Burkina : les infrastructures de santé sous-équipées…

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Façade du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou. Un CHU qui, comme les autres, souffre de déficit d'équipements./Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews – Les infrastructures sanitaires publiques et le corps médical burkinabè se caractérisent par une insuffisance en qualité. Ce n’est pas un problème nouveau. Mais le covid-19, apparu en mars 2020, en a révélé l’ampleur.

L’apparition du Covid-19, en mars 2020, l’a montré : les équipements manquent ; les consommables et les réactifs sont le plus souvent en rupture dans les hôpitaux du Burkina Faso. Le Centre Hospitalier universitaire (CHU) de Tengandgo, à Ouagadougou, premier hôpital réquisitionné pour l’hospitalisation des personnes souffrant de la maladie, avait moins de cinq lits de réanimation au moment de l’éclatement de la maladie. Les CHU Yalgado Ouédraogo et celui pédiatrique Charles de Gaules, à  Ouagadougou, ainsi que le CHU Sanou Sourou, à Bobo-Dioulasso, ne présentaient pas non plus un visage reluisant en termes de plateau technique.

C’est plus de cinq mois après le diagnostic du premier cas de Covid-19 que le ministère de la Santé a acquis 100 lits complets de réanimation, dans le cadre de la prise en charge de la pandémie au profit des CHU Tengandogo, Yalgado Ouédraogo, Charles de Gaules et Sanou Sourou. Il a également reçu des réactifs, des consommables et des équipements de laboratoire d’une valeur de 83.043.600 FCFA de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

La sous-section du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) du CHU Sourou Sanou a dénoncé, en mars 2021, de nombreux dysfonctionnements : équipements obsolètes et pannes récurrentes en radiologie, en chirurgie et au laboratoire.

Le défaut en infrastructures sanitaires de référence, en personnel médical spécialisé et en équipement moderne n’est pas chose nouvelle. L’Assemblée nationale soulignait déjà les mêmes insuffisances dans son Rapport d’enquête parlementaire sur le système de santé au Burkina Faso 2006-2016, rendu public le 13 décembre 2017.

Malgré une offre en nette croissance depuis 2010, le nombre d’hôpitaux reste encore insuffisant pour une population de plus de 20 millions d’habitants, selon quelques observateurs du secteur de la santé.

Le Burkina Faso compte actuellement 45 centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA). Ils assurent, en plus des soins infirmiers, ceux de médecine générale et les urgences chirurgicales. Neuf centres hospitaliers régionaux (CHR) s’occupent des pathologies ne pouvant pas être traitées dans les CMA.

Six centres hospitaliers universitaires (CHU) constituent le sommet du système de santé. Ils disposent, en principe, de plusieurs unités spécialisées, de personnel sanitaire et de plateau technique plus qualifiés. Ils regroupent les CHU Yalgado Ouédraogo, Bogodogo, Tengandgo et le CHU pédiatrique Charles De Gaulle à Ouagadougou, le CHU Sourou Sanou à Bobo-Dioulasso et le CHU régional de Ouahigouya.

Un CHU régional est en voie de construction dans la ville de Gaoua, dans la région de l’Est. La décision a été prise en conseil des ministres le 21 octobre 2021. Financé par le budget de l’État, son délai d’exécution est de 36 mois.

Faible plateau technique, personnel insuffisant

La réalisation de ces nouvelles infrastructures ne peut à elle seule sauver un système de santé mal en point. A la date du 31 juillet 2017, le Réseau d’accès aux médicaments essentiels (RAME) relevait qu’au CHU Tengandgo, anciennement hôpital national Blaise Compaoré, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) était non fonctionnelle. Une situation que le RAME a justifiée par le volume insuffisant de l’hélium, un gaz indispensable à la mise en route dudit appareil.

De passage au CHU Yalgado Ouédraogo, le 6 juin 2017, l’ancien Premier ministre, Paul Kaba Thiéba a constaté que le scanner y était en panne. Son dépannage nécessitait la somme de plus de 188 millions FCFA.

Dans les blocs opératoires de cet hôpital, des interventions chirurgicales sont reportées par manque d’oxygène médical ou pour pannes de scialytiques (Ndlr : dispositif médical avec un système d’éclairage utilisé dans les salles opératoires), de bistouris, d’aspirateurs, de chariots d’anesthésie, a dénoncé le Secrétaire général de la sous-section du SYNTSHA, Hamadi Konfé, au cours d’une conférence de presse le 3 juin 2017. Il a aussi regretté la réduction du service d’odonto-stomatologie à un « strict minimum » à cause des délestages récurrents.

Pour de nombreux appareils, la maintenance ne peut pas se faire localement, témoignent des professionnels de la santé. L’expertise vient de pays étrangers. Pour les appareils dont la maintenance demande une expertise locale, la difficulté essentielle se trouve au niveau du temps d’acheminement des pièces qui viennent le plus souvent de l’Europe. La mise en route après réparation prend également du temps. Les délais vont d’un jour à plus d’une semaine.

