Entreprenariat : Bakary Sadio, business et amour du terroir

Bakary Sadio, dans un de ses vergers dans le village d'Albadar.

Ouestafnews – Gabarit de lutteur, Bakary Sadio dit «Assagnan» rêvait de troupeaux dans sa prime jeunesse. Il s’est retrouvé producteur d’agrumes. Ouestaf News l’a rencontré à Albadar, petit village dans le sud du Sénégal.  

Des orangers à perte de vue. Un puits et un forage flambant neuf pour l’arrosage des plantes. Au loin, un tracteur entouré de quelques brouettes. Image classique d’un verger au beau milieu de la forêt. Nous sommes dans le domaine de Bakary.

Lire aussi : Entrepreunariat : Fatou Sarr, le petit poucet à l’assaut du marché cosmétique

L’histoire de cet agriculteur polygame, père de sept enfants, est de celles qu’on scénarise facilement dans les films ou que l’on raconte aux jeunes pour leur faire pousser des ailes.

Assagnan dit s’être lancé dans l’exploitation des agrumes, alors que personne n’y croyait, certains allant même jusqu’à le traiter de «fou». Il tient bon, malgré les quolibets et se donne pour mission de démontrer qu’il avait raison.

50 millions FCFA de recette annuelle 

C’est chose faite. Actuel propriétaire de quatre champs d’une superficie totale de 21 hectares, leur valorisation lui rapporte plus de 50 millions FCFA tous les ans, selon ses dires. Cela fait des revenus mensuels de plus de quatre millions FCFA chaque mois, dans un pays où le salaire moyen d’un enseignant du primaire est de 162.000 FCFA, et où un médecin gagne en moyenne 380.000 FCFA.

Son histoire débute dans les années 90, alors que la partie sud du Sénégal est en pleine crise. Un conflit armé y oppose depuis 1982, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, sécessionniste) à l’Etat du Sénégal.

Avec le sourire, il relate ses premiers pas difficiles dans l’agriculture : «tout le monde au village m’avait tourné le dos. Ils disaient que je perdais mon temps, que je suis devenu fou estimant que l’agriculture n’était pas faite pour les jeunes ».

Plus de deux décennies après, Bakary Sadio semble avoir réussi son pari et tente désormais de s’ériger en modèle pour retenir, dans ce petit village d’environ 1.500 habitants, les jeunes qui rêvent d’exode rural et d’émigration.

Ramener les jeunes vers l’agriculture 

« J’ai réussi à faire abandonner l’idée d’émigration à presque tous les jeunes issus de la localité », prétend-il. Des propos difficiles à vérifier faute d’une étude sérieuse sur l’impact de son travail.

Toujours est-il que dans son association des « Jeunes Producteurs d’Albadar », qu’il avait créée en 2001, il a réussi à attirer une bonne partie de la jeunesse de son village et des contrées environnantes pour les orienter vers l’agriculture, notamment dans la production d’agrumes.

Bakary Sadio en est convaincu : «l’agriculture ne ment jamais, si on y met toutes ses forces».

« C’est insensé de risquer sa vie, pour un avenir incertain dans un autre pays alors qu’on peut bien réussir sa vie en restant sur place », poursuit-il, en faisant allusion à tous ces jeunes qui estiment ne pouvoir assurer leur réussite qu’en quittant leur terroir.

Au Sénégal entre 2015 et 2017, 12.000 migrants ont quitté le pays pour se rendre en Europe selon Sory Kaba, le directeur des Sénégalais de l’extérieurs. Dans ce périple, plus d’une centaine de migrants ont trouvé la mort, soit en mer ou dans le désert libyen.

«Ce qui me fait le plus mal, c’est qu’avec l’émigration, les jeunes abandonnent nos terres pour aller développer d’autres pays qui ne sont pas les leurs», se désole le cultivateur.

Décoré par les autorités locales

Ses efforts inlassables pour freiner les jeunes souhaitant se lancer dans des périples dangereux, lui ont valu d’être décoré par le préfet de la commune de Bignona. Lors de la fête nationale du 04 avril 2018, quant il a reçu une attestation de reconnaissance, pour service rendu.

« Je n’en reviens toujours pas », confie-t-il presque, étonné d’être reconnu par les autorités locales.

« Nous avons voulu le présenter comme exemple aux jeunes et à la population pour son apport dans l’agriculture et son combat contre l’émigration irrégulière », témoigne Alassane Cissé l’adjoint au préfet de Bignona.

Avec sa stature imposante et son visage jovial, le tout ajouté à sa propre réussite dans l’agriculture, il avait tous les atouts pour être convaincant et tenter d’autres jeunes à faire comme lui.

Dans ce combat contre l’émigration qui lui a valu cette reconnaissance, son principal outil pour véhiculer son message est une émission qu’il a créée dans une des radios communautaires de la localité, Kaf-FM. Ici, il s’adresse aux jeunes  pour leur faire comprendre que l’Eldorado « qu’ils convoitent tant en voulant se rendre en Europe est sous leur pied».

Apparemment son message passe, car Albadar est devenu au fil des ans une référence dans la production d’agrumes.

Son credo, qu’il essaie de passer aux jeunes : compter sur soi et ne rien attendre des autres, y compris de l’Etat.

Un discours, peu conformiste dans un pays où presque, du fonctionnaire au paysan, tout le monde attend que l’Etat règle tous les problèmes.

Petite anecdote qu’il raconte : en 2013, il dit avoir reçu la visite des agents du ministère de l’Agriculture qui lui avaient promis de « financer un projet ». Depuis leur passage, plus aucune nouvelle.

DD/mn/ts

PARTAGER