Covid-19 : les artisanes nigériennes résistent

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En difficulté depuis le début de la pandémie à Coronavirus, les artisanes nigériennes retrouvent l'espoir avec la reprise des foires et salons internationaux./Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews – Artisanes du Niger. Difficile d’estimer leur nombre. Cependant, elles constituent un maillon important de la chaîne de production. Elles ont pu faire face à la crise sanitaire de 2020.

Une petite salle d’environ six mètres carrés aménagée sur la terrasse arrière de la maison familiale. Ici se trouve l’atelier de la styliste de 38 ans, Haoua Boubacar Hassane. On y trouve des machines à coudre, des fers à repasser et bien d’autres matériels et matériaux qui entrent dans la confection d’habits. C’est un atelier de circonstance puisque depuis le début de la pandémie du Covid-19, la jeune femme n’arrive plus à écouler ses produits.

« J’étais obligée de laisser la maison de location dans laquelle j’avais mon atelier pour me retrouver ici, J’avais des commandes de la Tunisie que je devrais livrer en mars 2020 ici », affirme Haoua montrant du doigt deux grandes valises.

Mars 2020, c’était les temps forts de la maladie ayant entrainé fermeture des frontières et restrictions diverses dans tous les pays du monde.

Au Niger, « le domaine des textiles reste l’un des secteurs le plus touchés par le Covid-19 », reconnaît Abdou Aboubacar, Secrétaire général de la Chambre des métiers d’art du Niger (CMANI). Selon le responsable de cette organisation faîtière des artisans du Niger outre le textile, la vannerie, la maroquinerie et la petite restauration ont été secouées par les fortes périodes de la pandémie.

« L’approvisionnement et la livraison ont connu un arrêt pendant un moment, les ventes se font rares même (à l’intérieur) du Niger, puisque la capitale a été isolée pendant plusieurs semaines », se rappelle M. Abdou.  

Au Niger, les statistiques estiment qu’entre 900.000 et 1,2 millions de personnes exercent les activités artisanales. Les femmes constituent environ 60% de cet effectif, leur offrant ainsi des sources de revenus.  

L’artisanat nigérien est bien connu au plan régional, africain et même international grâce à l’authenticité et à l’originalité de ses produits.

Pertes sèches

Dans un stand d’exposition, Zeynabou Issoufou, une femme d’une trentaine d’années. On est à Niamey dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem). Elle est maroquinière de Balleyara, une ville située à 90 km au Nord-est de la capitale nigérienne. Sur une grande table, elle expose des chaussures, des porte-monnaie, des pouffes, des sacs et bien d’autres produits en cuir.

« Je travaillais le cuir après les travaux ménagers. Ce qui me permet de subvenir à certains de mes besoins sans attendre l’aide de quelqu’un », se réjouit-elle. Elle vend ses produits tous les dimanches au marché hebdomadaire de la ville avec une recette variant entre 15 et 50 000 FCFA par semaine.

Mais avec le Covid, elle a vu ses revenus chuter « Ce que je vendais à 10.000 FCFA sont demandés entre 4.500 et 6.000 FCFA », déplore la jeune femme. Avec les restrictions, les clients sont devenus rares. Elle vendait ses produits à des détaillants qui exportaient vers l’étranger. C’est la clientèle locale seulement qui reste. « Et elle est moins-disante que les exportateurs ».

Dans la même catégorie, Adamatou Douma, une femme d’une soixantaine d’années. Depuis son bas âge, elle fait de la vannerie. Des nattes, des vans qu’elle vendait à une clientèle constituée pour la plupart des touristes qui se rendaient dans sa ville d’Ayorou, 200 km à l’ouest de Niamey. « Je pouvais vendre une natte à 75.000 FCFA. Ce qui n’est plus possible avec l’avènement de cette maladie », se lamente la sexagénaire.

Pour toutes ces femmes, les recettes ont chuté comme pour l’ensemble des acteurs du secteur. Selon Abdou Boubacar de la CMANI, entre janvier 2020 et avril 2021, les recettes au niveau de 4 centres de Niamey suivis par son institution, ont évolué en dents de scie.

« De plus de 5 millions FCFA en janvier 2020, les recettes ont chuté à moins de 200.000 FCFA en mars 2020. Mais avec l’ouverture des frontières, on assiste à une reprise des activités », explique le secrétaire général de la CMANI.  

Survivre à la crise…

« Si ce n’était pas un métier que j’ai hérité de mes parents, j’aurais cessé de le pratiquer, tellement que le bénéfice est insignifiant par rapport à mes dépenses », se rappelle la jeune maroquinière.    

Pour leur permettre de mieux s’adapter, des ONG nationales et internationales ont accompagné les femmes artisanes durant la pandémie.

« Nous les avons d’abord organisées en groupements puis nous les avons formées dans d’autres métiers », indique Abdou Bibata, de la coopération allemande GIZ. L’Objectif étant de les amener à avoir d’autres sources de revenus.

Ces formations ont permis à chacune, dans son domaine initial ou de reconversion de faire face aux effets de la crise sanitaire. « C’est ainsi que certaines ont pu avoir des marchés dans la confection des cache-nez, des savons liquides pour le lavage des mains et d’autres accessoires entrant dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 », évalue pour sa part, Abdou Boubacar de la CMANI.

 « Pendant cette période, j’ai pu payer des caprins que j’ai élevés. Ce qui m’a permis de garder le capital de mon travail », estime Zeynabou Issoufou, la maroquinière de Balleyara.

Plus à l’ouest, dans la ville d’Ayorou, la sexagénaire s’est reconvertie, le temps de la crise,  dans l’achat et la vente de riz local et s‘est constituée un stock des matériaux de production.

Ce commerce du riz a permis à Adamatou Douma de faire des bénéfices d’environ 150 000 FCFA pendant la saison rizicole de 2020-2021.

Avec la reprise des rencontres et salons internationaux, l’activité des femmes artisanes du Niger reprend elle aussi, mais timidement, face à une pandémie qui persiste toujours.

BB/fd/ts 

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