Ces situations rendent difficile voire impossible le diagnostic des pathologies graves et les soins. Les difficultés constatées de prise en charge des premiers cas de Covid-19 en sont illustratives. Une réalité qui oblige le corps médical des hôpitaux publics à orienter les patients vers des structures sanitaires privées où la prise en charge n’est pas ouverte à toutes les bourses.

S’agissant du corps médical, le Burkina Faso compte 1026 médecins généralistes et 884 spécialistes, selon la série d’annuaires du ministère de la Santé de 2010 à 2019.

Le ratio est d’un médecin pour 10.927 habitants en 2019 contrairement à l’année précédente où il était d’un médecin pour 12.000 habitants, rapporte l’annuaire statistique 2020 du ministère de la Santé. Ce ratio est en deçà de la norme recommandée de l’OMS  qui  est d’un médecin pour 5.000 à 10.000 habitants.

L’effectif de médecins est donc insuffisant pour la prise en charge sanitaire d’une population de plus de 20 millions d’âmes, réparties dans 13 régions et 45 provinces.

En terme d’équipement et de personnel médical qualifié, les différents gouvernements n’ont pas réfléchi à comment l’hôpital public doit fonctionner, regrette Arouna Louré, médecin anesthésiste-réanimateur au CHU Bogdogo. « Aujourd’hui, on doit avoir une stratégie capable de nous indiquer où nous voulions que l’hôpital public se trouve dans 10, 20 et 30 ans en termes de ressources humaines et en ressources médicotechniques », pense-t-il.

Des partenariats pour changer le visage des hôpitaux

Depuis que le Covid a sonné l’alerte, le gouvernement a entrepris une série d’actions pour changer les choses.

Le centre de traitement Covid-19 du CHU de Tengandgo a ainsi bénéficié de deux chambres de réanimation, complètement équipées, grâce à un opérateur pharmaceutique privé le 10 août 2020. D’une valeur de plus de 60.000.000 FCFA, ces chambres de réanimation devraient contribuer à une meilleure prise en charge des malades présentant des détresses respiratoires.

Le centre de traitement des épidémies de l’hôpital de Pissy à Ouagadougou a également été rénové grâce à l’appui d’une ONG, pour environ 210 millions de FCFA. Troisième centre de traitement des malades du covid-19, il compte 62 lits d’hospitalisation dont neuf en soins intensifs.

Une politique sanitaire est aussi en cours pour remédier à l’insuffisance ou au manque d’infrastructures sanitaires appropriées et de corps médical spécialisé avec l’appui de partenaires techniques et financiers.

Dans cette dynamique, le CHU régional de Ouahigouya a été renforcé par le lancement officiel des activités de l’unité d’hémodialyse, le 11 septembre 2021. Elle complète celles des CHU Yalgado Ouédraogo, Tengandgo, Souro Sanou et Bogodogo dans la prise en charge de patients insuffisants rénaux chroniques.

L’ouverture du premier centre de radiothérapie au CHU Bogodogo, le 9 avril 2021, évite désormais aux malades de cancers de se rendre à l’étranger pour des soins. Celui de Bobo-Dioulasso, en construction devrait être livré au troisième trimestre de l’année 2022. Un autre, devrait voir bientôt le jour au CHU Tengandgo.

Depuis 2016, plusieurs médecins spécialistes ont été formés et sont sur le terrain. C’est le cas par exemple des 28 nouveaux médecins pour la prise en charge des urgences chirurgicales et obstétricales. Ces dernières recrues portent le nombre de médecins spécialisés en chirurgie essentielle à 414, formés entre 1992 et 2016.

D’autres se spécialisent dans divers domaines comme l’anesthésie–réanimation, l’oncologie, la cardiologie.

En deçà de l’engagement d’Abuja

Les problèmes auxquels font face les hôpitaux de référence du Burkina du Faso tiennent beaucoup plus au budget que l’État alloue au domaine. Il est nettement inférieur à l’engagement de 15% contenu dans la Déclaration d’Abuja de 2001.

Pour booster le financement de la santé, les Etats africains avaient convenu d’une déclaration commune à Abuja en 2001,  engageant chacun d’entre eux à consacrer au moins 15 % de son budget global à la santé.

Sur le budget 2021 de l’Etat d’un montant de 2.110.974.000 FCFA, seulement 11,93% ont été consacré à la santé, rapporte le Centre d’étude et de recherche appliquée en finances publiques (CERA-FP) dans le Mémorandum de la société civile sur le budget de l’État, gestion 2021.

Dans le projet de budget rectifié de l’Etat, gestion 2020 soumis à l’Assemblée nationale, le budget de la santé a été revu à la baisse. Initialement de 13,96 %, il a chuté à 12,84% sur un total de 2 507,62 milliards FCFA, souligne également le CERA-FP dans son Analyse citoyenne du projet de loi de finances rectificative 2020. Concernant le budget 2019, seulement 11,12% ont été affectés à la santé.

Pourtant, la part allouée au secteur de l’éducation représente 22,76% du budget de l’État en 2020, pour un engagement de 20% pris au forum mondial sur l’éducation à Dakar en 2000. Le secteur agricole enregistre 10,23% du projet de budget 2019 pour un engagement de 10% pris à Maputo en 2003, relève le CERA-FP.

GBS/fd/ts

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