Côte d’Ivoire : le trafic d’espèces animales se nourrit de la corruption (chercheur)

Écailles de pangolin. Image/Capture d'écran

En Côte d’Ivoire, les saisies d’ivoire et d’écailles de pangolin se sont multipliées ces deux dernières années. Dans cet entretien avec Ouestafnews, William Assanvo, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), auteur d’un récent article sur le sujet, attire l’attention sur cette forme de criminalité transfrontalière, renforcée par la corruption et surtout le peu d’attention que les autorités accordent à la préservation de la faune.

Vous attirez l’attention sur le trafic d’espèces animales en Côte d’Ivoire. Quels sont les facteurs qui encouragent cette forme de criminalité ?

Il y a d’abord l’appât du gain. C’est lié au fait que ce trafic génère des revenus et qu’il y a moins d’attention qui est portée à ce trafic-là, contrairement au trafic de drogue, et au trafic d’armes.

Le second facteur important, c’est le fait que les peines encourues pour les trafics sont très faibles. Donc, elles ne dissuadent pas encore les trafiquants de se détourner de cette pratique. L’autre facteur est liée à la difficulté et à l’incapacité, dans une certaine mesure, des autorités ivoiriennes à contrôler la faune, tous les espaces, les forêts classées, les réserves…

Et la police forestière n’a pas suffisamment de moyens.

Et le dernier facteur que je pourrais mentionner c’est la corruption au sein des forces de sécurité, de la douane, des agents des Eaux et Forêts qui semble contribuer à cette activité-là.

William Assanvo, chercheur à l’institut d’études de sécurité.

Vous appelez à faire en sorte que la Côte d’Ivoire ne devienne pas un hub de ce trafic. A quels moyens de lutte pensez-vous ?

Je pense que d’abord il faut une prise de conscience. Il faut que les autorités ivoiriennes aient en conscience  la réalité de ce phénomène en tant que crime organisé.

Au fait, s’il n’y a pas une réponse suffisante des autorités, de tels réseaux vont continuer à s’installer, à se développer et que des liens vont se tisser véritablement entre ces trafics-là et d’autres trafics.

Donc, il y a des réseaux bien structurés qui génèrent beaucoup de revenus qui s’installent. C’est le principal appel qui a été lancé aux autorités.

Il faut une prise de conscience, améliorer la connaissance des forces de sécurité, des agents des Eaux et Forêts. Il faut renforcer, sinon accentuer les enquêtes qui ont commencé à être menées afin de démanteler ces réseaux. Il faut renforcer les dispositifs de contrôle au niveau des aéroports et des ports.

Votre étude parle aussi de criminalité transfrontalière. Quels sont les autres pays concernés ?

A plusieurs occasions, les produits interceptés provenaient soit du Burkina Faso, soit du Mali ou alors avaient transité par ces pays-là. Il y a aussi la Guinée. C’est difficile de déterminer le point d’origine des produits. Pour ça, il faut souvent mener des tests ADN pour savoir si, par exemple, telle défense d’éléphant provient de telle ou telle région. Donc, c’est difficile de déterminer à 100% d’où proviennent les produits.

Mais on sait dans tous les cas que ceux qui ont été saisis en Côte d’Ivoire en 2016 ont transité soit par le Burkina Faso, soit par le Mali ou la Guinée.

LPS-FS/mn/ad

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