Elections locales au Sénégal : un test avant les législatives et la présidentielle

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Ce 23 janvier 2022, 6,6 millions de Sénégalais vont élire les maires de plus de cinq mille communes et les conseillers de 46 départements./Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews – Plus de 6,5 millions de Sénégalais sont appelés aux urnes ce 23 janvier 2022 pour élire les maires et conseillers départementaux. Ce scrutin, le premier depuis la réélection du président Macky Sall en février 2019, est surtout un test pour la classe politique (opposition et pouvoir) avant les législatives de juillet 2022 et la présidentielle très attendue de 2024.

Vendredi 21 janvier 2022. Dernier jour de campagne électorale. Les rues de Liberté 6, quartier périphérique de Dakar, grouillent de convois des candidats à la mairie de la circonscription. Des caravanes sonorisées à l’effigie de leurs candidats sillonnent coins et recoins pour un dernier contact avec les populations, à 48 heures des scrutins du 23 janvier.

Partout dans le pays, les scènes sont les mêmes. Caravanes, visites de proximité, meetings se sont multipliés pendant deux semaines avant de s’achever ce vendredi 21 janvier, dernier jour fixé par le code électoral.

En dépit d’un climat politique délétère, tendu et très polarisé, la campagne s’est finalement passée dans un calme relatif, à l’exception de quelques scènes de violence isolées. Mais des blessés ont été recensés dans certains endroits et des bien matériels saccagés.

Ces élections locales ont « une grande importance » pour Samba Thiam, 30 ans, résident du quartier de Liberté VI. Mais il n’y vote pas. Il se rendra dans la ville de Thiès (70 kilomètres de Dakar) pour y faire son choix. « Il y a beaucoup de problèmes dont souffrent les populations locales, je pense que c’est aux maires de prendre à bras-le-corps ces préoccupations des populations », explique-t-il.

Le sexagénaire Mohamed Camara trouve lui aussi « important de voter ». Mais il déplore qu’« une fois élus, certains maires oublient les soucis de leurs administrés ».

Ce genre de déception et la défiance vis-à-vis d’une classe politique très encline à se renier pour se retrouver dans des combines et des arrangements les plus surréalistes, pourraient pousser certains citoyens à l’abstention.

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Ce scrutin, plusieurs fois reporté, est le premier depuis la réélection du président Macky Sall en février 2019. Il va concerner les mandats des maires et des conseillers municipaux et départementaux, en place depuis 2014.

Le Sénégal compte plus de 500 communes administrées chacune par un maire et des adjoints, toutes réparties dans les 46 départements du pays.

Les deux élections organisées simultanément sont distinctes et concernent deux institutions locales différentes, à savoir la « commune » et le « département ». Nouveauté de ce scrutin : pour la première fois, les maires seront élus au suffrage universel direct.

Auparavant, c’était les conseillers municipaux qui, une fois élus par les citoyens, choisissaient le maire.

Selon le code électoral N°2021-35 du 23 juillet 2021 modifié, les citoyens élisent directement le maire pour une durée de cinq ans. Les conseillers municipaux sont élus pour « 45% au scrutin de liste majoritaire à un tour, sur liste complète, sans panache ni vote préférentiel et pour 55%, au scrutin proportionnel avec application du quotient municipal », indique le code.

Enjeux 

Ces élections locales seront un baromètre en perspective de l’élection présidentielle de 2024. Aussi bien pour le président Macky Sall et sa coalition au pouvoir que pour l’opposition. 

« Cette élection permettra au président Sall de savoir s’il est soutenu par les Sénégalais et s’ils ont apprécié sa gouvernance et sa politique. C’est en fonction de ce résultat-là qu’il va se déterminer, me semble-t-il, par rapport à des enjeux importants pour l’avenir », analyse Moussa Diaw, professeur de science politique à l’université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, interrogé par Ouestaf News.

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Plus précis, Bocar Harouna Diallo, auteur d’un article d’analyse sur les enjeux de ces élections, ajoute que « si la coalition du parti au pouvoir arrivait à gagner 90% des communes du Sénégal, elle sera rassurée pour les élections législatives et la présidentielle de 2024 ».

