des lettres du Burkina Faso (ANSAL-BF) a proposé que l’État vaccine toutes les personnes ayant plus de 14 ans et qui ont donné leur consentement. Et en tête de liste, le personnel de santé, les Forces de défense et de sécurité, les personnes souffrant de diabète, d’hypertension artérielle, de maladies pulmonaires chroniques, et celles ayant 60 ans et plus. Puis les enseignants, les étudiants et élèves du post-primaire, le personnel aéroportuaire et des postes frontaliers ainsi que les commerçants des marchés.

Le groupe consultatif stratégique des experts de l’OMS sur la vaccination recommande à tous les 92 pays bénéficiaires de l’initiative Covax de vacciner prioritairement trois groupes cibles : les agents de santé de première ligne en contact avec les malades, les personnes âgées de plus de 65 ans et les personnes à risques de moins de 65 ans souffrant de problèmes de santé sous-jacents qui les exposent à un risque plus élevé de décès.

GS/fd/ts

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