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Côte d’Ivoire – Présidentielle : le gouvernement « verrouille » le dispositif du parrainage

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Ouestafnews – Lors du Conseil des ministres du 7 mai 2025, le gouvernement ivoirien a adopté une ordonnance modifiante l’article 51 du Code électoral. Cette réforme précise que le parrainage citoyen exigé pour les candidats à l’élection présidentielle doit être recueilli dans les 31 régions et les deux Districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro, excluant 12 nouveaux districts créés en 2021.

« L’électorat local concerné par le parrainage est celui des trente-et-une (31) régions et des deux (02) Districts autonomes d’Abidjan et de Yamoussoukro », annonce le communiqué du Conseil des ministres ivoirien, consulté par Ouestaf News.

Selon le document officiel, cette mesure a pour objectif d’éviter une augmentation automatique du nombre de circonscriptions administratives dans lesquelles les parrainages seraient exigés pour les candidats à l’élection présidentielle. En 2021, un décret a fait passer le nombre de districts autonomes de deux à quatorze, avec la création de douze nouvelles entités.

Le gouvernement ivoirien explique que sans cette précision dans l’article 51, le seuil de représentativité requis aurait été mécaniquement relevé, ce qui peut rendre plus difficile l’accès à la candidature.

En Côte d’Ivoire, le parrainage citoyen, introduit par le Code électoral, impose à chaque candidat à l’élection présidentielle de produire une liste de signataires représentant au moins 1 % du corps électoral local dans 50 % des régions et districts autonomes du pays. Cette exigence, qui ne s’applique qu’à l’élection présidentielle, vise, selon la législation, à garantir une base populaire minimale pour toute candidature à la magistrature suprême.

Jusqu’à présent, le texte faisait référence aux « régions et districts autonomes » sans spécifier leur nombre. Or, le décret présidentiel pris en juin 2021 a créé douze nouveaux districts autonomes, portant leur total à quatorze.

Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, cité par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), a défendu cette clarification comme une mesure technique et conservatoire. Il a précisé qu’il ne s’agit ni d’un durcissement ni d’un assouplissement du système, mais d’un verrouillage juridique pour éviter toute interprétation extensive du texte, lors de sa communication à l’issue du Conseil des ministres.

Il a également rappelé que le parrainage citoyen « contribue à renforcer la légitimité démocratique des candidatures, en instaurant une première forme d’adhésion populaire ».

Mais cette clarification intervient, à quelques mois de la présidentielle prévue le 25 octobre 2025, dans un contexte de fortes tensions politiques en Côte d’Ivoire.

La Coalition pour une alternance pacifique (CAP), regroupant 25 partis d’opposition, a récemment dénoncé la radiation de la liste électorale de plusieurs figures de l’opposition qu’elle qualifie de manœuvres d’élimination politique. Le mouvement a également exigé leur rétablissement immédiat sur la liste électorale provisoire, y compris Tidjane Thiam, le candidat dédié de Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). La CAP réclame aussi la dissolution de la CEI, un audit électoral et l’ouverture d’un dialogue national.

En parallèle de ces tensions internes, le parrainage citoyen fait aussi l’objet d’une contestation sur le plan régional, suite à une procédure en cours devant la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Cette plainte a été introduite par Jacob Mamadou Coulibaly, président de l’Alliance pour la Démocratie et la Paix (ADP) et du Parti pour l’Intégration Africaine (PIA), dénonce l’existence même du dispositif.

Dans sa requête, M. Coulibaly estime que le système constitue « un obstacle à l’égalité des chances entre les candidats » et porte atteinte au secret du vote, puisque les soutiens doivent signer en nom propre, rendant leurs préférences visibles avant même le scrutin. Il réclame son annulation pure et simple, arguant que cette procédure biaise l’expression démocratique.

L’affaire sera entendue le 14 mai 2025 à Lagos, lors d’une audience hors-siège de la Cour de la Cedeao. Une décision défavorable pourrait forcer la Côte d’Ivoire à revoir l’ensemble de son processus électoral en amont de la présidentielle.

Introduit dans la législation électorale ivoirienne lors des réformes de 2020, le parrainage citoyen constitue encore un dispositif neuf, au cœur de vives tensions politiques. Pour le gouvernement, le parrainage citoyen constitue une garantie sérieuse des candidatures. Mais pour ses détracteurs, il s’agit d’un filtre administratif injuste, qui freine l’accès de certains candidats à l’élection.

HD/fd


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