S’il estime que l’issue de ces élections locales aura une influence sur les échéances futures, Bocar Harouna Diallo pense aussi qu’après la révision du code électoral, ces élections portent en elles « un enjeu de transparence ».

Coalitions

Pour faire face au régime en place, « Benno Bokk Yakaar », les partis et mouvements de l’opposition se sont retrouvés eux-aussi dans différentes coalitions.

Tant au sein de la mouvance présidentielle ou que de l’opposition, les investitures pour les élections locales ont donné lieu à des batailles farouches, parfois à des scissions, au sein des partis. Des attitudes qui confirment, pour certains Sénégalais, que les acteurs politiques du pays, au fond, sont davantage intéressés par les postes et les privilèges de fonctions que par la nécessité de servir les masses qui leur ont accordé confiance.

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Ainsi, se sont formées des coalitions hétéroclites qui brouillent les pistes et laissent très peu de lisibilité aux analystes sur la configuration du paysage politique.

Essentiellement la bataille se jouera entre quelques grandes coalitions : « Benno Bokk Yakaar » (le parti au pouvoir et ses alliés) ; « Yewwi Askan Wi », formée entre autres par les opposants Ousmane Sonko (arrivé troisième à la présidentielle de février 2019) et Khalifa Sall, ancien maire de Dakar. La coalition « Wallu Sénégal », quant à elle, regroupe certains partis de l’opposition autour du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade. A ces « grandes » coalitions, s’ajoutent une kyrielle d’autres groupements formés par des dissidents (du pouvoir ou de l’opposition) ou par des mouvements dits « citoyens ».

Dakar, Ziguinchor et Thiès, villes symboles

Même si l’élection concerne tout le pays, certaines localités représentent un grand enjeu pour ces élections. Il s’agit des villes de Dakar, la capitale ; de Thiès au centre-ouest ; de Ziguinchor dans le sud et de Saint-Louis dans le nord.

L’importance de la capitale —  au-delà de la symbolique et de la taille de sa mairie, de loin la plus grande du pays — tient d’abord de sa population : environ 4 millions d’habitants, soit près du quart de la population du Sénégal.

« Qui gagne Dakar, gagne l’élection, a–t-on coutume de dire », souligne M. Diallo. Aussi locales que soient ces élections, le vainqueur de Dakar gagnera en confiance et en notoriété pour les élections futures et surtout pour la présidentielle 2024.

A côté des candidats de la mouvance présidentielle, Abdoulaye Diouf Sarr (ministre de la Santé) et celui de la coalition d’opposition « Yewwi Askan Wi » (Barthélémy Dias), il y a celle de la maire sortante, Mme Soham El Wardini, qui dirige la liste du parti « Union citoyenne Bunt Bi ». Elle tient à obtenir un mandat entier de cinq ans, après avoir remplacé son prédécesseur Khalifa Sall destitué par un décret présidentiel après son emprisonnement dans le procès dit de « la caisse d’avance » de la mairie de Dakar.

A Ziguinchor, ces locales seront principalement un test grandeur nature pour Ousmane Sonko, candidat de la Coalition « Yewwi Askan Wi ». Une victoire validerait son statut de leader dans cette région et consoliderait son aura sur le plan national. Ses ambitions présidentielles sont clairement affichées : une victoire ou une défaite pourrait être déterminante pour son avenir politique.

Quant à la ville de Thiès, la coalition au pouvoir va y faire face à un ancien ministre du régime, Thierno Alassane Sall. Cet ancien ministre du pétrole avait démissionné avec fracas du gouvernement de Macky Sall il y a quelques années. Thiès, c’est aussi le fief d’Idrissa Seck, ancien premier ministre, ex-candidat arrivé deuxième à la présidentielle de 2019, et surtout ancien maire de la ville. En novembre 2020, il a rejoint la mouvance présidentielle après avoir été un farouche opposant au président Macky Sall.

ON-FD/ts

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